La Ville de Montréal serait encore vulnérable

Un mémoire déposé à la commission Charbonneau indique que la métropole serait toujours vulnérable à la collusion et à la corruption.
Photo: Jacques Grenier - Archives Le Devoir Un mémoire déposé à la commission Charbonneau indique que la métropole serait toujours vulnérable à la collusion et à la corruption.

La Ville de Montréal est toujours vulnérable à la collusion et à la corruption, dénoncent les ingénieurs municipaux dans un mémoire remis à la commission Charbonneau et obtenu par Le Devoir.

 

Selon le Syndicat professionnel des scientifiques à pratique exclusive de Montréal (SPSPEM), la perte d’expertise interne en génie-conseil et l’embauche massive de cadres « malléables » sont deux facteurs de risque importants qui ont permis à la collusion et à la corruption de prendre leurs racines à l’Hôtel de Ville.

 

« Ces zones de vulnérabilité sont toujours présentes. Ce n’est pas réglé », affirme le président du SPSPEM, André Émond.

 

« Il y a eu une grande manipulation des cadres, choisis au fil des ans surtout parce qu’ils étaient malléables. On a vu des cadres qui ont été nommés en dehors de leur champ d’expertise, malgré leur faible expérience. Ils vont toujours rester malléables »,estime M. Émond.

 

Dans son rapport de 2012, la Commission de la fonction publique de Montréal (CFPM) a recensé 52 nominations de cadres non conformes à la politique de dotation, soit le quart du total.

 

La perte d’expertise à l’interne et l’embauche « des mauvaises personnes aux mauvais endroits » ont facilité l’émergence d’un système de collusion et de corruption, selon le SPSPEM.

 

Au lendemain des fusions municipales de 2002, les entrepreneurs et les firmes de génie-conseil sont devenus « des partenaires » de la Ville et non de simples exécutants. « On nous encourageait à participer à leurs activités et à fraterniser avec eux », se souvient M. Émond.

 

L’expertise des 430 membres du SPSPEM a été graduellement mise de côté, au point où ils se sentent aujourd’hui « ostracisés » et « écartés » des centres décisionnels. « Un ingénieur qui jadis posait des questions ou qui affichait ouvertement ses valeurs d’intégrité n’avait pas sa place dans l’appareil décisionnel de la Ville de Montréal », constate le mémoire du SPSPEM.

 

Des idées

 

André Émond a accueilli les travaux de la commission Charbonneau avec un mélange de stupéfaction et d’indignation.

 

Une poignée de cadres et de fonctionnaires (incluant des ingénieurs) ont perverti les règles d’attribution des contrats pour favoriser une clique d’entrepreneurs liés à la mafia et des firmes de génie-conseil rompues à l’art du financement politique illégal.

 

Les ingénieurs Gilles Surprenant, Luc Leclerc et Robert Marcil (l’ex-directeur des travaux publics à la Ville) ont tous été montrés du doigt pour avoir facilité la collusion, en retour d’avantages personnels.

 

« Le sentiment de trahison est d’autant plus percutant lorsque ces agissements ont lieu à l’intérieur de votre propre milieu de travail et de votre profession et qu’ils affectent injustement votre réputation en tant que professionnel et employé », affirme le SPSPEM dans son mémoire de 17 pages.

 

Les ingénieurs et les fonctionnaires, en particulier ceux de Montréal, ont toute une côte à remonter dans l’esprit du public, concède M. Émond.

 

Même si la corruption affectait le secteur privé et le secteur public sans distinction, le SPSPEM entend profiter des révélations accablantes de la commission Charbonneau pour accroître son rôle et son influence à l’Hôtel de Ville.

 

Selon le syndicat, il est « souhaitable de privilégier une expertise interne forte » à Montréal.

 

Le SPSPEM recommande :

 

1. Que les ingénieurs de la Ville soient « garants de la qualité des travaux réalisés et de l’intérêt des citoyens ». Le SPSPEM veut que la Ville reconnaisse et respecte l’indépendance des opinions professionnelles de ses membres.

 

2. Que la Ville améliore les conditions de travail des membres du SPSPEM afin d’empêcher l’exode des plus expérimentés vers le privé.

 

3. Que la Ville forme un comité statutaire d’examen des affaires scientifiques sous la responsabilité de l’inspecteur général.

 

4. Que la Ville renforce les pouvoirs de la Commission de la fonction publique de Montréal, afin de mettre un terme aux nominations irrégulières, un facteur de risque dans la collusion et la corruption.

 

5. Que la Ville augmente les ressources financières et humaines dévolues à l’examen des demandes d’extras.

 

Rapports de force

 

La publication du mémoire du SPSPEM est la première d’une série d’initiatives des ingénieurs, qui sont las de rester sur la touche.

 

La convention collective des 430 membres du SPSPEM est échue depuis plus de quatre ans. Les négociations stagnent.

 

Les scientifiques gagnent de 47 900 $ à 49 900 $ à l’entrée. Au sommet de l’échelle, les salaires oscillent entre 90 200 $ et 105 500 $.

 

M. Émond fait remarquer que les salaires de ses membres subissent une érosion en raison de l’augmentation du coût de la vie au cours des quatre dernières années. Ces conditions ne sont pas propices au recrutement et à la rétention de personnel, fait-il remarquer.

 

Le SPSPEM prévoit faire d’autres interventions sur la place publique dans les prochaines semaines.

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