Louise Harel demande la dissolution de Vision Montréal

«Je n’ai pas à vous expliquer que ce sont des nuits d’insomnie», dit la chef du parti au déficit insurmontable. En juin, les membres de Vision Montréal lui avaient accordé leur confiance à 95%.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Je n’ai pas à vous expliquer que ce sont des nuits d’insomnie», dit la chef du parti au déficit insurmontable. En juin, les membres de Vision Montréal lui avaient accordé leur confiance à 95%.
Aux prises avec un déficit de 550 000 $ et condamné à vivoter, Vision Montréal veut se saborder. Le parti fondé en 1994 par Pierre Bourque a demandé le retrait de son autorisation au Directeur général des élections du Québec (DGEQ). « Il n’y avait aucune autre solution possible », a affirmé Louise Harel en entrevue au Devoir.

Le sort de Vision Montréal est maintenant entre les mains du DGEQ. Pour celle qui dirige Vision Montréal depuis 2009, il s’agit d’une « décision administrative ». Mais Louise Harel n’est pas au bout de ses peines.

Si le parti a réglé toutes les factures de ses fournisseurs, il lui reste une créance de 550 000 $ auprès de son institution financière.

La Coalition

Après avoir étudié plusieurs scénarios, Louise Harel considère que la dissolution du parti était la seule option à envisager. L’automne dernier, le DGEQ avait refusé à Vision Montréal le droit de présenter des candidats dans le contexte d’une alliance avec Coalition Montréal. Vision Montréal s’était alors éclipsé au profit de la formation de Marcel Côté, se privant du même coup de revenus.

Vision Montréal avait aussi espéré que le projet de loi 53 sur la réforme du financement politique municipal lui permette de sortir de son bourbier financier. « Le déclenchement de l’élection a tout changé », souligne Louise Harel. Les cocktails de financement n’auraient servi qu’à payer les intérêts de la dette, dit-elle.

Mme Harel se désole que le monde municipal ait été laissé en plan alors que les règles de financement des partis provinciaux ont pu être modifiées. « C’est une ironie que ce soit le financement occulte au municipal qui ait déclenché la commission d’enquête publique sur la construction, mais que la solution de financement public n’ait été introduite que pour les partis provinciaux. »

Les cautions

La dissolution du parti fait en sorte que la centaine de personnes ayant signé des cautions pour deux emprunts, l’un d’un million de dollars et l’autre de 550 000 $, pourraient devoir rembourser une partie des dettes du parti.

Rappelons qu’en 2009, l’emprunt 550 000 $ avait été cautionné par 18 élus, mais que 15 d’entre eux avaient dépassé la limite de 10 000 $ permise par la loi. Louise Harel, s’était portée garante d’un montant de 240 000 $.

À l’époque, Louise Harel avait plaidé l’erreur de bonne foi. Vision Montréal avait par la suite régularisé sa situation en fractionnant les cautions à des montants de 5000 à 10 000 $. Des proches avaient alors été mis à contribution. Plusieurs élus qui ont depuis changé de formation politique, comme François Croteau (Projet Montréal) et Anie Samson (Équipe Denis Coderre).

Cela ne signifie pas que les montants réclamés atteindront ces sommes.De l’emprunt d’un million, il ne reste d’ailleurs qu’une créance de 80 000 $. « Tout va dépendre de l’institution financière parce que c’est pensable, plausible et possible qu’il puisse y avoir des allégements. C’est en discussions », indique Mme Harel.

Mais visiblement, Louise Harel a hâte que cet épisode soit derrière elle : « Je n’ai pas à vous expliquer que ce sont des nuits d’insomnie. »

Quand on lui souligne que Vision Montréal, par ses choix stratégiques, a peut-être été l’artisan de son propre malheur, Louise Harel signale qu’elle a pris les rênes d’un parti qui avait été mal administré et qu’elle a instauré des règles strictes de financement : « Et en 2009, qui pouvait prévoir le départ précipité de Benoit Labonté ? »

Louise Harel mettra un terme à son aventure en politique municipale avec la dissolution de Vision Montréal. « Si j’ai des regrets, je les garde pour moi. Mais en même temps, je suis sûre d’une seule chose, c’est d’avoir été utile pendant ces quatre années-là. »

Et Pierre Bourque ? « J’ai pensé à lui, mais je crois que lui-même avait déjà fait une croix sur le parti au moment de son départ. Ce parti avait beaucoup changé, dit-elle. Je l’ai revu. On est restés en bons termes. La dernière fois, c’était il y a un an et demi. »
3 commentaires
  • Daniel Guibord - Inscrit 14 mars 2014 16 h 51

    Bon débarras

    Tout au long de son parcours en politique municipale, Madame Harel prônait un bureau de la diversité concernant l’emploi à la Ville de Montréal ; c’est-à-dire un bureau visant à donner le peu d’emplois disponibles à des soi-disantes minorités visibles.

    Madame Harel « pensait » qu’il n’y avait pas suffisamment de Canadiens français et de Canadiennes françaises sur le chômage, le bien-être social et à la rue.

    • Jean Blier - Inscrit 14 mars 2014 23 h 31

      Il y a des adeptes du Front National parmis nous... Le discours "ils viennent voler nos jobs" n'a pas de place ici, cessez de nous faire honte. La seule erreur de madame Harel est d'avoir pris la tête d'un parti qui avait des squelettes dans le placard lié à son financement. C'est une femme très courageuse qui avait réussi à fusionner l'île de Montréal ce que les magouilleurs de libéraux ont saboté ensuite.

    • Jean Blier - Inscrit 15 mars 2014 07 h 31

      Le Front National a des adeptes aux Québec. Si vous pensez que les immigrants volent vos jobs il suffisait de faire plus de bébés.

      Madame Harel a tenté de sauver ce parti souillé par les magouilles de Labonté. C'est la dame derrière une île, une ville.