La politique de Québec attendue avec espoir

Tandis que le journal L’Itinéraire, où travaille Stéphane (ci-dessus), célébrait mardi ses 20 ans d’existence, les organismes voués au soutien et à la défense des itinérants montréalais attendent toujours des actions concrètes des autorités pour prévenir, notamment, les interventions policières meurtrières.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Tandis que le journal L’Itinéraire, où travaille Stéphane (ci-dessus), célébrait mardi ses 20 ans d’existence, les organismes voués au soutien et à la défense des itinérants montréalais attendent toujours des actions concrètes des autorités pour prévenir, notamment, les interventions policières meurtrières.

Alain Magloire est devenu lundi le troisième itinérant à tomber sous les balles de policiers montréalais en trois ans. Après cette mort tragique, l’heure n’est plus aux promesses et aux belles paroles, estiment les organismes d’aide aux sans-abri, qui réclament des gestes concrets des gouvernements pour soulager la détresse de la rue.

 

À la Mission Old Brewery, on connaissait Alain Magloire. L’homme de 41 ans, qui détenait un diplôme universitaire, a logé au refuge l’automne dernier pendant plusieurs semaines. « Il n’a jamais eu un comportement d’agressivité ou de violence chez nous », assure le directeur général du refuge, Matthew Pearce.

 

Lors d’une intervention policière à l’angle des rues Ontario et Berri lundi, Alain Magloire, dont le comportement aurait été jugé menaçant, a été atteint par une balle tirée par un policier. L’enquête a été confiée à la Sûreté du Québec qui devra éclaircir les circonstances du décès.

 

Le 7 juin 2011, Mario Hamel, un itinérant armé d’un couteau, avait été abattu par des policiers au centre-ville de Montréal. M. Hamel était en crise depuis une dizaine de jours.

 

Le 6 janvier 2012, c’était au tour de Farshad Mohammadi, 34 ans, de succomber sous les balles des policiers. L’homme qui dormait dans l’édicule du métro Bonaventure aurait assailli un policier avec une arme blanche.

 

Chaque nouveau drame soulève les mêmes questions concernant les interventions policières auprès des itinérants et les soins prodigués aux sans-abri aux prises avec des problèmes de santé mentale.

 

« N’y a-t-il pas d’autres moyens d’intervenir pour éviter que ça se termine avec la mort de quelqu’un ? se demande Matthew Pearce, exaspéré. Combien de personnes qui ont un problème de santé mentale et qui sont en itinérance doivent mourir avant qu’on mette en place les soins nécessaires pour venir en aide ? […] L’événement d’hier [lundi] est un échec de notre système de santé. »

 

Selon lui, des initiatives comme le Projet réaffiliation en itinérance et santé mentale (PRISM) mis sur pied il y a deux mois avec le service de psychiatrie du CHUM sont une voie à suivre. Les itinérants peuvent ainsi consulter des psychiatres au refuge. « C’est très prometteur. Ça ne coûte pas cher étant donné que les services sont fournis au refuge », explique M. Pearce.

 

Le directeur général du journal L’Itinéraire, Serge Lareault, s’interroge pour sa part sur le comportement des policiers appelés à intervenir auprès des itinérants : « Je ne veux pas juger cette intervention-là, mais on peut se demander pourquoi on n’a pas eu recours à un pistolet Taser. On reste avec le sentiment que les policiers dégainent plus vite quand c’est un itinérant. »

 

L’événement de lundi a accru la méfiance des itinérants à l’égard des policiers, dit-il. Selon lui, une meilleure formation des policiers s’impose même si, au fil des décennies, les modes d’intervention se sont améliorés : « Un policier, ce n’est pas quelqu’un qui est là pour arrêter les bandits, c’est quelqu’un qui travaille dans le public, qui doit être outillé pour être confronté à toutes sortes de monde : des anarchistes, des radicaux, des malades mentaux, des drogués et des prostituées ».

