Une «super poutre» pour le pont Champlain

L’état du pont se dégrade rapidement, et l’avancée exacte de la corrosion des câbles sous le béton demeure inconnue.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir L’état du pont se dégrade rapidement, et l’avancée exacte de la corrosion des câbles sous le béton demeure inconnue.
Aux grands maux, les grands moyens. Pour renforcer la poutre fissurée du pont Champlain, la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain inc. (PJCCI) appliquera une solution de dernier recours, soit l’installation, à la mi-décembre, d’une « superpoutre » d’acier de 75 tonnes.

Jeudi soir, la Société des ponts a fermé d’urgence une deuxième voie de circulation sur le pont Champlain après avoir constaté que la fissure détectée dans une poutre de rive le 12 novembre dernier s’était aggravée. Une fissure a également été découverte dans un des blocs d’ancrage de la poutre.

Une réparation n’étant plus possible, PJCCI a dû recourir à une autre option. « La semaine dernière, nous avions exposé notre plan d’action. […] Mais avec l’apparition de nouvelles fissures et les signes de détresse de cette poutre, les méthodes normales ne pouvaient plus s’appliquer. Nous devions avoir une solution plus robuste », a indiqué le directeur général de PJCCI, Glen Carlin, lors d’une conférence de presse vendredi matin.

Ainsi, une poutre d’acier de 75 tonnes sera fixée au-dessus de la poutre fissurée afin de consolider la section affaiblie du pont.

L’installation de la poutre d’acier nécessitera la fermeture de quatre voies de circulation pendant deux jours et M. Carlin souhaite que cette opération puisse être effectuée au cours d’une fin de semaine. Cette poutre géante, qui avait été commandée en 2009 en cas d’urgence, est entreposée près du pont Jacques-Cartier depuis des années. L’installation de cette poutre, acquise pour 350 000 $, pourrait coûter de 1,5 à 2 millions, a indiqué M. Carlin.

Cette mesure ne sera que temporaire puisqu’au printemps 2014, cette « superpoutre » sera retirée pour être remplacée par un treillis modulaire, qui lui sera permanent.

D’ici la mi-décembre, les deux voies en bordure du pont en direction de la Rive-Sud demeureront donc fermées à la circulation.

D’autres surprises?

Comme le révélait un rapport d’expert rendu public en octobre dernier, l’état du pont se dégrade rapidement et les autorités ignorent l’avancée exacte de la corrosion dans les câbles sous le béton. « Il y a tellement de choses qu’on ne peut pas voir. La dégradation à l’intérieur des poutres est cachée et elle progresse avec le temps », a rappelé M. Carlin.

Le pont pourrait réserver d’autres mauvaises surprises dans un avenir plus ou moins éloigné, c’est pourquoi deux autres poutres d’acier ont été commandées.

À l’heure de pointe du matin vendredi, les automobilistes pouvaient rouler sur trois voies en direction de Montréal, contre une vers la Rive-Sud, alors qu’en après-midi, deux voies étaient ouvertes dans chaque direction. Les effets n’ont pas manqué de se faire sentir puisque tout au long de l’heure de pointe de fin de journée, les automobilistes ont dû composer avec une congestion marquée à l’approche des ponts Victoria, Jacques-Cartier et Champlain.

Un pont «sécuritaire»

En après-midi, le ministre québécois des Transports, Sylvain Gaudreault, accompagné du maire de Montréal, Denis Coderre, et de la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, a voulu se montrer rassurant. « J’ai eu une bonne discussion ce matin avec Denis Lebel [ministre fédéral de l’Infrastructure] et il m’assure — tout comme la Société des ponts — que le pont est sécuritaire, a affirmé M. Gaudreault. Je crois cela et je suis confiant de cela. »

Mais il s’est dit préoccupé par les impacts de la fermeture de deux voies sur le pont, et a profité de l’occasion pour annoncer l’implantation de sept nouvelles mesures de mitigation qui s’ajoutent à la dizaine d’autres annoncées la semaine dernière.

