Québec doit donner plus de pouvoirs à Montréal, croit Ménard

Le président de BMO Groupe financier, Jacques Ménard, est convaincu que Montréal pourrait faire sa place au soleil, mais pour cela, il faudrait que le gouvernement du Québec lui accorde des outils fiscaux et reconnaisse concrètement son statut de métropole.
Photo: Jacques Grenier - Archives Le Devoir Le président de BMO Groupe financier, Jacques Ménard, est convaincu que Montréal pourrait faire sa place au soleil, mais pour cela, il faudrait que le gouvernement du Québec lui accorde des outils fiscaux et reconnaisse concrètement son statut de métropole.
Comme l’ont fait d’autres villes dans le monde, Montréal pourrait sortir de sa torpeur économique et prendre la place qui lui revient comme métropole, croit Jacques Ménard, président de BMO Groupe financier. Mais pour y parvenir, Montréal devra obtenir de Québec de nouvelles sources de financement ainsi que des pouvoirs semblables à ceux accordés à Toronto par le gouvernement de l’Ontario, dit-il. 

Dans un rapport qu’il a rendu public mardi, Jacques Ménard présente dix propositions pour relancer Montréal et secouer la morosité ambiante. 

Afin de mieux cerner les ingrédients nécessaires à la renaissance économique de Montréal, Jacques Ménard a fait appel au Boston Consulting Group en lui demandant de voir si d’autres villes de la même taille que Montréal avaient réussi à renouer avec la prospérité après un passage à vide. Le cas de sept villes a été examiné, soit Boston, Manchester, Melbourne. Philadelphie, Pittsburgh, San Diego et Seattle. 

Une cinquantaine de personnalités ont également été consultées pour discuter des atouts de Montréal et des défis qui l’attendent. 

Des outils fiscaux 

Les villes ayant réussi leur métamorphose ont pu recourir à des leviers économiques et des mesures fiscales pour attirer des entreprises et dynamiser leur économie. De plus, les gouvernements supérieurs ont été mis à contribution, note Jacques Ménard. 

M. Ménard est convaincu que Montréal pourrait faire sa place au soleil, mais pour cela, il faudrait que le gouvernement du Québec lui accorde des outils fiscaux et reconnaisse concrètement son statut de métropole. « Montréal ne contribue pas à la hauteur de son potentiel au développement économique du Québec. Je le dis malgré le fait que nos élus à Québec, qu’ils soient libéraux, péquistes, adéquistes ou autres n’aiment pas le reconnaître. » 

Montréal détient déjà plusieurs atouts. Ville universitaire reconnue pour sa créativité, elle peut compter sur la présence de plusieurs secteurs de pointe, notamment en biotechnologie, en aérospatial ou en technologies de l’information. 

Cela dit, les statistiques ne sont guère reluisantes à l’heure actuelle. Au cours des 15 dernières années, Montréal a connu un développement économique moins dynamique que les cinq autres grandes villes canadiennes. Son produit intérieur brut (PIB) a crû de 37 % depuis 1998, comparativement à 59 % pour les autres villes. Montréal est aussi très dépendante des taxes foncières, ce qui limite son développement. Et surtout, elle ne détient pas les pouvoirs requis pour assurer sa relance. « Le maire de Montréal n’a pas plus de pouvoirs qu’un maire de province », souligne le rapport. 

Des infrastructures à retaper 

Montréal a donc besoin de pouvoirs accrus et de nouvelles sources de financement. Pour espérer briller parmi les meilleures, elle devra aussi procéder à la reconstruction et la réfection de ses infrastructures, insiste M. Ménard. Il lui faudra un leadership fort et des objectifs de performance économique bien définies, qu’il faudra conjuguer avec une rétention des talents — Montréal produit davantage d’universitaires que Boston, mais ne les embauche pas, signale M. Ménard. « Que ce soit Boston, Philadelphie ou Pittsburgh, le maire a toujours joué un rôle-clé. Mais il n’a jamais été seul. On est chanceux d’avoir un nouveau maire, mais on ne peut pas s’attendre à ce que le maire tout seul fasse tout », prévient M. Ménard. 

