Déjà des mises en garde à Coderre

Photo: Illustration Philippe Girard

Minoritaire au conseil municipal, le nouveau maire de Montréal, Denis Coderre, ne pourra tenir pour acquis l’appui des maires des anciennes banlieues élus sous leur propre bannière. Même s’ils sont disposés à collaborer avec M. Coderre, les maires d’Anjou, de Lachine et de LaSalle n’envisagent pas de conclure d’alliance avec lui et évalueront leur soutien à la pièce.

Denis Coderre n’a pas obtenu les 33 sièges qui lui auraient permis d’assurer sa majorité au conseil municipal. Son équipe détiendra 27 sièges contre 20 pour Projet Montréal, 6 pour Coalition Montréal et 4 pour le parti de Mélanie Joly. Le nouveau conseil municipal comptera aussi 7 membres de partis locaux et un élu indépendant.

 

Moins de 24 heures après son élection, Denis Coderre a tendu la main aux partis d’opposition. « On a intérêt à s’entendre et à travailler ensemble », a-t-il dit. « J’ai plusieurs options. Je ne suis pas acculé au pied du mur. Je vous ai dit depuis le début que, dans ma propre équipe, un coup élus, il n’y aura plus de ligne de parti. Les gens ont soupé des lignes de parti. On est […] une administration. Notre rôle, c’est de donner des services », a-t-il expliqué.

 

Il faut donc s’attendre à ce que le maire courtise aussi les élus des ex-banlieues issus des partis locaux.

 

À la tête d’Équipe Anjou, Luis Miranda a été réélu à la mairie d’Anjou dimanche. Quand on lui parle d’une alliance avec le parti de Denis Coderre, il se braque. « En campagne électorale, les plus durs, les plus agressifs ici, ça a été l’équipe de Coderre », a-t-il indiqué au Devoir. « Sur le terrain, c’était mesquin. À un moment donné, M. Coderre est venu à Anjou et il a dit aux gens : “Miranda, ça fait assez longtemps qu’il est là, il serait temps qu’il prenne sa retraite”. » Aux électeurs qui lui demandaient pour qui voter au poste de maire de Montréal, Luis Miranda leur a suggéré d’appuyer… Mélanie Joly.

 

Il souligne en revanche que lorsqu’il était indépendant, il collaborait volontiers avec l’ex-maire Gérald Tremblay. « Avec un conseil divisé, ça force le maire à composer avec tout le monde. Denis Coderre fera comme il voudra. Si le téléphone sonne, on va répondre, mais on va voir ce qu’il va dire », a indiqué M. Miranda.

 

Dauphin est circonspect

 

De son côté, le maire de Lachine, Claude Dauphin, qui a créé l’Équipe Dauphin Lachine, n’a jamais caché ses affinités avec Denis Coderre. Mais il n’est pas pressé de conclure une entente avec lui. « On est loin de là pour le moment », a-t-il dit en rappelant que le premier objectif de son équipe était d’obtenir un meilleur financement de la ville-centre. À Lachine, tout comme à Anjou, le spectre des défusions n’est jamais bien loin.

 

Claude Dauphin reconnaît que l’élection de toute son équipe à Lachine le place dans une position plus confortable pour négocier son appui : « Est-ce qu’on profite de la situation pour dire qu’on va négocier serré ? Je ne pars pas avec cette attitude-là. On n’est pas fermés, loin de là. Tant que ça va dans l’intérêt de notre communauté. »

 

Manon Barbe, qui a fait élire cinq conseillers à LaSalle, n’entend pas faire alliance avec le nouveau maire. « J’ai formé mon propre parti. Alors, je le garde. J’ai une majorité solide en arrondissement », a-t-elle rappelé. « On va l’assurer de notre esprit d’ouverture et de collaboration. » Son parti évaluera à la pièce son appui à la future administration Coderre, a-t-elle dit.

 

Denis Coderre pourrait aussi tenter d’attirer des élus des partis d’opposition. « Il y a des gens avec lesquels je suis capable de travailler. Je peux vous nommer Russell Copeman que je connais bien », a-t-il indiqué.

 

Élu à la mairie de Côte-des-Neiges -Notre-Dame-de-Grâce avec Coalition Montréal, Russell Copeman n’exclut pas une collaboration avec l’Équipe Coderre. « J’ai été élu sous la bannière de Coalition Montréal, mais on verra à l’avenir. Je n’aime pas beaucoup les transfuges », a-t-il dit à Radio-Canada.

  

La transition

 

Denis Coderre a tenu lundi sa première conférence de presse à l’hôtel de ville. Il a indiqué avoir rencontré Laurent Blanchard, maire par intérim depuis juin, ainsi que le directeur général par intérim, Serge Lamontagne, pour discuter transition et dossiers prioritaires.

 

Il s’est également entretenu avec la première ministre, Pauline Marois : « Elle m’a donné son entière collaboration. »

 

Comme il l’a annoncé en campagne électorale, Denis Coderre entend créer un poste d’inspecteur général dans les cent premiers jours de son mandat. Son administration devra également se pencher sur le dossier du budget 2014 de la Ville et sur le Plan triennal d’immobilisation (PTI).

 

Les hauts fonctionnaires doivent-ils craindre l’arrivée du nouveau maire ? « Pas aujourd’hui. On va tous se parler et se comprendre », a rétorqué M. Coderre.

 

Le nouveau maire sera vraisemblablement assermenté le 14 novembre prochain, mais, d’ici là, il pourrait demander des dépouillements judiciaires dans certains districts, notamment dans Saint-Jacques, où son candidat vedette, Philippe Schnobb, a perdu par 91 voix contre la colistière de Richard Bergeron, Janine Krieber. D’autres élus défaits pourraient aussi réclamer un nouveau décompte. Dans Ahuntsic-Cartierville, Pierre Desrochers (Coderre) a obtenu 9 voix de majorité sur Martin Bazinet (Projet Montréal) et Lorraine Pagé (Joly) a défait son adversaire par 8 voix.

 

Joly voudrait rester

 

Mélanie Joly a elle aussi fait le point lundi. Même si elle ne pourra siéger au conseil municipal - sa colistière Marie-Claude Johnson n’ayant pas été élue -, Mme Joly n’entend pas quitter l’arène municipale. Forte de l’appui de 26 % des électeurs, elle tentera de se faire élire lors une élection partielle, a-t-elle fait savoir. D’ici là, elle compte consolider l’organisation de son parti, qui a réussi à faire élire huit candidats et assure qu’elle briguera la mairie en 2017.

 

Dans l’immédiat toutefois, elle s’accordera un peu de vacances avec son conjoint.

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