Tous trois ont convenu que le gouvernement fédéral devra devancer le chantier de construction du nouveau pont prévu pour 2021. Sylvain Gaudreault a évoqué un scénario de mise en service du nouveau pont en 2017 ou 2018. « Trois ou quatre ans pour avoir un nouveau pont, je crois que c’est réaliste », a-il indiqué tout en rappelant que le pont Champlain était de responsabilité fédérale.

De son côté, le ministre Lebel a indiqué qu’il travaillait en fonction d’un échéancier devancé pour le nouveau pont Champlain. Un plan d’affaires devrait lui être remis d’ici Noël, a-t-il dit.
38 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 22 novembre 2013 12 h 31

    Proposition

    On met de la dynamique aux bons endroits et on le fait sauter. Comme ça on minimise la perte de vies humaines, parce que je suis persuadé qu'il va finir par y avoir une rupture de la structure quelque part et il va s'effondrer.

    Dans l'état actuel des choses on imvestit des fonds publics par dizaine de millions et ça ressemble comme deux gouttes d'eau se ressemblent, à ce qu'en médecine on appelle de l'acharnement thérapeutique...

    Tant qu'à investir ne serait-ce pas plus économique que de commencer sans délai la construction d'une nouvelle structure?

    • Roxane Bertrand - Abonnée 22 novembre 2013 14 h 46

      Avec nos hivers, je ne crois pas non plus que le pont résistera jusqu'en 2021.

      Un train haute vitesse pourrait être une solution plus économique et nous risquerions moins d'alimenter les nouvelles du monde entier un bon matin.

    • Jean-Yves Marcil - Inscrit 22 novembre 2013 15 h 29

      Cela ressemble plus à de la négligence qu'à de l'acharnement selon moi.

    • André Nadon - Inscrit 23 novembre 2013 19 h 36

      @Gaétan Parent,
      Nous avons voté du bon bord. selon votre définition,depuis les années 60 et nous avons récolté la loi des mesures de guerre, en partie alimenté par la GRCNous avons voté du bon bord, pour un parti au pouvoir depuis les années 60, ce qui nous a valu la loi des mesures de guerre, 500 arrestations , aucune accusation, crise alimentée par la GRC et les Services secrets sous la direction d’un dénommé Trudeau ; la voie maritime du Saint-Laurent qui a profité à Toronto et détruit l’infrastructure industrielle de Montréal pour les chemins de fer sans aucune aide du fédéral et en prime le pont Champlain, feu l’Aéroport de Mirabel et aucune compensation digne de ce nom pour cette région dévastée, un aéroport vétuste appelé Pierre Elliot Trudeau avec aucun moyen de transport digne de ce nom pour s’y rendre, due en grande partie au conflit de juridiction entre le fédéral et le Québec pourtant dirigé pendant 9 ans par des confrères fédéralistes et la perte de l’atelier d’entretien Aveos à Dorval, une des raisons justifiant la fermeture de Mirabel en faveur de Dorval, et une réouverture partielle de cet atelier grâce à l’argent des Québécois ;les Jeux olympiques de Montréal payés en totalité par le Québec mais qui a profité à tout le Canada ;le rapatriement de la constitution sans le consentement unanime du Québec qui enlevait des pouvoirs au Québec et en faisait une minorité comme tous les autres ethnies au Canada , rapatriement entaché d’irrégularités et dont les manœuvres ayant mené à ce rapatriement sont gardés secretes , rapatriement considéré comme un véritable coup d’État par le Haut- Commissaire du Royaume-Unis à Ottawa ; le référendum de 1995 où le fédéral a bafoué toutes les lois du Québec et qui est à l’origine du scandale des commandites. ‘’ Nous vous aimons’’ !
      Un ‘’Oui’’ est un ‘’Non’’ !
      En votant du bon bord, nous avons eu en prime un pont qui se désintègre à vue d’œil et qui est une véritable catastrophe pour le Québec tout entier et une futur

    • Claude Champagne - Inscrit 24 novembre 2013 10 h 41

      Excellent monsieur Nadon, il fait bon de nous rappeler, les mauvais bords du bon bord...

