2,6 millions de plus pour les frênes

La Ville de Montréal espère sauver 40 000 arbres, mais prévoit déjà d’en sacrifier 10 000.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La Ville de Montréal espère sauver 40 000 arbres, mais prévoit déjà d’en sacrifier 10 000.
Montréal injectera 2,6 millions de dollars supplémentaires en 2014 pour lutter contre l’agrile du frêne. La Ville croit qu’elle pourra sauver 40 000 frênes de rue, mais prévoit déjà que 10 000 autres devront être abattus. 

Selon les données fournies par la Ville jeudi, 1119 frênes seront coupés en 2014 sur le territoire montréalais. La Ville soutient que 983 de ces frênes seront abattus par mesure préventive puisque le nombre d’arbres dont l’infestation a été confirmée se limite à 149. 

Détecté pour la première fois en 2011 dans l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, l’agrile du frêne est maintenant présent dans 14 arrondissements sur 19. Les arrondissements les plus touchés sont Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et Rosemont-La Petite-Patrie qui devront couper plus de 300 frênes sur leurs territoires respectifs. 

Les données fournies par la Ville ne correspondent pas à celles recueillies par Le Devoir en mars dernier. À titre d’exemple, l’arrondissement de Ville-Marie avait indiqué que 250 frênes de son territoire seraient abattus cette année en raison de la propagation de l’agrile du frêne. La ville centre en dénombre plutôt 54. 

Augmenter la cadence 

Montréal a décidé de mettre l’accent sur les arbres de rue et prévoit consacrer une somme d’un million qui sera distribuée dans les 19 arrondissements afin de traiter 5000 frênes de rue au biopesticide TreeAzin. Un montant de 1,5 million permettra de procéder à 3450 dépistages et au traitement de 4000 arbres autour des foyers d’infestation découverts en 2013. 

En tout, ce sont 3,4 millions de dollars qui seront consacrés à livrer bataille contre l’agrile du frêne en 2014. Le responsable du développement durable au comité exécutif, Réal Ménard, estime que les montants supplémentaires investis démontrent que ce dossier est prioritaire pour l’administration de Denis Coderre, tout en reconnaissant que ces sommes ne couvriront pas tous les besoins. « On ne peut pas faire abstraction du cadre budgétaire dans lequel on est », a-t-il dit. 

S’il est efficace, le traitement au TreeAzin doit toutefois être répété tous les deux ans. Or, Montréal compte 200 000 frênes publics sur son territoire — dont 50 000 en bordure de rue — en plus des dizaines de milliers d’arbres présents sur les propriétés privées. 

« La situation n’est pas aussi catastrophique qu’elle peut paraître, mais elle est sans contredit extrêmement préoccupante », a indiqué M. Ménard. 

En intervenant rapidement, dès l’apparition de l’agrile de frêne sur son territoire, et en optant pour la stratégie du SLAM (Slow Ash Mortality), la Ville a pu limiter la propagation de l’insecte d’origine asiatique, a soutenu M. Ménard. Montréal se retrouve donc en bien meilleure position que Toronto, London ou certaines villes américaines où l’insecte a fait des ravages, a-t-il fait valoir : « Ce n’est pas une fatalité. Il y a certains élus qui ont fait des spectacles avec une chainsaw et qui ont dit Montréal était condamnée à perdre ses frênes de rue. Nous, on dit non. Il y a moyen d’intervenir. » 

Montréal poursuit par ailleurs ses discussions avec les autres villes de l’île de Montréal pour l’adoption éventuelle d’un règlement qui permettrait une intervention coordonnée sur l’ensemble du territoire de l’agglomération. 

«Trop peu, trop tard» 

L’opposition à l’hôtel de ville estime que les gestes posés par l’administration sont insuffisants. « Trop peu, trop tard », a commenté le conseiller Sylvain Ouellet. « Il y a beaucoup d’improvisation dans le plan annoncé ce matin par Réal Ménard. » 

Le conseiller de Projet Montréal estime qu’en privilégiant la protection des arbres de rue, la Ville néglige les frênes présents dans les parcs et sur le domaine privé. « On n’a toujours pas d’inventaire des frênes dans nos parcs », a-t-il fait remarquer. 

Une partie des nouveaux investissements pour lutter contre l’agrile sera puisée dans le fonds de verdissement prévu au Plan d’action canopée de la Ville, a aussi déploré M. Ouellet. 

Rappelons que plus tôt cette année, Projet Montréal avait réclamé de l’administration qu’elle débloque une somme de 10 millions pour combattre l’agrile du frêne. 

Le parti dirigé par Richard Bergeron a d’ailleurs lancé mardi une pétition invitant les Montréalais à choisir un frêne sur une carte interactive afin de faire pression sur l’administration Coderre. À ce jour, 570 personnes ont signé cette pétition.