Montréal a le devoir d’accommoder ses citoyens handicapés

Montréal devra engager une réflexion sur les accommodements qu’il lui faudra consentir aux citoyens dans le contexte de vieillissement de la population, croit l’ombudsman de Montréal qui présentait son rapport annuel mercredi. Dans cette optique, Johanne Savard persiste à penser que l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie aurait dû permettre un accommodement raisonnable à deux citoyens aux prises avec un handicap.

 

Johanne Savard se dit préoccupée par les dossiers d’accessibilité universelle. Au cours de la dernière année, plusieurs dossiers ont été portés à l’attention de l’ombudsman, dont celui de l’aménagement déficient du Quartier des spectacles pour les personnes handicapées.

 

Dans un autre dossier qu’elle décrit dans son rapport et dont faisait état Le Devoir dans son édition de mercredi, elle reproche à l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie d’avoir refusé de permettre à deux citoyens handicapés d’installer une plateforme élévatrice en façade de leur résidence, ce qui leur aurait permis d’accéder à leur logement situé au deuxième étage.

 

S’appuyant sur un avis juridique, l’ombudsman se dit convaincue que le projet respectait le règlement d’urbanisme.Elle s’est étonnée des reproches formulés la veille par le maire de Rosemont-La Petite-Patrie, François Croteau, qui l’a accusée d’avoir erré dans ce dossier et d’entretenir une « guerre personnelle » avec lui.

 

« J’ai été très surprise. […] Le maire Croteau est quelqu’un que je respecte beaucoup. Je pense que c’est un des très bons maires d’arrondissement à Montréal. Ça arrive qu’on ne soit pas d’accord dans la façon d’aborder un dossier, mais c’est ça mon travail », a commenté Johanne Savard.

 

« Je vais sûrement appeler le maire Croteau et aller m’asseoir avec lui pour voir pourquoi il a cette perception qu’on a une chicane personnelle parce que moi, je ne suis pas en chicane avec lui », a-t-elle ajouté.

 

Accommoder des citoyens handicapés ou vieillissants tout en tenant compte des préoccupations urbanistiques est un enjeu auquel la Ville devra s’attarder au cours des prochaines années, dit-elle : « Ce cas nous a fait réaliser l’importance pour la Ville et les arrondissements de réfléchir à cette question-là. Ce genre de problématique-là va être de plus en plus fréquent. »

 

Lents progrès

 

Présidente du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ), Linda Gauthier dénonce l’intransigeance de l’administration Croteau qui a incité les deux citoyens à déménager sur la Rive-Sud. Selon elle, ce cas aurait dû se retrouver devant la Commission des droits de la personne. « Je regrette, mais François Croteau, il est bon dans les toits blancs, les ruelles vertes, le développement durable et l’écologie — et c’est correct et ça en prend — sauf que d’ici 2020, les personnes âgées pourraient représenter 30 % de la population. Il est aussi bien de se pratiquer dès maintenant. »

 

Quand on lui signale que l’arrondissement proposait au couple d’installer leur ascenseur à l’arrière de l’immeuble, elle répond : « C’est comme si on voulait les cacher ! »

 

Tout en comprenant les contraintes qu’imposent aux villes les aménagements pour personnes handicapées, Mme Gauthier estime que les progrès accomplis la Ville sont insuffisants. « Malheureusement, on a un nouveau maire [Coderre] qui a 514 préoccupations, mais il m’a dit être sensible à l’accessibilité universelle », se console Mme Gauthier.