 

Une politique sous peu

 

Québec déposera dans les prochaines semaines sa politique en itinérance attendue avec beaucoup d’espoir par les organismes qui oeuvrent auprès des sans-abri. Suivra au printemps un plan d’action.

 

Sur les ondes de RDI mardi, la ministre déléguée aux Services sociaux, Véronique Hivon, a qualifié de « très hospitalo-centriste » le système de santé québécois : « À différents égards, autant Réjean Hébert [ministre de la Santé] que moi-même, on veut désenclaver ça pour que les services aillent aux personnes où elles en ont besoin, dans leur milieu. »

 

Le député de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Daniel Breton, a indiqué que la politique visera aussi à revoir la formation des policiers afin de mieux les préparer aux situations d’urgence.

 

Le maire Denis Coderre n’a pas voulu commenter l’intervention policière de lundi compte tenu de l’enquête en cours, mais il a réitéré son intention d’agir promptement dans ce dossier en appui à la politique du gouvernement. « L’heure est aux plans d’action », a-t-il dit.

 

La Ville de Montréal consacre chaque année 1,6 million aux programmes de lutte contre l’itinérance et le budget déposé la semaine dernière par l’administration Coderre-Desrochers prévoit l’injection d’une somme supplémentaire d’un million en 2014.

 

Serge Lareault, de L’Itinéraire, fonde beaucoup d’espoir dans l’impulsion que Denis Coderre pourrait donner à la cause des itinérants auprès des autres ordres de gouvernement. « Il faut que ces gens-là se parlent, fait-il valoir. Ce sont trois ordres qui ont le pouvoir d’agir sur l’itinérance mais qui ne se parlent pas. C’est ça qui fait que depuis des années, il y a de l’inertie, du travail en silo. »

11 commentaires
  • Normand Murray - Inscrit 5 février 2014 07 h 52

    Et Nicolet la dedans.

    Là où on est supposés formé les policiers mon doute est que les enseignements prodigués sont dépassées tel que le résultat est une mort inutile est encore survenue.De constaté que lui tirés dans soi les jambes ou la main qui tenais le marteau était exclu comme solution. On ne vous montre pas les techniques comment maitrisé physiquement un prévenu.Une constante demeures c'est qu'a engagé des policiers version compacte donne comme résultat ceci, trop petit pour impressionné on a peur de son ombre alors la seule solution est l'arme de service et comme excuse on attendais le teaser ne tiens pas la route.Je rajouterais que la politique d'emploie des forces de l'ordre engageons pourquoi, donné des tickets de plus un autre exemple percepteurs indirectes d'impôts déguisés. Non que dire la direction la sécurité passe avant tout regardé le nombre de décès à sensiblment diminué sur nos routes c'est sur la population ne sort plus dû a leurs budjets plus que serrés et le favoritisme avoir engagé la Trudeau parce que papa était directeur de police et ce malgré les notes médiocres de madame y a t'il d'autres cas similaires.P.S:lorsque j'était jeune un cas identique s'était produit près de chez nous lorsque les policiers sont sortis du véhicule patrouille le prévenu à regardé les agents et avec leurs gabarits son marteau il a laché assez vite de rajouté que plusieurs policiers m'ont dis que de patrouillé avec des mini flics ils éprouvaient une crainte lors des interventions dû au fait de la petite taille qui de maitrisé un suspect devenait assez dangeureux parce que 5'5" ne peu rivalisé avec des suspects même de moyenne taille, c'est la loi de la physique.Donc vivement des policiers capable de maitrisés des suspects et non des petits qui avec leurs grandeur n'on qu'une solution l'arme de service.J,entends déjà la réplique la situation est que du a la problématique particulière de l'évenement le stress était insoutenable,ma réponse si t'est pas apte a geré change de job ou fait toi

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 5 février 2014 10 h 49

      M. Murray, selon vos doutes... douteux, pour appeler les choses par leur noms, les femmes seraient responsables de ces morts... inutiles comme vous dites? Car il y a toujours eu des normes pour ce qui est du gabarit des policiers, et je doute fort que les changements de normes pour accomoder les femmes aient tellement chamboulé les manières d'agir des policiers, ou encore que ces nouvelles normes soient régulièrement appliquées aux hommes.