Or, Montréal a déjà engagé des sommes importantes dans la réfection de ses infrastructures depuis près d’une décennie, investissements que certains diront gonflés par la corruption et la collusion. De plus, les administrations successives à l’hôtel de ville ont réclamé à grands cris de nouvelles sources de financement, mais sans grand résultat jusqu’ici. 

Jacques Ménard reconnaît que ses propositions auront un air de déjà-vu pour plusieurs acteurs du milieu municipal : « Ça se veut plus un outil de mobilisation », dit-il. 

Les entreprises devront aussi faire leur part. Disant ne pas vouloir culpabiliser les gens d’affaires, il souligne tout de même que le rôle des leaders d’entreprises ne doit pas se limiter à travailler en fonction des dividendes aux actionnaires. Ils doivent aussi mettre l’épaule à la roue dans la relance de Montréal, dit-il.
23 commentaires
  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 25 février 2014 10 h 12

    Maire de province

    Le gouvernement est provincial, et ses électeurs sont en province. Normal que le maire de la métropole plafonne, et que celle-ci ne soit qu'une grande ville de province.

    J'en viens à croire qu'il faut que Montréal se sépare du Québec. Comme une cité-État. Les enjeux sont tellement différents, et ce n'est pas le gouvernement des régions qui peut y répondre, ni le maire élu par indifférence. Plus de pouvoir amènera peut-être plus d'intérêts pour les questions municipales.

    À tout le moins, rêvons de villes autonomes qui ont des leviers fiscaux et tarifaires, comme les grandes villes américaines, et qui peuvent se développer selon les priorités de la population. Montréal n'ira pas dans le sens de Québec, de Sherbrooke, de Trois-Rivières, mais ce sera intéressant de voir ces différentes villes proposer leur propre dynamique sans avoir à mendier.

    • Gérard Pitre - Inscrit 25 février 2014 13 h 15

      À Alexis Lamy-Théberge. Je suis en total désaccord avec votre idée de séparer Montréal du Québec. Idée farfelue et ensuite ce sera le West Island qui voudra se séparer de Montréal. Voilà la semence idéale à une partiton en série. C'est loin d'être la trouvaille du siècle. Non, mais franchement. J'en ai entendu des meilleures. Au contraire, ce qu'il faut c'est sortir le Québec du Canada, enlever les gros sabots «canadian» du territoire du Québec, et une fois devenu un pays, normal comme tous les autres, tous nos pouvoirs nous seront entre nos mains et Montréal deviendra la véritable métropole du Québec pays avec tous les pouvoirs nécessaires à son développement. Lorsque nous cesserons d'envoyer nos milliards à Otawa sous forme d'impôts et de taxes de toute nature, malgré les grenailles qu'ils nous retournent sous forme de péréquations qui parfois peuvent être plus généreuses certaines années que d'autres, nous disposerons à ce moment-là de tous les leviers économiques et politiques dont disposent tout pays que quelque soit la taille qu'il puisse être. Pas difficile à comprendre. Comme le veut le slogan: l'indépendance ça dépend de nous, pas des autres. Le Québec n'a aucune permission à demander à personne, surtout pas au Canada anglais, pour se prendre en main et devenir un pays prospère, dont nous feront l'envie du monde entier. Fini les pleurnichages économiques, les chicanes politiques de juridiction. Tes bébelles puis dans ta cour, nos bébelles puis dans notre cour. C'est la seule façon d'établir un véritable dialogue et une coopération réciproche en étant chacun maître chez soi. S'ils tiennent tant à nous garder, pour ne pas que nous nous en allions, c'est qu'ils ont intérêt à ce qu'il en soit ainsi, auquel cas contraire, il y a belle lurette que d'eux-mêmes ils nous auraient foutu à la porte. Pas difficile à comprendre. Il s'agit de s'ouvrir les yeux et de voir claire. Merci Gérard Pitre

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 25 février 2014 13 h 51

      Sérieusement, votre seule proposition est l'indépendance?

