Avancées piétonnières sur Sainte-Catherine

Le maire Denis Coderre souhaite faire de la métamorphose de la rue Sainte-Catherine un legs du 375e anniversaire de Montréal.
Photo: - Le Devoir Le maire Denis Coderre souhaite faire de la métamorphose de la rue Sainte-Catherine un legs du 375e anniversaire de Montréal.

Tout le monde s’entend pour dire que la rue Sainte-Catherine est mûre pour une sérieuse opération d’embellissement. Ses trottoirs étroits et délabrés, ses arbres rachitiques et sa chaussée crevassée tranchent avec sa réputation d’artère emblématique. Malgré ses défauts esthétiques, le coeur commercial de la métropole a conservé sa vitalité. Et le maire Denis Coderre s’est engagé à lui redonner son lustre, envisageant même d’en faire une rue piétonne.

 

Bien avant de s’installer à Montréal, Rémi Soudée, d’origine européenne, avait entendu parler de la rue Sainte-Catherine : animée, riche d’histoire, berceau des nuits folles de Montréal et siège des grandes enseignes. L’artère qu’il a découverte, bétonnée et embourbée de voitures, n’avait pas la splendeur imaginée.

 

Qu’importe. La rue Sainte-Catherine continue d’être une artère attrayante et bonne pour les affaires. Gérant de la boutique Sports Experts, M. Soudée soutient que le magasin de la rue Sainte-Catherine détient le plus gros chiffre d’affaires de l’enseigne au Québec. D’autres commerçants abondent dans ce sens.

 

Des infrastructures à refaire

 

Au cours des dernières années, l’artère a connu deux affaissements majeurs de la chaussée. En 2013, une rétrocaveuse s’était enfoncée dans un immense cratère apparu à l’angle de la rue Guy.

 

Le coupable : un égout centenaire sous la rue Sainte-Catherine. Denis Coderre veut profiter des travaux de réfection majeurs pour réaménager la rue : élargissement des trottoirs, ajout de mobilier urbain et verdissement. « Ce serait un crime de juste remplacer le tuyau », croit-il. L’année 2014 permettra de consulter les commerçants et les travaux débuteront en 2015, par sections, pour réduire les impacts. Ces mesures entraîneront forcément le retrait de places de stationnement.

 

Denis Coderre envisage aussi de piétonniser la rue. Il l’a réitéré cette semaine au Devoir, disant vouloir faire de la métamorphose de la rue Sainte-Catherine un legs du 375e anniversaire de Montréal. Et cette piétonnisation pourrait être permanente. « J’ai toujours trouvé qu’on n’assumait pas assez notre nordicité. On est une ville de quatre saisons, soutient-il. À Stockholm, ils ont des terrasses d’hiver. »

 

L’idée de piétonniser la rue Sainte-Catherine fait frémir le directeur général de Destination centre-ville, André Poulin. « Les gens qui rêvent à ça pensent beaucoup au modèle européen. Mais partout où il y a piétonnisation, il y a un accès automobile très près du territoire piétonnisé, souvent en souterrain. Ici, ça fait 15 ans qu’on écoeure les automobilistes. »

 

Denis Coderre dit être sensible aux appréhensions des commerçants. Il compte d’ailleurs revoir la politique stationnement à Montréal.

 

Et si les commerçants se braquaient ? « Je vais leur parler. C’est une option. La piétonnisation me séduit », réplique Denis Coderre avant de laisser tomber cette phrase : « Gouverner, c’est décider. »

 

La convivialité

 

Sur le terrain, l’idée de piétonniser la rue Sainte-Catherine plaît à plusieurs commerçants rencontrés par Le Devoir, et la proximité du métro permet d’envisager cette option, disent-ils. « Ça peut être un atout, croit Morgan Larosa, de la boutique Crocs. Mais les gens ont déjà du mal à stationner », prévient-il.

 

Rémi Soudée se montre d’emblée enthousiaste. « Étant européen, je suis plutôt pour », dit-il.

 

Gérant du restaurant-brasserie Les Trois Brasseurs, Maxime Fortier a des doutes, mais la perspective d’aménager une terrasse extérieure lui apparaît extrêmement attrayante.

 

Tous conviennent qu’il est impératif de revamper la rue Sainte-Catherine. S’ils appréhendent le chantier, ils y voient un mal nécessaire, un mauvais moment à passer.

 

Le maire Coderre promet qu’il prendra les mesures pour que le cauchemar du boulevard Saint-Laurent ne se reproduise pas. « Je veux travailler de façon inclusive avec les commerçants. »

 

L’attitude du maire rassure André Poulin, mais il conserve tout de même un certain cynisme : « On a le sentiment qu’on va être consultés, mais pas qu’on va être écoutés. »

À voir en vidéo