Le Plateau-Mont-Royal, paradis des cyclistes et des piétons?

Le maire Luc Ferrandez n’exclut pas de retirer des voies de circulation s’il le faut.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le maire Luc Ferrandez n’exclut pas de retirer des voies de circulation s’il le faut.
La cohabitation difficile entre automobilistes, camionneurs, cyclistes et piétons fait trop de victimes à Montréal et commande des interventions énergiques pour protéger les plus vulnérables, estime Luc Ferrandez. Le maire du Plateau-Mont-Royal a annoncé jeudi une série de mesures qui seront implantées dans l’arrondissement afin d’accroître la sécurité des cyclistes et des piétons.

Entre 2000 et 2012, près de 3500 piétons et cyclistes ont été victimes d’un accident dans le Plateau-Mont-Royal, soit cinq fois plus que dans les autres arrondissements montréalais. Trois semaines après le décès de la cycliste Mathilde Blais, happée par un camion sous le viaduc Saint-Denis, dans Rosemont-La Petite-Patrie, Luc Ferrandez croit que les interventions ponctuelles ne suffisent plus. « Il faut agir de façon globale, systématique, massive et rapide », a-t-il dit.

Un cocktail de mesures

Ainsi, le Plateau-Mont-Royal entend doubler le réseau cyclable actuel en y ajoutant 20 km supplémentaires d’ici 2015. Le plan prévoit notamment la création de deux vélorues — où les cyclistes auront la priorité — dans les rues Mentana et Saint-André.

L’administration Ferrandez compte également réduire à 30 km/heure la limite de vitesse dans les rues résidentielles et à 40 km/h la vitesse sur les artères. Plusieurs artères feront aussi l’objet d’interventions visant à sécuriser les déplacements à vélo. On entend notamment rendre plus étroites les voies de circulation automobile afin d’élargir l’espace utilisé par les cyclistes.

De plus, 22 intersections jugées dangereuses seront sécurisées avec l’aménagement de saillies de trottoir et d’îlots centraux, ainsi que l’ajout de marquage au sol. « Si ça exige d’avoir des interdictions de tourner à droite ou à gauche, on va le faire, a indiqué M. Ferrandez. Et si ça exige le retrait de voies de circulation, on va le faire. »

L’arrondissement demandera aux policiers de serrer la vis aux camionneurs qui contreviennent aux règles de circulation et dotera tous ses véhicules lourds de protecteurs latéraux empêchant les cyclistes et les piétons de glisser sous les roues en cas d’accident.

« Si nous n’arrivons pas à implanter ces mesures ou à réduire le nombre de morts et de blessés sur nos rues, ça voudra dire que nous sommes inutiles et moi, je vais offrir ma démission », a lancé Luc Ferrandez qui se donne deux ans pour faire baisser le nombre de victimes.

Le plan présenté jeudi a été élaboré avec l’accord de la ville centre. Certaines mesures comme le marquage et le resurfaçage de rues seront financées à même les économies de 1 million découlant des opérations de déneigement dans le Plateau. Celles qui nécessiteront des investissements plus importants seront réalisées avec la participation financière de la ville centre et de l’agglomération.

Un plan imité ?

Les arrondissements voisins pourraient emboîter le pas si les conditions le permettent. Le maire de Rosemont–La Petite-Patrie, François Croteau, et la mairesse d’Outremont, Marie Cinq-Mars, ont d’ailleurs participé à la conférence de presse de M. Ferrandez jeudi. Mme Cinq-Mars a l’intention de proposer aux élues de son arrondissement de réduire à 30 km/h la limite de vitesse sur le réseau local d’Outremont.

François Croteau croit que plusieurs mesures pourraient être appliquées dans son arrondissement même si la configuration des certaines artères est différente de celles du Plateau.

Vélo Québec a accueilli avec enthousiasme les propositions du maire Ferrandez. « C’est une bonne nouvelle. On passe à l’action ! », a commenté Jean-François Pronovost, vice-président de Vélo Québec.