Maka Kotto stoppe la démolition de la maison Redpath

Tout en reconnaissant que l’immeuble est dans un piteux état, le Conseil du patrimoine culturel estime que «la démonstration sur l’absence de valeur patrimoniale du bâtiment reste à faire et que des études supplémentaires à ce sujet devraient être réalisées».
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Tout en reconnaissant que l’immeuble est dans un piteux état, le Conseil du patrimoine culturel estime que «la démonstration sur l’absence de valeur patrimoniale du bâtiment reste à faire et que des études supplémentaires à ce sujet devraient être réalisées».
Alors que les pelles mécaniques s’apprêtaient à démolir la maison Redpath, le ministre de la Culture, Maka Kotto, a ordonné mardi matin l’arrêt des travaux. Avec cette intervention de dernière minute, le ministre s’accorde 30 jours pour décider de l’avenir de l’immeuble laissé à l’abandon depuis plus de 25 ans.

À la lumière d’un avis du Conseil du patrimoine culturel du Québec rendu le 14 février, le ministre a décidé de rendre une ordonnance pour suspendre les travaux de démolition, comme le lui permet l’article 76 de la Loi sur le patrimoine culturel.


« Le Conseil considère que la maison Redpath présente un intérêt historique et architectural, et que, dans l’intérêt public, il serait souhaitable que le ministre prenne les mesures nécessaires — y compris, au besoin, un avis d’intention de classement ou une ordonnance en vertu de l’article 76 de la Loi sur le patrimoine culturel », est-il précisé dans l’avis.

Québec pourrait préserver les éléments qui témoignent de l’architecture de la maison Redpath et favoriser leur intégration dans un projet contemporain, suggère-t-on. Tout en reconnaissant que l’immeuble est dans un piteux état, le Conseil estime que « la démonstration sur l’absence de valeur patrimoniale du bâtiment reste à faire et que des études supplémentaires à ce sujet devraient être réalisées ».

Études supplémentaires

Le délai de 30 jours permettra au ministre de prendre une « décision éclairée », a indiqué l’attaché de presse du ministre Kotto, Marc-André de Blois. Au cours des prochains jours, des experts en patrimoine se rendront sur les lieux pour évaluer la situation.

La perspective d’élections prochaines n’a rien à voir avec le geste posé par M. Kotto, soutient M. de Blois. « Ça n’a pas d’effet, a-t-il dit. Il reste ministre de la Culture et garant du patrimoine culturel. »

Construite en 1886 par l’architecte sir Andrew Taylor, la maison Redpath est considérée comme l’une des rares maisons d’architecture Queen Anne encore présentes dans la métropole. Partiellement détruite en 1986 et laissée à l’abandon, la maison Redpath avait échappé à la démolition en février 2011. Pour des raisons de sécurité, le maire Denis Coderre a récemment autorisé la démolition de l’immeuble à la suite d’une inspection effectuée avant les Fêtes, et la construction d’une résidence pour étudiants est prévue sur le site.

Une décision «assumée»

« J’avais parlé au ministre Maka Kotto. Je n’étais pas au courant qu’il allait faire ça ce matin, a admis Denis Coderre mardi midi. Moi, j’ai pris une décision et je l’ai assumée. Les pompiers ne s’y rendaient même pas parce qu’il y a un problème de sécurité. […] Je pense qu’en fin de compte, on va quand même se rendre à l’inévitable. »

Le propriétaire de l’immeuble, Michael Sochaczevski, s’est fait avare de commentaires. « Si le ministre Kotto s’était rendu sur le site, il n’aurait pas rendu cette ordonnance », a-t-il indiqué au Devoir en évoquant l’état de décrépitude de l’immeuble.

De son côté, Dinu Bumbaru, directeur des politiques d’Héritage Montréal, s’est réjoui de l’intervention du ministre. Malgré sa détérioration, la maison Redpath pourrait être conservée, croit-il : « On voit des maisons qui ont été incendiées dans le square Miles et laissées aux quatre vents pendant des années être récupérées. C’était bâti solide. C’est du massif de brique. »

Québec a pris la bonne décision, estime Projet Montréal. « L’ensemble des solutions doivent être considérées avant de procéder à la démolition, ce qui n’a pas encore été le cas », soutient la conseillère Anne-Marie Sigouin.

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