Voitures en libre-service: pas avant la fin de l’année 2014, dit Coderre

Les réticences du maire Coderre ont peut-être freiné l’expansion du service à Montréal, mais dans les faits, rien n’empêche les arrondissements d’autoriser les voitures en libre-service.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Les réticences du maire Coderre ont peut-être freiné l’expansion du service à Montréal, mais dans les faits, rien n’empêche les arrondissements d’autoriser les voitures en libre-service.

L’administration de Denis Coderre n’entend pas se prononcer sur une offre accrue de voitures en libre-service à Montréal avant la fin de l’année 2014. Bien que les entreprises Communauto et Car2go soient impatientes d’étendre leur service à un plus grand territoire, l’administration préfère attendre la tenue de consultations à l’automne avant de donner son feu vert.

 

Pour l’instant, le service d’auto-partage sans réservation est limité à trois arrondissements, soit le Plateau–Mont-Royal, Rosemont–La Petite-Patrie et Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Au cours des derniers mois, le maire Denis Coderre a invoqué les impacts négatifs pour l’industrie du taxi afin de justifier son opposition, mais tant Communauto que Car2go sont d’avis qu’au contraire, les voitures en libre-service sont complémentaires aux taxis.

 

Des données dévoilées lundi par deux professeurs de Polytechnique, Martin Trépanier et Catherine Morency, ont révélé que le service de voiture en libre-service de Communauto, Auto-mobile, avait remplacé le transport en commun chez 39 % des utilisateurs, le taxi dans une proportion de 13 % et la marche pour 18 % d’entre eux.

 

À première vue, ces données donnent l’impression que la voiture en libre-service nuit aux autres modes de transport, dont le taxi. Mais selon Marco Viviani, le directeur du développement chez Communauto, elles révèlent plutôt un impact minime puisque cela correspond à une course de taxi par mois par abonné. « La plupart des abonnés n’ont pas d’auto et on sait qu’ils utilisent plus souvent le taxi en général [que les gens qui ont une voiture] », observe-t-il.

 

Jérémi Lavoie, le directeur général de Car2go Montréal, abonde dans le même sens, estimant que la voiture en libre-service ne fait pas concurrence au taxi, mais représente plutôt un mode de transportcomplémentaire. « Je suis même convaincu que ça va être bon pour l’industrie du taxi », dit-il.

 

Un cadre commun

 

Les réticences du maire Coderre ont peut-être freiné l’expansion du service à Montréal, mais dans les faits, rien n’empêche les arrondissements d’autoriser les voitures en libre-service. Le Sud-Ouest a d’ailleurs adopté une motion favorable à son implantation. À cet égard, Jérémi Lavoie note qu’avec ses pouvoirs décentralisés, Montréal se distingue des autres villes dans le monde où Car2go s’est implanté.

 

Le responsable des transports au comité exécutif de la Ville, Aref Salem, reconnaît la prérogative des arrondissements, mais plaide en faveur d’une analyse plus complète du dossier et l’élaboration de règles communes pour tous : « Les arrondissements sont maîtres chez eux et ils peuvent aller de l’avant s’ils le veulent, mais nous, on travaille pour déterminer un cadre commun. »

 

M. Salem est d’ailleurs moins catégorique que le maire Coderre quant aux impacts des voitures en libre-service sur l’industrie du taxi. « Ce n’est pas une menace. On ne peut pas arrêter le développement d’une ville, mais on veut travailler le dossier d’une façon responsable, a-t-il expliqué. C’est sûr que l’industrie du taxi va être affectée. Mais on est en train de travailler en parallèle au développement de l’industrie du taxi. Une chose n’empêche pas l’autre. »

4 commentaires
  • Beth Brown - Inscrite 2 avril 2014 09 h 13

    Prioritaire!

    Question d'économie, d'espace, de santé et d'empreinte écologique, une ville comme Montréal doit absolument sauver le Bixi et enclencher rapidement dans le projet des voitures libre-service.

