Bixi se place sous la protection de la Loi sur la faillite

Les vélos Bixi devraient continuer de rouler dans les rues de Montréal à l’été 2014.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les vélos Bixi devraient continuer de rouler dans les rues de Montréal à l’été 2014.

Aux prises avec une dette avoisinant les 50 millions de dollars, la Société de vélo en libre-service (SVLS) qui gère Bixi s’est placée lundi sous la protection de la Loi sur la faillite.

Les vélos Bixi devraient continuer de rouler dans les rues de Montréal à l’été 2014, mais la Ville de Montréal devra déterminer un nouveau plan d’affaires pour les activités locales. L’an dernier, il avait été proposé que les activités locales de Bixi soient gérées par la Société de transport de Montréal (STM)

Acheteur recherché

En parallèle, la SVLS essaiera de trouver un acheteur pour ses actifs à l’étranger bien que plusieurs tentatives en ce sens aient échoué depuis 2012.

Lors d’une rencontre technique lundi, les représentants de la SVLS ont attribué les difficultés financières de l’organisme aux problèmes de développement d’un logiciel pour gérer les systèmes de vélos en libre-service à l’étranger. Rappelons qu’après une mésentente avec le développeur 8D Technologies, la SVLS avait entrepris de développer son propre logiciel qui a été vendu aux villes de New York et Chicago. Or, le logiciel connaît des ratés et les deux villes ont retenu des montants totalisant 5,6 millions, a-t-on appris.

Précisons que 8D Technologies avait intenté une poursuite de 26 millions contre la SVLS.

Prêt de la Ville

Mercredi dernier, la Ville de Montréal, qui est le principal créancier, a signifié à la SVLS son intention de protéger le prêt de 37 millions qu’elle avait accordé en 2011 — et dont le solde est maintenant de 31,6 millions. La SVLS était alors en défaut de paiement.

Lancé en 2009, Bixi a vendu son système de vélo en libre-service à travers le monde. Bixi st maintenant présent dans 15 villes, dont New York, Londres et Melbourne, et deux campus universitaires.

Le maire Denis Coderre estime que le recours à la Loi sur la faillite était le seul geste responsable à poser. «Attendre davantage augmenterait les risques financiers pour la Ville. En procédant de la sorte, nous sécurisons les actifs de la SVLS requis pour assurer l’exploitation de Bixi à Montréal», a-t-il expliqué en conférence de presse.

«Ce n’est pas aux contribuables d’assumer le risque financier lié à un projet d’affaire. Nous avons le devoir de veiller aux intérêts des Montréalais et c’est ce que nous faisons aujourd’hui, a-t-il poursuivi. Comme représentant des contribuables, il n’est pas question d’injecter des sommes supplémentaires pour maintenir la SVLS à flot.»

La Ville entamera des discussions avec les gestionnaires de la SVLS dans les prochains jours afin d’étudier divers scénarios et assurer le maintien des activités de Bixi à Montréal l’été prochain.

Bixi était une bonne idée, a indiqué le maire, mais la Ville n’aurait pas dû s’engager sur le terrain glissant de la commercialisation à l’étranger du concept, croit-il.

De son côté, le chef de l’opposition à l’hôtel de Ville, Richard Bergeron, a donné son appui à la décision du maire Coderre. Il a reproché à l’administration de l’ex-maire Gérald Tremblay d’avoir fait fausse route en transformant Bixi en entreprise commerciale.

Selon lui, Bixi aurait dû être conçu comme un service public dès le départ. Il croit d’ailleurs que la STM devrait prendre en main la gestion des activités locales de Bixi. «Mais il faudrait voir si un opérateur privé ne pourrait pas nous faire une offre intéressante, a-t-il ajouté. Mais la STM est prête à recevoir la service. Le contrat entre la STM et la Ville est prêt. Il ne reste qu’à mettre la signature.»

