L’heure de vérité du maire Denis Coderre

Denis Coderre devra tenir ses promesses, notamment celle de ne pas hausser les taxes au-delà du taux d’inflation.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Denis Coderre devra tenir ses promesses, notamment celle de ne pas hausser les taxes au-delà du taux d’inflation.

Deux mois après son élection à la mairie de Montréal, Denis Coderre s’engage dans la nouvelle année avec plusieurs dossiers chauds sur les bras et bien des promesses à honorer. Celui qui a mené sa campagne électorale à coups de métaphores et de poignées de main devra transformer ses engagements en actions au cours de 2014.

 

Le ton a changé à la Ville de Montréal depuis l’arrivée de l’ancien député libéral de Bourassa devenu maire. Après le règne de dix ans de Gérald Tremblay, qui a laissé la corruption fleurir à l’hôtel de ville, et une administration de transition, qui devait gérer la Ville sans trop faire de vagues, la venue de Denis Coderre secoue un peu l’appareil municipal.

 

Plusieurs dossiers ne pourront attendre. Dès le début de l’année, l’administration devra se replonger dans les chiffres puisque le budget de la Ville pour 2014 n’a toujours pas été déposé. Elle devra aussi s’attaquer au dossier des régimes de retraite qui gangrène le budget de la Ville.

 

S’il est encore tôt pour dresser le bilan du travail du nouveau maire, Pierre Delorme, professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal, se dit étonné de l’attitude de Denis Coderre. « Je le trouve meilleur que ce que je pensais, admet le professeur. Il est en train de faire quelque chose d’important à la Ville. C’est un homme de contrôle, un homme de décision. Je pense que Montréal a de l’avenir. On a eu un maire qui ne savait rien, mais je pense que lui, il va savoir quelque chose. »

 

Des réformes

 

Reste que la préparation du budget de la Ville, qui atteint près de 5 milliards de dollars, n’est pas une mince affaire. La bête est en croissance d’année en année et le nouveau maire, comme d’autres administrateurs avant lui, s’est mis en tête de freiner son expansion afin de ne pas hausser les taxes au-delà du taux d’inflation. En décembre dernier, le président du comité exécutif, Pierre Desrochers, a fait savoir que le budget 2014 ne sera pas adopté avant février, ce qui retardera d’un mois l’envoi des comptes de taxes aux contribuables.

 

Après avoir imposé des compressions, de 50 millions pour la ville centre et de 14 millions pour les arrondissements, et après avoir gelé les embauches dans certains services, le nouveau maire a promis une profonde réforme administrative. Cette promesse n’est pas sans rappeler la réforme entreprise par l’ex-administration Tremblay et baptisée RASOP (Revue de ses activités, services, opérations et programmes). Dans le cas de la RASOP, on en cherche encore les fruits.

 

Pour mener à bien sa mission, Denis Coderre a recruté le directeur général de la Ville de Québec, Alain Marcoux, déjà auréolé avant d’entrer en fonction.

 

Les régimes de retraite

 

Quant au dossier des régimes de retraite, il a permis un rapprochement stratégique entre le nouveau maire de Montréal et celui de Québec, Régis Labeaume. Ce duo, tout en faisant le bonheur des caricaturistes, a eu l’avantage de projeter une image forte d’une nouvelle solidarité entre les deux villes, solidarité qui sera utile face au gouvernement du Québec. Les deux acolytes ont déjà réussi à convaincre la ministre du Travail, Agnès Maltais, d’accélérer le dépôt de son projet de loi, mais ils n’ont pas obtenu d’elle qu’elle renonce à confier à la Commission des relations du travail (CRT) le soin de régler les différends. Les deux maires promettent de poursuivre leur bataille.

 

Il faudra aussi surveiller, au cours de 2014, la réforme du stationnement évoquée en campagne électorale par le maire Coderre. Celui-ci avait alors indiqué son intention de confier la gestion de Stationnement de Montréal à la Société de transport de Montréal (STM).

 

Denis Coderre a aussi répété sur toutes les tribunes son intention de faire échec à la corruption. Son inspecteur général, promis dans les 100 premiers jours de son mandat, pourrait être nommé au-delà de cette date, car la création du poste semble ardue et complexe et nécessitera des modifications législatives. Il y a quelques semaines, même si le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, affirmait son appui sans réserve au projet, La Presse rapportait que Québec ne souhaitait pas accorder à ce futur inspecteur les pouvoirs exceptionnels réclamés par Denis Coderre.

 

Devant le gouvernement du Québec, Denis Coderre devra se rendre « incontournable », mais la même tâche l’attend du côté d’Ottawa. Le dossier du pont Champlain s’annonce ardu, le ministre de l’Infrastructure, Denis Lebel, ne dérogeant pas de la position d’Ottawa d’imposer un péage sur le futur pont malgré l’opposition unanime des élus de la région de Montréal.

 

Minoritaire au conseil municipal, Denis Coderre devra composer avec une réalité, celle des arrondissements dotés de pouvoirs qui échappent à son contrôle. Sur les 19 arrondissements, seuls neuf sont dirigés par des membres de sa formation politique. Pour l’instant toutefois, le nouveau maire semble s’accommoder de ce casse-tête et répète qu’il n’a pas l’intention de jouer dans les structures.


Les partis d’opposition

 

Le scrutin du 3 novembre a brassé les cartes dans les rangs de l’opposition. Richard Bergeron, qui est devenu chef de l’opposition, a annoncé qu’il quittera ses fonctions possiblement d’ici la fin de 2014. « Il n’avait pas le choix. Il fallait qu’il parte, estime Pierre Delorme. Quand on se présente trois fois à la mairie de Montréal et qu’on perd, il faut laisser la place aux autres. »

 

L’arrivée d’un nouveau chef est susceptible d’apporter une touche plus « moderne » à ce parti, estime M. Delorme. Plusieurs noms circulent quant au possible successeur de M. Bergeron, parmi lesquels le maire de Rosemont-La Petite-Patrie, François Croteau.

 

Pour leur part, Coalition Montréal et Vision Montréal ont été décimées lors des élections de l’automne. Les deux partis seront contraints d’organiser des cocktails de financement s’ils veulent espérer renflouer leurs coffres. Coalition Montréal, que dirigeait Marcel Côté, n’a réussi à faire élire que six candidats et s’est endettée de 500 000 $ pendant la campagne électorale. De son côté, Vision Montréal, que dirigeait Louise Harel, traîne une dette d’environ 550 000 $ héritée des élections de 2009.

 

Finalement, Mélanie Joly, qui a étonné les observateurs en arrivant deuxième dans la course à la mairie, a promis de ne pas trop s’éloigner de l’hôtel de ville. Elle répète qu’elle briguera un poste de conseillère dès que l’occasion se présentera.

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