  • Michel Benoit - Inscrit 22 novembre 2013 12 h 56

    Une petite cachette depuis 2009

    Quelle magouille....
    On a payé une poutre en 2009 et on l'a caché près du pont Jacques-Cartier...

    • Simon Chamberland - Inscrit 22 novembre 2013 19 h 32

      Pourquoi de la magouille ?

      La poutre n'était pas cachée. C'était une solution de dernier recours et on est rendu là.

  • Jean Lengellé - Inscrit 22 novembre 2013 13 h 19

    Donc, référons nous à l'ancienne culture...

    de la paille et de la poutre!
    Comme on disait jadis, "Québec sait faire".
    Est-ce que les historiens de service pourraient nous dire qui a construit ce pont, pour que ce "qui" soit poursuivi et puni?

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 22 novembre 2013 19 h 11

      Le pont Champlain et le pont Jacques-Cartier sont des structures de responsabilité fédérale.
      Alors,pour le «Québec sait faire» ironique, on repassera, merci beaucoup.

    • Simon Chamberland - Inscrit 22 novembre 2013 19 h 30

      Le gros problème de Champlain, d'abord et avant tout, c'est le sel. Durant des années, le sel de déglaçage s'est accumulué parce qu'il n'avait pas de goutières. À l'époque, on comprennait mal l'action du sel sur le béton armé. Avec des goutières pour évacuer la saumure dès son ouverture, ce pont serait encore bon pour quelques dizaines d'années.

      Ensuite, c'est la circulation, nettement plus dense que ce pourquoi il a été prévu. Faudrait blâmer tous ceux qui ont participé à l'étalement urbain : les habitants de la rive-sud.

    • Olivier Lamarche - Inscrit 23 novembre 2013 02 h 46

      Simon,

      ce n'est pas tous les habitants de la rive-sud qui utilisent quotidiennement le pont Champlain ou un autre pont. Il y a une vie à l'extérieur de Montréal.

      De plus, l'étalement urbain que tu blâmes justement ne se limite pas non plus à la rive-sud. Ça adonne que le fleuve est large au sud de Montréal et que ça prend un maudit gros pont, maintenant d'âge mûr, mal conçu (je parle ici des goutières) pour le traverser.

    • Bernard Terreault - Abonné 23 novembre 2013 08 h 22

      Les ingénieurs qui ont construit ce pont sont connus et je crois qu'il y en a encore un ou deux vivants. C'était à l'époque où on découvrait qu'on pouvait faire avec le béton armé précontraint des choses qu'on n'avait pas cru possible jusqu'alors, et le faire moins cher qu'avec de l'acier. Les ingénieurs de l'époque était très fiers de ces progrès. Des merveilles de béton de cette époque il en existe partout dans le monde, des centres d'exposition, des stades, des ponts. Mais on n'avait pas prévu l'efffet du sel de déglaçage. Il est probable que s'ils avaient alors opté pour les bonnes vieilles méthodes on aurait blâmé leur manque d'audace et trouvé que ça coûtait trop cher ! Évidemment, les remarques de M. Lengellé sont démagogiques.

    • Daniel Bérubé - Inscrit 23 novembre 2013 11 h 41

      Je crois qu'il serait très difficile d'enlever l'effete du sel et/ou calcium sur de telle structure; même avec des goutières (qui pourraient sûrement aider, mais ne règleraient pas "le" problème); le froid d'hiver et la chaleur d'été occasionnent des mouvements d'extension et de contraction, qui souvent provoqueront des fissures par lesquels l'eau avec les sel s'infiltrera et ira attaquer les structures intérieures métaliques non visibles. De plus, quand la rouille se manifeste sur ces tiges métalique dans le ciment, la force d'expenssion du métal de par la rouille peut faire fissurer, voir éclater le ciment. La force de la rouille serait comparable à celle de la glace en ce qui concerne son expenssion au moment du gel ou au moment du "rouillage" (en bon québécois).