«C’est important de dire que jusqu’ici, les Montréalais n’ont rien payé. Ils ont simplement donné des garanties de prêt. Mais bientôt, nous saurons combien nous a coûté Bixi», a pris soin d’expliquer Richard Bergeron.

Avertissement du VG

En septembre dernier, le vérificateur de la Ville, Jacques Bergeron, avait sonné l’alarme. Dans une lettre qu’il avait fait parvenir au président du conseil d’administration de la SVLB, Roger Plamondon, il avait écrit : «J’ai constaté suffisamment d’éléments probants pour jeter un doute important sur la capacité de SVLS et de Bixi Toronto inc. à poursuivre leurs opérations».

À l’époque, l’administration de coalition dirigée par le maire Laurent Blanchard avait soutenu que Bixi éprouvait un problème «temporaire» de liquidités notamment attribué aux contrats obtenus à l’étranger.

Bixi était alors aux prises avec une dette de 42 millions, dont une marge de crédit de 11 millions, et un déficit d’opérations de 6,5 millions.

Des négociations avaient été entreprises entre la ministre déléguée à la politique industrielle, Élaine Zakaïb, et Investissement Québec pour que Bixi obtienne une aide spéciale de 5 millions. Cette aide n’est jamais venue.

Cela dit, les états financiers de 2012 de la SVLS n’ont jamais été rendus publics.

 
4 commentaires
  • Michel Deshaies - Inscrit 20 janvier 2014 16 h 23

    C'est ça qui arrive quand...

    Tu tentes de tout faire seul. Jamais BIXI n'a fait les études prévues lors du lancement d'un tel projet; la Ville de Montréal se croyant meilleure que tout le monde a décidé du modèle et de la façon de faire. Malgré plusieurs plaintes et avertissements des intervenants du milieu du vélo , la Ville a fait la sourde oreille et maintenant elle est sur le point de tout perdre et nous aussi.

    Il ne faut pas oublier que le prêt de 37millions$ de la Ville faisait partie d'une eveloppe totale de 71millions$ qui avait été garantie par le Gouvernement du Québec, faute de quoi BIXI aurait déjà fermé ses portes ce Jeudi de Mai 2011. C'est donc tout le Québec qui a été mis à contribution dans ce dossier qui a été bâclé par la Ville.

    Si la Ville avait été moins obstiné et surtout moins pressé de vouloir masqué ses déboires de corruption, de compteurs d'eau et de scandale de constructions, on n'en serait pas là aujourd'hui. Il aurait été très facile de travailler en partenariat avec les intervenants du milieu du vélo ainsi qu'avec des commanditaires depuis le tout début, au lieu d'attendre d'être en difficulté financière avant de demander aux compagnies privées de commanditer les BIXIs(Telus et Desjardins). On le voit assez bien ailleurs où BIXI s'est installé, les villes avaient déjà des commanditaires pour les stations, les vélos et même, dans certains cas, la piste cyclable; avant même d'avoir un BIXI en mouvement dans la dite ville. Qui plus est, fait assez étonnant, malgré que Montréal soit une des villes les moins populeuses de toutes les villes où BIXI est installé, c'est ici où on retrouve le plus grand nombre de ces vélos soit 5100 vélos, alors que la 2e ville avec le plus de BIXI en a à peine 3000. Même si Mtl se targue d'être la capitale du vélo, impossible de rentabiliser 2000 vélos de plus avec moins de monde pour les utiliser; surtout que si Mtl ets la capitale du vélo, c'est parce les gens ont déjà... un vélo!!

    • Jean Richard - Abonné 20 janvier 2014 21 h 50

      « Qui plus est, fait assez étonnant, malgré que Montréal soit une des villes les moins populeuses de toutes les villes où BIXI est installé, c'est ici où on retrouve le plus grand nombre de ces vélos soit 5100 vélos, alors que la 2e ville avec le plus de BIXI en a à peine 3000. »

      Quelques corrections s'imposent.

