Bixi est au bord de la faillite

Pour Denis Coderre, le recours à la Loi sur la faillite était le seul geste responsable à faire.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pour Denis Coderre, le recours à la Loi sur la faillite était le seul geste responsable à faire.

Aux prises avec des dettes avoisinant les 50 millions de dollars, la Société de vélo en libre-service (SVLS) qui gère Bixi s’est placée lundi sous la protection de la Loi sur la faillite.

 

Le maire de Montréal, Denis Coderre, estime que le recours à la Loi sur la faillite était le seul geste responsable à faire. « Attendre davantage augmenterait les risques financiers pour la Ville. En procédant de la sorte, nous sécurisons les actifs de la SVLS requis pour assurer l’exploitation de Bixi à Montréal », a-t-il expliqué.

 

Mercredi dernier, la Ville de Montréal, qui est le principal créancier, avait signifié à la SVLS son intention de protéger le prêt de 37 millions qu’elle avait accordé en 2011 — et dont le solde est maintenant de 31,6 millions. La SVLS était alors en défaut de paiement.

 

Lancé en 2009, le concept de Bixi a été vendu à travers le monde. Les vélos montréalais circulent maintenant dans 15 villes, dont New York, Londres et Melbourne.

 

Le p.-d.g. de la SVLS, Michel Philibert, a attribué les difficultés financières de l’organisme au retard dans le développement d’un logiciel destiné à gérer les systèmes de vélos en libre-service à l’étranger. Rappelons qu’après une mésentente avec l’entreprise 8D Technologies, la SVLS avait décidé de développer son propre logiciel qui a été vendu aux villes de New York et Chicago. Or, le logiciel connaît des ratés et les opérateurs pour les deux villes retiennent des montants totalisant 5,6 millions, a-t-il dit.

 

En 2012, 8D Technologies a d’ailleurs intenté une poursuite de 26 millions contre la SVLS, lui reprochant d’avoir mis fin de façon prématurée à leur entente.

 

Saison 2014 sauvée

 

Bixi était une bonne idée, mais la Ville n’aurait jamais dû s’engager sur le terrain glissant de la commercialisation du concept à l’étranger, croit le maire Coderre : « Ce n’est pas aux contribuables d’assumer le risque financier lié à un projet d’affaires. »

 

La Ville entamera des discussions avec les gestionnaires de la SVLS dans les prochains jours afin d’étudier différents scénarios. Mais le maire a assuré que le service montréalais de Bixi serait maintenu pour la prochaine saison. À plus long terme, la gestion des activités locales de Bixi pourrait être confiée à la Société de transport de Montréal (STM).

 

De son côté, la SVLS devra trouver un acheteur pour ses actifs de Bixi à l’étranger bien que deux tentatives en ce sens aient échoué depuis 2012.

 

Le chef de l’opposition à l’Hôtel de Ville, Richard Bergeron, a donné son appui à la décision du maire Coderre.

 

Selon lui, l’administration de l’ex-maire Gérald Tremblay a fait fausse route en transformant Bixi en entreprise commerciale. Bixi aurait dû être conçu comme un service public dès le départ, croit-il. « C’est important de dire que, jusqu’ici, les Montréalais n’ont rien payé. Ils ont simplement donné des garanties de prêt. Mais bientôt, nous saurons combien nous a coûté Bixi », a expliqué M. Bergeron.

 

En septembre dernier, le vérificateur de la Ville, Jacques Bergeron, avait dit douter de la capacité de l’organisme de poursuivre ses opérations. Investissement Québec avait pour sa part refusé d’accorder une aide spéciale de 5 millions à Bixi.

 

Déception

 

La décision du maire Coderre déçoit la p.-d.g. de Vélo Québec, Suzanne Lareau, qui craint pour l’avenir des activités montréalaises de Bixi. Selon elle, il importe que la Ville maintienne ce service et lui donne son appui financier, comme elle le fait pour le transport en commun.

 

« Le déficit des opérations montréalaises de Bixi est d’à peu près 1,5 million par année. C’est 25 ¢ par déplacement. Collectivement, ça vaut la peine de mettre de l’argent là-dedans », dit-elle.

9 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 21 janvier 2014 01 h 04

    Appelons l'ex-maire Tremblay

    C'est son dossier, le seul en 3 mandtas à Montréal

  • Pierre Blain - Abonné 21 janvier 2014 03 h 10

    Payer encore

    Ils leurs frais? Il ne faudrait pas que les contribuables assument seuls la mauvaise gestion de Bixi. Les politiciens n'ont jamais voulu assumer leur responsabilité dans ce dossier

  • Yves Côté - Abonné 21 janvier 2014 03 h 25

    Question qui se pose...

    « Ce n’est pas aux contribuables d’assumer le risque financier lié à un projet d’affaires. », déclare Monsieur Coderre.
    D'accord, mais à titre de simple curiosité, puisque du côté du bâti et du réseau public on voit si bien maintenant que cette question ne fut pas tout à fait idiote, quelqu'un à la Mairie s'occupant de ce dossier se serait-il, ou t-elle, enrichi induement, ou du moins spontanément, avec ce programme de vélos en usage public ?
    Monsieur le Maire, puisqu'il a promis la propreté partout, va-t-il faire librement enquêter sur cette possiblilité ?
    En tout cas, moi, la chose pourrait calmer mes inquiétudes. Les calmer, ou les confirmer, bien entendu...
    Hein ?

  • Francois Parent - Inscrit 21 janvier 2014 07 h 35

    Pas de surprise mais une fatalité

    Il ne pouvait y avoir d'autres issues. Un projet sans avenir et voué à l'échec dès le départ. Les contribuables ont perdu beaucoup d'argent dû à l'incompétence de nos dirigeants. Maintenant c' est la honte vis à vis l'international.

  • Michel Benoit - Inscrit 21 janvier 2014 08 h 25

    Gâchis financier

    Perte réelle entre 70 et 80 millions

    On n'a jamais eu plus de 4 200 bixi et non 5120.

    On pourrait débarrer les bixi en dehors des heures de pointe pour éviter de se ramener dans une borne aux 45 minutes.