      D'ailleurs, étonnamment vous semblez croire que la taille de ces policiers va de paire avec leur cerveau. Un homme ou une femme armés d'un flingue n'ont pas à mon avis les peurs que vous suggérez, et en défendant ces prétendus petits hommes je me demande qui et quoi vous défendez au juste? Car cette façon de faire condamnable existe depuis des lustres, et est pour ainsi dire la norme, d'autant que dans ces cas il n'y a à peu près jamais de conséquences à l'acte. Après tout... les victimes ne sont que de pauvres types, non?

  • Denis Gobeille - Abonné 5 février 2014 08 h 35

    Fermez le poste des policiers à gros bras

    Tous ces policiers sont rattachés au même poste de police qui a toujours la même réputation de gros bras au centre-ville de Montréal. Il y a la une culture du comportement policier qu'il faut bannir en le fermant simplement pour relocaliser les policiers dans d'autres lieux sous d'autres directions.

  • Suzanne - Inscrite 5 février 2014 09 h 02

    Miser sur le suivi dans la communauté

    J'ai travaillé dans une autre vie pour un organisme qui allait rejoindre les personnes là où elle se trouvaient, sous le pont, au coin d'une rue, sur le banc du parc Viger...Diogène existe-t-il encore? Toutes ces magnifiques ressources communautaires qui, à l'époque, étaient au diapason des personnes itinérantes avec des problèmes de santé mentales et de démêlés avec la justice...Vingt ans plus tard, que sont devenus ces intervenants audacieux? Sont-ils fonctionnarisés, eux-aussi, ou alors encadrés et gérés par les petites cases d'un programme ministériel contraignant? Il y a des approches qui fonctionnent avec les gens en détresse qui vivent des crises psychotiques! Et à moindre coût que les hospitalisations répétées.Il faut amener les services vers les personnes...Et mieux former nos petits Rambos qui ont, finalement, peur de cette folie inconnue qui les interpelle...

  • Chantal Forest - Abonnée 5 février 2014 09 h 31

    Animaux vs humains

    Lorsqu'un animal a un comportement qui semble menaçant pour les humains, que fait-on? Est-ce qu'on l'abat systématiquement ou n'essaie-t-on pas d'abord d'utiliser des armes qui vont calmer l'animal? Cet homme avait certainement un comportement menaçant, mais le policier était-il équipé pour répondre à la menace? Ces questions et bien d'autres demandent réflexion...

  • Leclerc Éric - Inscrit 5 février 2014 10 h 41

    Établir une politique de réinsertion sociale adaptée

    En considérant tous les «cas» de degré de maladie mentale, il faudrait construire un centre de réadaptation pour les individus ayant un niveau de "moyen à très à risque" de problèmes psychiatriques.

    Dans les situations où les individus ont des troubles cognitifs "légers", les prendre en charge par du bénévolat ou un simple travail rémunéré (comme il m'arrive d'en remarquer chez Mc Donalds, Tim Hortons, etc.), puisque leur condition physique extérieure ne les prédisposent pas à être jugés(e).

    À titre d'exemple; si le gouvernement du Québec a pris la décision de construire un méga-centre judiciaire pour «héberger» les motards criminalisés à part des autres criminels lors de l'extra-ordinaire procès des Hells Angel's, pour des motifs de sécurité publique, il a certainement les moyens ces temps-ci, (en période d'annonces de toutes sortes - post-électorales) de construire un centre d'hébergement pour les sans-abris jugés dangereux pour la société.