Le métro, ce mal-aimé des Montréalais

Même s’ils sont attachés à leur métro, les usagers montréalais sont rebutés par les conflits de travail, les interruptions de service provoquées par les pannes à répétition et les retards dans l’entretien du réseau.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Même s’ils sont attachés à leur métro, les usagers montréalais sont rebutés par les conflits de travail, les interruptions de service provoquées par les pannes à répétition et les retards dans l’entretien du réseau.

Même s’il a contribué à faire entrer la métropole dans la modernité, le métro de Montréal demeure mal aimé des Montréalais. Inauguré dans les années 1960 alors que l’automobile était en plein essor, le métro de Montréal a dû, tout au long de son existence, rivaliser avec la voiture tout en subissant les aléas de la politique et des contraintes financières, a constaté Dale Gilbert, chercheur au postdoctorat en histoire qui s’est penché sur le cas du métro montréalais.

 

« Les Montréalais ont un rapport un peu ambivalent au métro, mais aussi au transport collectif en général, estime Dale Gilbert. Non seulement parce qu’ils préfèrent la voiture, mais aussi parce que, au fil des années, les retards, les pannes et les problèmes d’entretien n’ont pas aidé la cause du métro. »

 

Après son doctorat en histoire, Dale Gilbert a entrepris des recherches postdoctorales à l’INRS et s’est intéressé à la mobilité dans les villes québécoises pendant la deuxième partie du XXe siècle. Le métro montréalais s’est rapidement imposé comme sujet de recherche.

 

Inauguré en octobre 1966, le métro de Montréal a vu le jour dans un contexte peu favorable, avance-t-il : « Le métro a été construit à une époque à contre-courant, au début des années 60, alors que l’automobile était le symbole de l’avenir. »

 

L’histoire du métro commence pourtant bien des décennies auparavant. Alors que le métro de Londres roule depuis 1863 et celui de Paris depuis 1900, différents projets pour un métro à Montréal sont déposés par des entreprises privées à compter des années 1910. Celles-ci considèrent ce mode de transport moderne comme une source de bénéfices intéressants.

 

L’un après l’autre, les projets tombent à l’eau, relégués aux oubliettes par la crise économique de 1929, puis par la Seconde Guerre mondiale. « Le métro a été une série de momentums interrompus », explique M. Gilbert.

 

La crise économique aurait pu être favorable au métro, car pour contrer le chômage, les autorités lancent de grands chantiers, mais le métro ne figure pas sur la liste des projets choisis. « Le problème de congestion disparaît presque pendant la crise. Alors on voit mal la pertinence du métro », relate le chercheur.

 

Puis, lors de la Seconde Guerre mondiale, comme ailleurs en Amérique du Nord, les Montréalais sont contraints d’utiliser les tramways bondés et désuets. Ils développent alors une aversion pour le transport collectif, signale le chercheur. « Et après la guerre, le nouveau paradigme, c’est l’autonomie et la liberté que procure l’automobile. C’est ça l’avenir, ce n’est pas le métro ou le transport collectif », ajoute-t-il.

 

Il faudra attendre que le maire Jean Drapeau s’intéresse au dossier du métro pour que celui-ci voie le jour.

 

Le maire des grands projets

 

Pourtant, Jean Drapeau était l’homme des grands projets routiers. Selon Dale Gilbert, il faut distinguer le premier mandat de Jean Drapeau (de 1954 à 1957) du second (de 1960 à 1986). « La différence, c’est essentiellement son bras droit », dit-il.

 

Lors du premier mandat de Jean Drapeau, Pierre Desmarais était le président du comité exécutif de son administration. « C’est un farouche partisan de l’automobile et des autoroutes », soutient le chercheur. À l’inverse, Lucien Saulnier, qui deviendra le bras droit du maire Drapeau en 1960, est un défenseur du métro et du transport collectif.

 

Il convaincra le maire Drapeau de renoncer à un monorail aérien, un projet qu’il juge trop risqué pour une ville nordique comme Montréal, et d’opter pour un métro. Quand il verra le métro sur pneus de Paris, Jean Drapeau sera conquis. Le métro de Montréal se démarquera des autres réseaux grâce à l’importance qui sera accordée à l’architecture et au design des stations.

 

Doté de 26 stations à l’origine, le réseau du métro de Montréal compte aujourd’hui 68 stations, ajoutées au fil de prolongements. Aurait-il été plus étendu s’il avait réalisé plus tôt ? « Probablement que oui », croit Dale Gilbert en rappelant qu’à la fin des années 1920, un projet de métro s’étendant sur 200 kilomètres avait été soumis par des promoteurs privés au gouvernement.


Des temps durs

 

Si l’efficacité du métro comme moyen de transport est indéniable, sa popularité n’a pas réussi à donner au transport collectif à Montréal l’impulsion souhaitée. Passé l’engouement suscité par le métro dans les années suivant son inauguration, l’achalandage du transport en commun a repris son lent déclin, incapable de contrer le mouvement de fond nord-américain en faveur de l’automobile, observe Dale Gilbert : « En 1970 — ça ne fait même pas cinq ans que le métro est ouvert —, quand les autorités déposent des projets de prolongement, on ne parle pas d’améliorer le transport collectif, mais plutôt de relancer le transport collectif. »

 

C’est seulement en 2011 que la Société de transport de Montréal (STM) réussira à atteindre le record d’achalandage de 398 millions de déplacements établi en 1947, à l’époque du tramway.

 

Les conflits de travail des années 1970, les interruptions de service provoquées par les pannes à répétition et les retards dans l’entretien du réseau rebutent les usagers.

 

Les Montréalais sont attachés à leur métro, mais celui-ci n’a pas acquis le statut de mythe comme ce fut le cas dans d’autres villes comme Londres et New York, indique M. Gilbert. Il souligne d’ailleurs que le métro ne figurait pas dans le palmarès des 15 symboles les plus emblématiques de Montréal qu’a publié, en décembre dernier, le journal Métro avec l’aide d’un jury formé d’une quarantaine de personnalités montréalaises. Décidément, l’automobile a gardé une place de choix dans le coeur des Montréalais.

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