      D'accord. Qui la fera? Faudra-t-il attendre plusieurs décennies avant de pouvoir faire des changements? Il n'y a rien d'autre à faire selon vous que d'attendre que les Québécois comprennent votre message? Et si ça ne fonctionne pas? On recommencera?

      Est-ce que votre proposition est nouvelle et demande plus de promotion? Est-ce que les Québécois qui la refusent sont manipulés, ignorants, ou anglophones? Sincèrement, je ne me positionne pas, mais je ne veux pas faire du statut provincial le seul frein : il nous permet de ne rien faire et de nous plaindre en promettant qu'indépendants, nous serions les meilleurs, tout en refusant de l'être.

      Peut-être avez-vous un plan? Manifestement, le gouvernement au pouvoir n'en a pas, d'où son obsession artificielle pour masquer les traces de l'immigration. Il serait peut-être intéressé.

      En attendant, je veux penser la ville comme instance locale de décision, pas attendre que le gouvernement provincial découvre que la moitié de la richesse de sa province est générée dans une ville qui n'a pas les moyens de gérer son urbanisme. Mais je souhaite cette décentralisation pour toute la province.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 25 février 2014 14 h 11

      Peut-être qu'on ne vous laissera pas le choix, M. Pitre et que ce sera l'Outaouais qui débarquera le(la) premièr(e)..

      Quant au dialogue dont vous êtes si certain avec le ROC, je ne peux que vous donner une analogie: après divorce, combien de partenaires entretiennent des dialogues productifs?

      Tout la plannification souverainiste est basée sur le concept que ce sera "business as usual"..."amis-amis"...Or, rien n'est moins sûr!

    • Gilles Théberge - Abonné 25 février 2014 17 h 33

      Je trouve très dommage que l'ouvrage de Jane Jacobs ne soit que très peu disponible. Il n'y en a plus en librairie mais probablement en bilbiothèque.

      Dans son ouvrage «la question du séparatisme» elle explique en détail que la seule voie d'avenir pour que Montréal redevienne une véritable métropole, c'est justement que le Québec soit indépendant.

      Et c'est en quoi je suis tout à fait d'accord avec ce qu'écrit monsieur Pitre ci-haut. Oui l'indépendance est probablement une solution très pertinente, parce que cela permettrait en particulier à Montréal comme le soumet madame Jacobs de rompre avec ce qu'elle appelle l'hégémonie du Canada anglais et conséquemment de son influence prépondérante dans le développement du Québec.

      Ce n'est pas rien et ce n'est pas à rejeter du revers de la main. Parce que justemenr en raison de cette influence extérieure que l'on pourrait qualifier d'indue, Montréal est reléguée au statut de ville régionale, alors qu'elle devrait être le moteur culturel et économique ce qu'est fondamentalement une métropole.

      Voici les références du livre en question : ISBN : 978-2-89649-036-3

      http://www.edvlb.com/question-separatisme/jane-jac

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 26 février 2014 16 h 47

      M. Théberge..Il y avait, il y a quarante ans, une hégémonie économique de la communauté anglophone au Québec mais cela ne correspond plus à aucune réalité..

      Si je suis votre raisonnement, en isolant Montréal de la compétition avec les autres villes canadiennes ou même d'une influence (inéxistante d'après moi), Montréal deviendrait une grande métropole??? Cela ne fait aucun sens! Dans notre libre-marché nord-américain, c'est dans cette compétition, ces échanges à tous les niveaux que résident l'expansion, le développement et la prospérité...

      Vous semblez dire que si on isole Montréal dans un contexte plus étroit, elle va apparaitre plus grande, grâce à une illusion d'optique!!

  • Jean-Marc Simard - Inscrit 25 février 2014 10 h 43

    Des outils fiscaux ?

