Les dépenses en salaires et pensions explosent

Au cours des dernières années, la Ville a signé des conventions collectives avec plusieurs groupes d’employés. Certaines d’entre elles, comme avec les cols bleus, ont même été qualifiées d’« historiques » par l’ex-administration de Gérald Tremblay.
Photo: - Le Devoir Au cours des dernières années, la Ville a signé des conventions collectives avec plusieurs groupes d’employés. Certaines d’entre elles, comme avec les cols bleus, ont même été qualifiées d’« historiques » par l’ex-administration de Gérald Tremblay.

Québec déposera jeudi son projet de loi sur les régimes de retraite, une réforme qui, espèrent les villes, les soulagera d’un poids important. Mais la Ville de Montréal fait face à un autre problème aigu : l’augmentation constante de la masse salariale. Combinée aux dépenses liées aux régimes de retraite, la rémunération globale des employés a bondi de 650 millions en cinq ans.

 

Les maires des grandes villes, parmi lesquels Denis Coderre, de Montréal, Régis Labeaume, de Québec, et Éric Forest, de Rimouski, fondent beaucoup d’espoirs sur le projet de loi que déposera la ministre du Travail, Agnès Maltais. Mais Montréal n’est pas au bout de ses peines.

 

Entre 2009 et 2014, la rémunération des employés montréalais est passée de 1,8 milliard à 2,5 milliards, ce qui représente plus de la moitié du budget de la Ville. Ce chiffre considérable comprend toutefois les dépenses liées aux régimes de retraite dont les coûts galopants plombent les finances de la Ville et atteignent 597 millions en 2014.

 

Enjeu de taille

 

Au cours des dernières semaines, l’étude du budget de la Ville — qui a été adopté lundi dernier — a permis de mesurer l’évolution des dépenses. Pour le maire de Westmount, Peter Trent, la progression de la rémunération est un problème que la Ville ne peut plus négliger. « C’est clair comme de l’eau de roche que le problème est là. Essayer d’économiser dans l’achat de stylos. Ce n’est pas avec ça qu’on va sauver beaucoup d’argent », commente-t-il.

 

S’il convient que la Ville de Montréal doit s’attaquer en priorité aux régimes de retraite, il croit que le contrôle de la masse salariale constitue un enjeu de taille. Pendant les travaux de la Commission des finances, il a d’ailleurs suggéré que la Ville intègre des comparaisons des cinq années précédentes lors de la présentation de son budget. D’une année à l’autre, la hausse des coûts peut paraître minime, mais sur une période de cinq ans, le portrait est tout autre.

 

Les conventions collectives

 

Au cours des dernières années, la Ville a signé des conventions collectives avec plusieurs groupes d’employés. Certaines d’entre elles, soit avec les cols bleus et les pompiers, ont même été qualifiées d’« historiques » par l’ex-administration de Gérald Tremblay. Mais ces ententes ont permis aux syndiqués de toucher des hausses de salaire de 2 % annuellement. « On est pris avec ce 2 % négocié par M. Tremblay », reconnaît M. Trent. Selon lui, la Ville ne peut toucher aux conventions collectives, mais elle peut assurément rediscuter la question des régimes de retraite.

 

L’automne dernier, l’Institut de la statistique du Québec a publié une étude révélant que les employés municipaux touchaient une rémunération supérieure de 37,9 % à celle des fonctionnaires du gouvernement du Québec.

 

Peter Trent croit que pour la métropole, l’écart est encore plus important. « Pour Montréal, la différence doit frôler les 45 %, sinon davantage. On peut utiliser le terme “ scandaleux ” dans ce cas, dit-il. On ne veut pas que les employés soient sous-payés, mais je ne vois pas la justification de payer une prime allant jusqu’à 45 % parce qu’ils travaillent pour la Ville de Montréal. »

 

La rémunération affecte directement les arrondissements montréalais. S’ils subissent depuis des années un gel de leur financement, ils ne peuvent compresser les dépenses liées à la rémunération dont ils n’ont pas le contrôle puisque les conventions collectives ont été négociées par la ville centre.

