Montréal rattrapera-t-elle son retard technologique?

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a promis de faire entrer la ville dans l’ère numérique afin de mettre les technologies de l’information au service des citoyens.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le maire de Montréal, Denis Coderre, a promis de faire entrer la ville dans l’ère numérique afin de mettre les technologies de l’information au service des citoyens.

Une ville fragmentée en 19 arrondissements quasi autonomes peut-elle prétendre devenir intelligente ? C’est pourtant le voeu du maire Denis Coderre, qui a promis de faire entrer Montréal dans l’ère numérique afin de mettre les technologies de l’information au service des citoyens. Mais bien des obstacles jalonnent le chemin menant à la ville intelligente.

 

Pourquoi devoir demeurer à l’affût des pancartes de stationnement orange quand on peut être averti du passage prochain des équipes de déneigement d’un simple texto sur son téléphone intelligent ?

 

Un nid-de-poule a surgi sur la chaussée devant votre domicile ? Il pourrait suffire d’une photo géolocalisée pour alerter la Ville de la présence de l’infâme cratère. « Les équipes auraient 24 heures pour remplir le trou. Ça responsabilise tout le monde », a expliqué Denis Coderre plus tôt cette semaine.

 

Les 19 royaumes

 

La liste des initiatives aussi séduisantes qu’utiles peut s’allonger rapidement dans cet univers où information rime avec innovation. Mais l’entreprise peut s’avérer complexe dans une ville comme Montréal dont la gestion est décentralisée avec 19 arrondissements assurant les services de proximité.

 

Pour le conseiller Marc-André Gadoury, de Projet Montréal, la ville intelligente est une voie naturelle dans laquelle Montréal doit s’engager. « Mais beaucoup des demandes vont devoir se réaliser en collaboration avec les arrondissements », prévient-il. Les arrondissements seront-ils tous prêts à se lancer dans l’aventure ?

 

« Prenons la webdiffusion des conseils d’arrondissement. C’est l’exemple où la bonne volonté de la ville intelligente de M. Coderre se heurte à la réalité des champs de compétence, note Marc-André Gadoury. Il a tordu le bras de la vice-présidente de son comité exécutif [Anie Samson] et maintenant, il y a webdiffusion des conseils de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. Mais il va avoir de la misère à tordre le bras de Manon Barbe [mairesse de LaSalle]. »

 

Une application pour signaler des nids-de-poule semble aller de soi, mais encore faudra-t-il que les arrondissements, dont les budgets sont serrés, disposent des effectifs nécessaires pour dépêcher une équipe dans les 24 heures.

 

« L’étalement urbain, la fragmentation sont des freins au développement de la ville intelligente », confirme Marie-Andrée Doran, la directrice de l’Institut technologies de l’information et sociétés (ITIS) de l’Université Laval. « Ça prend une structure au-dessus de ça. Une des clefs de voûte du développement durable, induit par la ville intelligente, c’est l’intégration. »

 

Initiative locale

 

Comme pour prendre de vitesse l’administration du maire Coderre, l’arrondissement du Sud-Ouest a récemment pris l’initiative de produire une carte dite « interactive » pour informer les citoyens des opérations de déneigement prévues dans leur rue. Le projet est toutefois modeste. « C’est un début. On aurait aimé développer une application, mais ça aurait demandé des investissements importants de 40 000 à 60 000 $ et nécessité l’installation de GPS dans les équipements de déneigement », explique Benoit Dorais, le maire du Sud-Ouest. La carte interactive a l’avantage de créer une « saine pression sur les équipes de déneigement », ajoute-t-il.

 

M. Dorais ose croire que la ville intelligente de Denis Coderre ne sera pas qu’un slogan. « La Ville a beaucoup de chemin à faire compte tenu de sa culture organisationnelle », dit-il.

 

Et il y a la résistance qu’il faudra vaincre. Il y a deux semaines, le directeur du Service du capital humain, Jean Yves Hinse, est allé dire devant la Commission des finances qu’il était très inquiet de la charge de travail que représentait l’instauration d’applications pour interagir avec les employés. Deux jours plus tard, le maire Coderre le rabrouait publiquement.

 

Responsable du dossier de la ville intelligente au comité exécutif, Harout Chitilian reconnaît que Montréal a aussi un rattrapage technologique à faire : « Dans la fonction publique, nous avons des outils de gestion qui datent de longtemps. En matière de technologies de l’information, il y a d’énormes avancées à faire pour être vraiment une ville qui utilise pleinement la capacité technologique dans sa gestion opérationnelle. »

 

L’intelligence a un coût

 

Ce retard technologique de Montréal ne rassure pas Marc-André Gadoury, d’autant que le budget 2014 de l’administration Coderre-Desrochers ne prévoit pas d’investissements pour le dossier de ville intelligente. Montréal ne pourra pas se contenter « d’ouvrir » ses données et de laisser aux développeurs le soin de développer des applications, croit-il.