    Êtes-vous vraiment sûr Monsieur Ménard que Montréal a besoin de meilleurs outils fiscaux pour redorer son blason de métropole ? Les divers problêmes rencontrés par le développement de Montréal tient plus à la présence corruptive et collusionnaire de profiteurs de tout acabit et à la présence pathologique de mafieux corrosifs qu'à l'absence d'outils fiscaux plus performants...Tant que les problèmes liés à la mentalité du "ton bien m'appartient", qui courtcircuite tous les beaux projets de développement, ne seront pas réglés, il ne sert à rien de penser construire un avenir meilleur...Tant que les outils fiscaux ne serviront qu'à enrichir les prédateurs et les profiteurs de tout acabit, il ne sert à rien de rêver à un avenir meilleur...Il faut d'abord travailler à un changement profond d'une certaine mentalité et d'une certaine culture qui propulsent la loi du plus fort plutôt que celle de la solidarité et de la coopération, loi entretenue par les mafieux et les divers briseurs de rêves et de vie d'une collectivité...

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 26 février 2014 16 h 35

      M. Simard...La corruption-collusion n'est qu'une petite partie du problème...

      -L'antagonisme paralysant entre Québec-city et Montréal d'un côté; la coopération inadéquate entre le provincial et le fédéral due aux chicanes perpétuelles d'un autre côté..

      -La faible proportion d'investissements extérieurs et apports en capitaux à Montréal, comparée aux autres grandes villes canadiennes...avec la stagnation de l'immobilier et le manque d'emploi...

      -les conflicts linguistiques freinant l'installation de sièges sociaux venant du ROC et É.U. et les départs de particuliers aisés et sociètés à la suite du climat d'instabilité politique reignant de façon cyclique les quarante dernières années...

      -Le manque de practicalité de l'aéroport de Mirabel qui aurait pû être connecté au centre-ville avec un train léger rapide- Et avec Dorval à la limite de son expansion...

      Sont autant de freins au développement de Montréal..
      -

  • Mario Jodoin - Abonné 25 février 2014 11 h 05

    «Son produit intérieur brut (PIB) a crû de 37 % depuis 1998, comparativement à 59 % pour les autres villes.»

    La donnée pertinente est le PIB par habitant. Or, la population de Montréal a augmenté beaucoup moins que celle des autres villes. Si on n'en tient pas compte, ce discours devient trompeur.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 25 février 2014 13 h 55

      Ne croyez-vous pas que cette démographie lente est un symptôme en elle-même?

  • Benoît Gagnon - Inscrit 25 février 2014 12 h 12

    Au contraire!

    Au contraire! Il faudrait davantage investir dans le développement des autres villes au Québec et des liens qui les unissent, dont les citoyens souffrent de devoir payer pour le système corrompu montréalais depuis déjà plusieurs dizaines d'années.

    Le problème de Montréal, c'est Montréal elle-même. Elle n'a qu'elle a blâmer. Lorsque je vois tout l'argent qui est gaspillé dans des projets comme celui de Turcot, je n'ai certainement pas envie de donner plus d'argent à des gens qui ne savent absolument pas l'utiliser à bon escient.

    Le développement du Québec passera d'abord et avant tout par la décentralisation des pouvoirs et le développement des régions. La centralisation des pouvoirs mène inévitablement à la collusion et la corruption... L'histoire nous le démontre sans cesse, qu'on soit au palier municipal, provincial, fédéral ou même international.

    • Simon Chamberland - Inscrit 25 février 2014 19 h 30

      Très mauvais exemple que Turcot.

      C'est une infrastructure construite par le gouvernement provincial et qui a été mal entretenue par le même gouvernement. C'est le gouvernement provincial encore qui a mal travaillé le remplacement de Turcot.

      Le pire là-dedans, c'est que beaucoup des utilisateurs de cet échangeur ne sont pas des Montréalais.

  • Jules Langlois - Inscrit 25 février 2014 12 h 58

    Plus de taxes ?

    Excellente idée M. Ménard. On commence avec la finance ? Non ? Pas la finance, les citoyens vous dites ...
    C'est précisément des gens comme M. Ménard qui nous ont amener à la ruine et il veut nous taxer encore ?