 

Lundi, plusieurs maires ne se sont pas gênés pour rappeler au maire Coderre que le régime sec ne pouvait continuer. L’administration a promis de s’engager dans une vaste réforme administrative qui inclura une révision du financement des arrondissements, ce que certains maires ont salué.

 

Mais d’autres vont plus loin. En entrevue au Devoir la semaine dernière, le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, a évoqué l’idée de revoir les conditions salariales. « Il faut renégocier les conventions collectives, il faut renégocier les fonds de pension. Le déneigement en heures supplémentaires coûte 53 $ l’heure [par employé]. C’est cher. Il y a 95 employés pour déneiger le Plateau à 53 $ l’heure pour la moindre tempête, a-t-il expliqué. La propreté en été, la fin de semaine, c’est le même prix. […] T’as beau être à gauche, il y a des compressions à faire. »

 

Lors de la séance du conseil municipal lundi, il a réitéré l’urgence d’agir et mis en garde l’administration contre la réalisation d’évaluations de performance complexes qui retarderont la nécessaire réforme.

 

Son chef, Richard Bergeron, a pour sa part recommandé à l’administration de mettre la hache dans les postes de cadres et de contremaîtres. Il y en a 563 de trop, a-t-il indiqué. Il recommandait aussi de supprimer 200 postes de policiers. L’abolition de 750 à 1000 postes permettrait de réduire la masse salariale de 150 à 200 millions, a-t-il dit.

 

Reprendre le contrôle

 

Pour le président du comité exécutif, Pierre Desrochers, il ne saurait être question de rouvrir les conventions collectives. « On a toujours dit qu’on respecterait les conventions collectives, mais ça ne veut pas qu’il ne faudra pas s’y attaquer lorsque l’opportunité se présentera », a-t-il indiqué au Devoir lors d’un entretien téléphonique. « Oui, ils sont bien traités. […] Mais ça a été négocié à l’époque de bonne foi. »

 

En revanche, il reconnaît qu’au cours des cinq dernières années, le nombre d’employés a connu une croissance qu’il faut stopper. Ainsi, en 2009, la Ville comptait 21 279 années-personnes. Quatre ans plus tard, leur nombre atteignait 22 426 années-personnes. « Le constat est assez évident qu’il faut trouver des solutions, d’autant plus que nos revenus ne croissent pas au même rythme », dit-il.

 

La réforme administrative entraînera une baisse des effectifs, soutient M. Desrochers : « Ça devrait nous aider à réduire le nombre de personnes. Il y a toutes sortes de moyens d’y arriver, par attrition naturelle, notamment. »

 

L’administration a déjà annoncé qu’elle réduirait de 5 % la rémunération dans certains services, mais dans les faits, cette mesure se traduira à une baisse de 22,3 millions. Une goutte dans l’océan.

 

Si la rémunération globale des employés de la Ville de Montréal représente environ 51,2 % du budget de la Ville, elle est d’environ 38 % à la Ville de Québec. Pour Pierre Desrochers, il est trop tôt pour fixer des objectifs en cette matière. « On veut faire de l’étalonnage, se comparer à d’autres villes. Mais tant qu’on ne se sera pas comparé de façon organisée, je ne veux pas avancer de chiffres. »

 

Luc Ferrandez, lui, se méfie de la réforme annoncée par l’administration Coderre-Desrochers. En 2006, l’ex-maire Gérald Tremblay avait lancé la RASOP (Revue de ses activités, services, opérations et programmes). Ce programme devait conduire à des réductions d’effectifs, mais au fil des ans, on a plutôt assisté à une hausse du nombre d’employés. « Je l’ai dit plusieurs fois à M. Coderre : vous pouvez compter sur ma solidarité si vous faites de vraies réformes, mais si vous faites de l’espèce de papillonnage, on ne s’attend pas à des résultats. »

Avec la collaboration de Stéphane Baillargeon

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