Coderre aux commandes

Denis Coderre au moment de l’annonce de sa victoire à la mairie de Montréal, dimanche soir. Le candidat a été élu au poste de maire de Montréal avec 31,8 % des voix.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Denis Coderre au moment de l’annonce de sa victoire à la mairie de Montréal, dimanche soir. Le candidat a été élu au poste de maire de Montréal avec 31,8 % des voix.

Il a réclamé un « mandat fort », il se retrouve plutôt sous surveillance. Élu à la mairie de Montréal par plus de 22 000 voix de majorité, Denis Coderre hérite de la lourde tâche de remettre la ville sur les rails face à une opposition majoritaire à l’Hôtel de Ville. Au moment de mettre sous presse, tard dimanche soir, l’ex-député fédéral détenait cinq points d’avance, avec 31,8% des voix, contre deux adversaires qui se trouvaient à égalité.

La jeune Mélanie Joly, qui était inconnue du public il y a tout juste trois mois, a causé la surprise en remportant 26,5 % des voix. Elle était talonnée par le vétéran Richard Bergeron, de Projet Montréal (à 26 %), qui devient chef de l’opposition à l’Hôtel de Ville. Il a échoué à sa troisième tentative de remporter la mairie.

L’économiste Marcel Côté, qui a formé une coalition avec le parti de Louise Harel, a récolté un maigre 12,7 % des voix — une cruelle déception, comparativement aux 32,7 % remportés par Mme Harel au scrutin de 2009.

Signe que l’Équipe Coderre s’est essoufflée en fin de campagne, le parti du maire sera minoritaire sur les banquettes de l’Hôtel de Ville, avec 27 des 65 sièges. Projet Montréal forme l’opposition officielle avec 22 sièges, la Coalition Montréal de Marcel Côté en a gardé tout juste 5, le Groupe Mélanie Joly a fait élire 3 candidats, et 8 indépendants se partagent le reste des sièges.

«Aujourd’hui, c’est une victoire pour la démocratie. Nous sommes tous gagnants», a déclaré d’entrée de jeu Denis Coderre, qui a remercié ses adversaires devant ses militants réunis à L'Astral.

M. Coderre a indiqué avoir déjà parlé à certains ministres et maires. «J’ai déjà dit que j’allais assumer mon leadership. À partir de maintenant, on va se faire respecter.» Aux employés de la Ville, il a indiqué qu'ils faisaient partie de la solution. «Ce qu'on vit à Montréal, ce n'est pas une crise, c'est une opportunité», a-t-il ajouté en insistant sur le fait que, selon lui, Montréal deviendra incontournable. 

«C’est avec beaucoup d'humilité que je prends ce mandat. C'est un privilège d’avoir la confiance de la population. Il n’y a rien de plus noble que de servir la population», a-t-il précisé.

Faible participation

Au moment de mettre sous presse, le parti de Denis Coderre était en avance ou avait été élu dans 9 des 19 mairies d’arrondissement (dont celle de Ville-Marie, qui va au maire) ; Projet Montréal avait gardé le Plateau-Mont-Royal et Rosemont, et était en avance dans le Sud-Ouest ; Coalition Montréal avait deux arrondissements ; et cinq ex-maires d’Union Montréal devenus indépendants étaient élus ou en voie de se faire élire.

L’atmosphère était fébrile au rassemblement des partisans de Denis Coderre, même si le favori dans la course à la mairie a remporté une victoire beaucoup moins éclatante qu’il l’avait souhaité. Le taux de participation anémique de 39,8 % a refroidi l’enthousiasme des partisans de M. Coderre.

Le politicien bien connu souhaitait se faire porter à la mairie par une vague de popularité due notamment à son rayonnement dans les réseaux sociaux, où il est devenu une personnalité importante.

Donné gagnant avec 41 % des intentions de vote dans un sondage mené à la mi-campagne, Denis Coderre s’est fait chauffer par une dynamique candidate venue de nulle part. Le « vent de changement » incarné par Mélanie Joly, 34 ans, a séduit plus d’un électeur montréalais sur quatre. L’avocate et consultante en communication a martelé sans relâche un message d’une simplicité désarmante : Montréal a besoin de sang neuf. La « vieille politique » a fait son temps, a fait valoir la candidate, qui n’avait aucune expérience en politique, à part un rôle effacé dans la campagne à la direction de Justin Trudeau au Parti libéral du Canada.

«Nous serons présents et nous veillerons au grain pour les quatre prochaines année», a déclaré Mélanie Joly devant ses partisans. «Montréalais, nous avons entendu votre désir de changement et soyez assurés que je suis là pour rester, pour continuer à incarner ce vrai changement.»

Des piliers réélus
Plusieurs vedettes de l’Équipe Coderre ont été réélues. Parmi ces têtes d’affiche figuraient le maire de Saint-Laurent, Alan DeSousa, réélu sans difficulté, tout comme son collègue Gilles Deguire, dans Montréal-Nord, Michel Bissonnet, dans Saint-Léonard et Chantal Rouleau, dans Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles.

Dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Anie Samson était suivie de près par Nathalie Goulet, de Projet Montréal. Pierre Desrochers, que Denis Coderre a désigné comme son président de comité exécutif, attendait toujours, en fin de soirée, les résultats dans son district, où il menait une lutte serrée contre Martin Bazinet, de Projet Montréal.

M. Desrochers s’est dit ravi de la victoire de Denis Coderre. « La campagne a été longue, mais nous sommes demeurés imperturbables devant les attaques des adversaires », a-t-il commenté. « À date, il n’y a pas eu de surprises majeures », a-t-il ajouté, en évoquant les mairies d’arrondissement où les candidats du clan Coderre avaient peu à craindre.

M. Desrochers, qui sollicitait un poste de conseiller dans le district Saint-Sulpice, ignore si le prochain comité exécutif accueillera des élus des autres formations politiques. « C’est M. Coderre qui va décider », a-t-il indiqué.

« Mais la victoire de M. Coderre à la mairie, c’est une merveilleuse chose pour Montréal. Ce que les Montréalais vont aimer de lui, c’est qu’il est à l’écoute. Je n’ai pas cessé de le dire », a dit Daniel Poulin, candidat de l’Équipe Coderre dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. 

Le fait que M. Coderre puisse être minoritaire au conseil municipal ne serait pas problématique, estime M. Poulin. « Ça ne m’inquiète pas parce que c’est un rassembleur. Il l’a démontré à Ottawa », a-t-il avancé.

Dans le district de Saint-Jacques, Janine Krieber, colistière de Richard Bergeron, détenait 48 voix d’avance sur Philippe Schnobb, d’Équipe Coderre, au moment de mettre sous presse.

Une ambiance funèbre régnait en soirée au rassemblement de Marcel Côté, qui a été le premier candidat à concéder la défaite. « C’est une leçon de démocratie que nous avons eue, et nous l’acceptons », a dit le candidat de 71 ans, devant des partisans médusés.

« Les Montréalais ont vécu un moment fort de leur vie démocratique. Après plusieurs années marquées par des scandales, les élections permettront, je l’espère, de tourner la page et d’aller de nouveau vers l’avant », a-t-il ajouté.


Avec Guillaume Bourgault-Côté

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