      Il est possible de faire du ciment "scellé" pour empêcher le sel de le détruire (comme nous retrouvons pour les plancher des garages municipaux où les camions d'hiver sont entretenus). Mais j'ai remarqué que ce ciment ne se "désagrège" pas sous l'effet du sel, mais par contre, il ne peut se conserver sans faire de fissures, par où le sel pourra encore s'infiltrer et attaquer les structures intérieures non visibles...

      Reste à savoir si l'obsolescence est commencé dans ce genre de travaux, car si c'était le cas, le contexte de développement durable serait à mettre au musée...

    • Simon Chamberland - Inscrit 24 novembre 2013 12 h 48

      @M. Bérubé

      Des gouttières furent installées à la fin des années '80 début des années '90, mais le dommage était fait.

      Bien sûr, on peut ajouter des adjuvants au béton pour le rendre plus résistant aux sels. Dans les garages, c'est facile, le béton ne travaille qu'en compression. Sur un pont, il ne faut pas que l'ajout de ces adjuvants minent la résistance en traction, flexion, torsion ou cisaillement. Déjà que le béton n'est pas le meilleur des matériel pour résister à ces contraintes, il ne faudrait pas l'affaiblir encore plus.

      @Olivier

      Le pont a été construit pour un achalandage bien moindre que ce à quoi il est soumis. C'est principalement l'explosion démographique de la rive-sud qui est la cause du trafic supplémentaire.

  • André Nadon - Inscrit 22 novembre 2013 14 h 20

    L transparence???

    Nous sommes en 2013, et depuis 2009 une solution alternative était envisagée pour palier à la détérioration du pont le plus achalandé au Canada. Et maintenant, nous devons subir les conséquences dramatiques pour l'économie et la sécurité de la population de la région montréalaise, de décisions prises à Ottawa suite en grande partie à la voie maritime du Saint-Laurent qui a accentué le déclin de Montréal, sans compassion du fédéral et a servi les intérêts de l'Ontario et du midwest américain.
    Et maintenant, nous devons payer ce nouveau pont avec nos impôts et un péage qui foutera le bordel dans notre économie, car il serait injuste, comme à Lac Mégantic, que le fédéral paye en totalité pour ses erreurs puisque nous acceptons leurs broutilles!

    • Simon Chamberland - Inscrit 22 novembre 2013 19 h 31

      Poser la poutre temporaire usera les chevreaux de manière accélérée. C'est probablement une solution d'urgence.

    • Raymond Lutz - Inscrit 23 novembre 2013 08 h 29

      Ce laxisme dans l'action est une belle allégorie de notre attitude face aux GES et les crises climatiques.

      Dans 20 ans, les forums de discussions seront remplis de gens qui se demanderont "mais pourquoi n'ont-ils rien fait alors que les rapports prévoyaient déjà tout ça?"

      *Face Palm*

  • Alain Chevalier - Inscrit 22 novembre 2013 15 h 43

    Sommes nous un pays du tiers monde ?

    Nous agissons de cette façon toutefois.

    Les problèmes au pont Champlain sont connus et compilés dans des études commandées par la société des ponts, mais.....elles ne sont pas publiques. Incroyable et en même temps une bonne chose qu'un ingénieur ou gestionnaire ai prévu que le pont aurait des problèmes majeurs et que donc une poutre pour faire du ''patchage'' ait été prévue.

    Définitivement on ne sait pas tout de l'état de nos infrastructures (Champlain, Turcot etc), le tout est tenu secret car les politiciens attendent le meilleur moment pour un maximum de capital politique.

    Mais dans l'équation on oublie le capital humain.

    Un système adéquat de transport en commun (mais ça prend un peu de vision) train léger rapide etc et moins de voiture serait la solution au réchauffement climatique a la congestion et a la dépense d'énergie inutile (il y a en moyenne un conducteur par voiture) et de temps perdu.

    Un peu de vision et de courage chers politiciens, avant que vos structures se retrouvent au sol et dans l'eau avec les morts qui suivront.