 

À ce sujet, le président du comité exécutif, Pierre Desrochers, se fait rassurant. Le Bureau de la ville intelligente sera créé cette année à même les ressources existantes, puis un plan d’action assorti d’un budget sera élaboré. Mais si nécessaire, le maire Coderre pourrait décider de puiser dans le fonds prévu pour les priorités de l’administration. Des 20 millions initialement prévus, il reste 8,5 millions, dit-il.

 

L’année 2014 pourrait voir apparaître les premières applications développées par la Ville de Montréal. D’ici là, les citoyens devront continuer de se fier aux pancartes orange à chaque tempête.


Avec Fabien Deglise

4 commentaires
  • Normand Murray - Inscrit 22 février 2014 15 h 34

    Une autre vérité.

    Tout projet quel qu'il soit demeure problématique dû a la décentralisation des pouvoir avec 19 territoires a gèrés.La suradministration est le problême fondamental de Montréal.P.S:Assurons nous que le tout seras mieux gèré que l'informatisation de certaines tentatives passées au provincial.En ce qui à trait au déneigement avec ce système les dépanneuses ne manquerons pas de travail.Peu importe les pancartes oranges resterons toujours la meilleur solution quoi que l'on en dise. Ça prends une camionette avec deux employés pour parcourir un secteur complet a posé ces pancartes et quelques fois un changement de parcours est nécéssaire dû a des problématiques imprévues ayez votre cellulaire à la main des changements peuvent se produire à tout moment.P.S:Dans ce cas ci une présence physique est indispensable le virtuel ne peu tout régler par magie.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 février 2014 15 h 44

      Pourquoi mentionne-t-on toujours les arrondisseements mais jamais les villes défusionnées comme cause de mauvaise gestion?

  • Sylvain Auclair - Abonné 23 février 2014 15 h 43

    Tout ou rien

    J'ai l'impression que l'approche «ville intelligente» est une approche tout ou rien. Actuellement, si je veux faire part à la ville d'une bouche d'égout bloqué (ce qui semble être le cas de 25% d'entre elles, en passant), je dois:
    ou bien trouver dans quel arrondissement se situe la bouche, aller sur son site, trouver comment communiquer avec l'arrondissement, remplir tout un formulaire avec mon nom, mon adresse, et enfin décrire le problème (pas besoin de coordonnées GPS, une adresse suffit...)
    ou bien faire le 311 (pour lequel je dois payer si j'appelle d'une boîte), décrire le problème, donner mon nom, mon adresse, mon numéro de téléphone, être transféré à l'arrondissement, attendre, décrire le problème, donner mon nom, mon adresse et mon numéro de téléphone, être transféré aux travaux publics, attendre, donner mon nom, et décrire le problème pour une troisième fois.
    Il y a sûrement moyen d'aller plus vite que ça.

  • Jean-François Petit - Abonné 24 février 2014 12 h 01

    On prend ça à l'envers, comme toujours

    Quand je lis les nombreux articles qui pullulent depuis quelques mois sur le concept de ville intelligente à Montréal, je suis consterné. Pourquoi? Parce que ce projet ressemble à tous les autres projets de TI gouvernementaux qui foirent les uns après les autres. Au lieu de se poser des questions sur les réels besoins des citoyens (une approche de bas en haut, organique), on part plutôt des données disponibles, des infrastructures technologiques et des ressources déjà en place (approche de haut en bas, systémique.) Et quand un maire d'arrondissement croit que 40 mille dollars est un investissement important hors d'atteinte, que penser alors des centaines de millions gaspillés dans le dossier de l'informatisation de la santé ou des dizaines de millions jetés à la poubelle à la CSST (cherchez "Naufrage informatique à la CSST" dans Google pour voir...)
    En Grande-Bretagne, quand est venu le temps de créer des meilleurs services numériques aux citoyens, ils ont créé une "startup" à l'intérieur du gouvernement avec les meilleurs concepteurs de services qu'ils pouvaient trouver. Auparavant, ils avaient pris soin de développer une réelle politique numérique pour les services aux citoyens. Ils sont ensuite partis sur le terrain avec des méthodes de recherche fiables (pas des sondages) pour observer ce que les gens font à tous les jours avec les services publics (et non pas ce qu'ils pensent vouloir faire). Ils ont ensuite prototypé et testé leurs concepts intensivement avec ce mêmes citoyens avant de les mettre en ligne. Parallèlement, les programmeurs et développeurs ont fait l'inventaire de toutes les technologies "ouvertes" et ont développé leurs outils sans l'aide des grandes firmes de TI à la IBM ou CGI. Le résultat? Des services web ultra-efficaces, peu coûteux, ouverts, adaptables aux changements et en constante évolution qui font l'envie de la planète entière. Et tout ça sur une période de moins d'environ deux années. Allez voir pour vous même à gov.uk.