    Puisque ces projets peuvent être décisifs pour les citadins dans la justification de l'acquisition d'un véhicule, je me demande quelle est la force du lobby de l'automobile sur les décideurs municipaux. Mais je ne suis pas vraiment certaine que la question se pose.

    • Jean Richard - Abonné 2 avril 2014 12 h 05

      « Puisque ces projets peuvent être décisifs pour les citadins dans la justification de l'acquisition d'un véhicule, »

      C'est justement ce qu'il faudra démontrer. Ce qui est dit ci-haut laisse perplexe. La forte majorité des abonnés n'ont pas de voiture, mais ils remplacent les transports collectifs, la marche et le vélo par la voiture.

      La modernisation de l'industrie du taxi devrait idéalement nous conduire aux taxis collectifs, ce qui mènerait à un meilleur taux d'utilisation de la voiture (donc moindre encombrement). Il faudrait également comparer le taux d'utilisation des taxis avec le système actuel et celui des voitures en libre-service. Ainsi, si une voiture taxi assure 20 ou 30 déplacements par jour contre seulement 4 ou 5 pour la voiture en libre service, le taxi devient nettement préférable, étant moins encombrant.

      Avec Bixi, l'approche est un peu différente, mais l'usage qu'on en fait actuellement pose problème : trop de navetteurs et un système de redistribution qui impose l'usage de camions. Bixi ne devrait pas nous faire oublier le fait qu'il y a à Montréal une rareté de stationnements sécuritaires pour les vélos, ce qui nous donne ce portrait anarchique de vélos attachés tout partout.

  • Jean Richard - Abonné 2 avril 2014 09 h 31

    Des chiffres inquiétants

    « avait remplacé le transport en commun chez 39 % des utilisateurs, le taxi dans une proportion de 13 % et la marche pour 18 % d’entre eux. »

    39 % de moins pour le transport en commun, 18 % pour la marche et combien pour le vélo ? Ces chiffres sont inquiétants car ils viennent confirmer que ces voitures en libre-service représentent un recul en matière de mobilité urbaine moderne.

    Par ailleurs, en dehors des considérations de fiabilité technique, Car2Go a fait un meilleur (ou enfin, moins pire) choix de véhicule en choisissant une voiture beaucoup moins encombrante et offrant une meilleure visibilité, là où Communauto a choisi de grosses voitures plus encombrantes, avec des petites fenêtres.

    C'est peut-être un effet psychologique, mais comme cycliste et surtout piéton, je me sens toujours moins menacé par un petit véhicule dans lequel on voit bien le conducteur que par un gros dans lequel on ne voit que le sommet de sa tête. Par ailleurs, la voiture de Car2Go faisant une bonne vingtaine de centimètres de largeur de moins que la grosse voiture de Communauto, ça peut faire la différence entre l'accident et l'évitement lorsque son conducteur ouvre sa porte au passage d'un cycliste.

    Mais revenons à la case de départ : si la majorité des usagers des voitures en libre service n'ont pas de voiture, si la majorité des déplacements se font en défaveur des transports collectifs et des transports actifs, on obtient un bilan négatif.

    Alors, rien ne presse M. Coderre. Ces voitures en libre-service sont probablement une fausse bonne solution à la mobilité urbaine moderne.

  • Jean-Pierre Girard - Inscrit 4 avril 2014 06 h 32

    Un attrait pour vivre à Montréal

    Et bien, ça me scie un peu l'avenir que de voir que Montréal ne favorise pas les voitures libre-service. À l'aube de ma retraite, je visais m'installer sur l'île de Montréal pour les transports en commun et aussi l'accès à ces voitures en libre-service à moindre coût. Après des années avec une voiture ce serait difficile de s'en passer totalement que ce soit pour le magasinage ou l'épicerie pour moi ou mes enfants. Oui, un taxi de temps en temps mais pas uniquement. Je ne pourrais pas. Alors monsieur le maire, si vous voulez rendre votre ville attrayante pour les retraités, rendez ce service universel à Montréal!