Plaidoyer pour une fusion d’arrondissements

Diane Rodrigue a été candidate pour l’Équipe Denis Coderre lors des élections. Battue dans son district, elle a maintenant fait une croix sur la politique.
Photo: Alexandre Claude Diane Rodrigue a été candidate pour l’Équipe Denis Coderre lors des élections. Battue dans son district, elle a maintenant fait une croix sur la politique.

On la dit dysfonctionnelle et coûteuse à gérer. Montréal avec ses 19 arrondissements aurait-elle besoin d’un remède de cheval ? C’est ce que croit Diane Rodrigue. Fonctionnaire à la Ville de Montréal pendant plus de 30 ans et spécialiste dans le redressement administratif, Mme Rodrigue a élaboré pour la métropole un nouveau modèle de gouvernance qui réduirait à 5 le nombre d’arrondissements et ferait passer le nombre d’élus de 103 à 31.

 

Diane Rodrigue connaît l’appareil municipal à fond. Avant de prendre sa retraite de la Ville en 2012, elle a oeuvré pendant trois décennies dans différents services. En 2008, elle a d’ailleurs piloté la réforme administrative qui a fait passer le déficit de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville de 5 millions à un surplus de 6,5 millions.

 

Les fusions et défusions ont laissé Montréal avec une structure organisationnelle bancale qui a favorisé la corruption, estime Diane Rodrigue. Convaincue que le modèle actuel est non fonctionnel et nuisible à l’efficacité de la Ville, Diane Rodrigue a longuement mûri un nouveau plan de gouvernance. Après avoir jonglé avec plusieurs scénarios, dont des modèles comportant entre 6 et 10 arrondissements, elle a opté pour une proposition à 5 arrondissements avec 31 élus. Ces regroupements permettraient de générer des économies de 50 à 80 millions de dollars, avance-t-elle.

 

Plan présenté à Coderre

 

En février 2013, Mme Rodrigue a présenté son plan à Denis Coderre, trois mois avant que celui-ci se lance dans la course à la mairie. « Il a montré de l’intérêt pour ce modèle », se souvient-elle.

 

Lors du lancement officiel de sa campagne, en mai 2013, l’aspirant maire avait déclaré que Montréal comptait trop d’élus et qu’une réforme de la gouvernance s’imposait. L’intérêt semble s’être dissipé avec le temps. Aujourd’hui, il a changé de discours.

 

Diane Rodrigue a été candidate pour l’Équipe Denis Coderre lors des élections. Battue dans son district, elle a maintenant fait une croix sur la politique. « Je n’ai plus rien à voir avec les membres de l’équipe Coderre et je n’ai aucune ambition politique », dit-elle.

 

Entendre le maire annoncer, le 3 avril dernier, l’abolition de 2700 postes dans la fonction publique a incité Mme Rodrigue à sortir de son mutisme. Pour elle, il est clair qu’une telle opération de compressions ne peut fonctionner sans réforme de la gouvernance : « Tu soignes les symptômes, pas la maladie. »

 

Sujet explosif

 

Son plan, qu’elle a élaboré après avoir examiné la structure organisationnelle des arrondissements et leurs effectifs selon les données de 2012, prévoit le regroupement d’arrondissements selon 23 variables, dont la population, la superficie du territoire, le nombre de kilomètres de rues et les revenus fiscaux.

 

Ainsi, Ville-Marie serait regroupé avec le Plateau-Mont-Royal, Outremont et Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Lachine, LaSalle, Verdun et le Sud-Ouest ne formeraient qu’un arrondissement. Et ainsi de suite.

 

Il ne faut pas morceler les arrondissements actuels, l’appartenance à chaque quartier étant très importante pour les citoyens, signale Mme Rodrigue. Les regroupements doivent se faire dans une optique d’efficacité opérationnelle et d’économies, dit-elle. Cette formule ferait fondre le nombre de directeurs d’arrondissement, de directeurs de service et de secrétaires. En tout, 276 postes seraient ainsi éliminés. Diane Rodrigue évalue à 33,6 millions les économies réalisées dans les arrondissements, et ce, sans réduire les services à la population.

 

Chaque arrondissement compterait 1 maire et 5 conseillers, pour un total de 31 élus, soit 72 de moins qu’actuellement. En revanche, 9 attachés politiques et 17 secrétaires d’élus de plus seraient nécessaires.

 

Le comité exécutif pourrait dès lors être formé de membres issus de tous les arrondissements, ce qui permettrait une meilleure cohésion dans la structure décisionnelle, croit-elle.

 

Dans la foulée de cette réforme, il faudrait réviser le partage des responsabilités entre la ville-centre et les arrondissements. À titre d’exemple, le déneigement et la réfection des nids-de-poule devraient être assumés par les arrondissements, dit-elle.

 

Ce n’est pas la première fois que les fusions d’arrondissements sont évoquées. En 2013, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, avait suggéré un modèle comportant 61 élus et 12 arrondissements. La proposition avait fait bondir certains maires d’arrondissement qui avaient brandi le spectre des défusions, dont Marie Cinq-Mars (Outremont) et Luis Miranda (Anjou).

 

Lorsqu’elle dirigeait Vision Montréal, Louise Harel avait plaidé en faveur d’une réduction du nombre d’élus et d’arrondissements, mais elle avait mis ce projet en veilleuse lorsque Marcel Côté avait pris la tête de Coalition Montréal. De son côté, Projet Montréal, qui suggérait une structure avec 65 élus et 13 arrondissements, avait proposé de consulter les Montréalais.

 

Les citoyens, eux, semblent trouver que Montréal a trop d’élus. En octobre 2013, un sondage révélait que 90 % des répondants voulaient moins d’élus et que 73 % d’entre eux privilégiaient moins d’arrondissements.

 

Tensions politiques ?

 

Denis Coderre confirme avoir pris connaissance du plan de Diane Rodrigue. « C’est une femme de grand niveau, qui était une candidate importante pour moi. Son plan était intéressant, mais, à mon avis, il était trop draconien », a-t-il indiqué au Devoir vendredi.

 

Le maire paraît avoir renoncé à s’engager dans ce type de réforme. « Je ne suis pas convaincu qu’il faut faire l’amalgame des arrondissements. Il faut juste avoir une plus grande cohésion, une meilleure coordination dans certains dossiers. Pour moi, ce n’est pas en réduisant le nombre d’élus ou en changeant le nombre d’arrondissements qu’on va y arriver », a-t-il fait valoir.

 

Quand on lui signale que ses propos étaient tout autres en début de campagne électorale, il rétorque : « Mais après ça, on a pris une décision. C’est clair. »

 

Diane Rodrigue, elle, croit que le statu quo ne peut plus durer. Il est difficile pour des élus d’oeuvrer à l’abolition de leur propre poste, convient-elle, c’est pourquoi Québec devra s’en mêler. « Que ce soit mon plan avec 5 arrondissements, ou un autre, il faut faire quelque chose », dit-elle.

 

À l’idée que des arrondissements comme Outremont ruent dans les brancards, Diane Rodrigue soupire : « Si Outremont veut partir, qu’il parte. Il faut avoir une Ville qui fonctionne. Moi, je veux payer des taxes pour avoir des services. »
 

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