      La ville qui a opté pour le système Bixi et qui possède le plus de vélos, ce n'est pas Montréal mais Londres (plus de 8000 vélos et 550 stations). Montréal est donc en 2e place.

      Par ailleurs, en dehors de Bixi, il y a plusieurs autres systèmes offrant des services similaires avec des technologies différentes. Ainsi, à Barcelone, une ville qui a une population assez similaire à Montréal (bien que plus dense), offre 6000 vélos en libre-service, répartis sur un peu plus de 400 stations (comme à Montréal). Bicing a été lancé deux ou trois ans avant Bixi et fonctionne toujours.

      Donc, ce n'est peut-être pas le nombre de vélos qui a causé les déboires de Bixi (et comme le système ne suffit pas toujours à la demande, un nombre moindre de vélos aurait pu avoir comme conséquence une diminution du nombre d'abonnement car la difficulté à trouver des vélos fait partie des griefs d'un nombre non négligeable d'abonnés.

      Il y a certaines choses qui coûtent cher à l'exploitation. Entre autres :

      - le vandalisme (qui tend à augmenter quand les médias s'élèvent contre le système) ;

      - la redistribution des vélos (trop de navetteurs qui partent des quartiers périphériques et qui utilisent un vélo Bixi pour aller au travail au centre-ville, causant un vide dans les quartiers et un débordement des stations au centre-ville)...

      Dans ce dernier cas, Bixi n'a jamais voulu remettre en question cet usage des vélos. Or, au niveau de l'utilisateur, c'est ce qui cause le plus de problèmes.

    • Michel Deshaies - Inscrit 21 janvier 2014 16 h 26

      Je vous l'accorde pour Londres, je n'avais pas revérifié les infos. Pour le reste par contre, les budgets auraient dû être prévu à cette effet. Le vandalisme arrive aussi à Barcelone, Paris, Aix-en-Provence... et pourtant leur système fonctionne toujours, surtout qu'ici c'est un organisme sans but lucratif de réinsertion sociale qui s'occuppe des réparations des BIXI. Il est vrai que plusieurs autre systèmes ressemblant au BIXI fonctionnent ailleurs et c'est bien là le problème; pourquoi la Ville s'est-elle entêté à faire les choses à sa façon plutôt que de faire les études normalement prévues pour ce genre de projet d'envergure?? Il y a a aussi la réalité Montréalaise vs la réalité Parisienne(qui a été le point de édpart de BIXI). SI la Ville avait juste faite les 3 études normales dans un tel cas(faisabilité, impact et marché) on serait sans aucun doute arrivé à une autre façon de faire, d'implanter et de gérer tout ça. Mais non, la Ville se contentait de dire que ça se faisait ailleurs et qu'il était inconcevable que Montréal soit si en retard que ça sur les autres, compte tenu de son statut de "capitale" du vélo.

      La redistribution avec des gros "pick-up" qui polluent à souhait et qui, curieusement, bloquent la piste cyclable la moitié du temps quand ils vident et/ou remplissent les stations, c'est aussi une façon plutôt ordinaire de faire les choses. Tous les véhicules achetés par et pour BIXI, sont aussi une autre avenue à explorer quand on parle de mauvais investissement. Sans oublier qu'il y a +/- 400 personnes qui "travaillent" pour BIXI, ça fait du monde en Ta, pour si peu de résultat.


      Selon moi, ce n'est pas tant le nombre de vélo qui est en cause, mais bien la redistribution; alors qu'il y a des secteurs où on cherche un BIXI, dans d'autres, c'est une station avec un espace libre pour y ranger le BIXI qu'on cherche. De toute évidence les distances, la densité de population et les quartiers plus "verts" on très mal été analysé par la ville.

  • Florence Péloquin - Abonnée 20 janvier 2014 20 h 53

    J'aimerais bien savoir .....

    .... qui cette triste expérience a enrichi.