Dernières salves contre Coderre

Convoqué à une rencontre par la communauté hassidique de Montréal, Denis Coderre a incité ses membres à ne pas diviser le vote pour obtenir son « amitié » et son « appui ».
Photo: - Le Devoir Convoqué à une rencontre par la communauté hassidique de Montréal, Denis Coderre a incité ses membres à ne pas diviser le vote pour obtenir son « amitié » et son « appui ».

Denis Coderre a fait de la « vieille politique » en demandant à la communauté juive hassidique de voter en bloc pour lui si elle souhaite avoir son « amitié », ont lancé vendredi ses adversaires à la mairie. À la veille de l’élection, ils y voient une preuve de plus que M. Coderre n’est pas le maire dont a besoin Montréal.

 

« C’est une démonstration de plus de ce qu’est de la vieille politique [à la Denis Coderre], a soutenu Richard Bergeron, le chef de Projet Montréal. On l’a vu en matière de financement et en matière d’organisation. C’est le troisième volet : on considère chaque groupe, chaque communauté comme une clientèle avec laquelle on négocie derrière des portes closes. »

 

Jeudi soir, le réseau TVA a diffusé une courte vidéo filmée en catimini lors d’une intervention privée de Denis Coderre devant des membres de la communauté juive hassidique, la semaine dernière. M. Coderre y dit : « Si vous voulez mon amitié, mon appui, ne divisez pas le vote. Je n’ai pas besoin de division. Je me bats présentement contre la charte des valeurs parce qu’elle divise les gens, c’est une diversion. » Quand il s’aperçoit que quelqu’un le filme, Denis Coderre lui demande d’arrêter.

 

Pour Richard Bergeron, c’est là une forme de « chantage ». « Si tu ne votes pas pour moi, tu n’auras rien. »

 

Évoquant elle aussi un geste de chantage, Mélanie Joly estime que l’attitude de Denis Coderre relève de « cette culture qu’on doit casser ». « Le maire de Montréal représente tous les Montréalais, a-t-elle dit en point de presse. Pas seulement certains amis ou certaines communautés qui l’auront appuyé. » Mme Joly associe cette attitude à du « copinage », voire à du « marchandage politique ».

 

Marcel Côté a qualifié « d’incroyable retour dans le passé » le ton et le contenu de l’intervention de M. Coderre.

 

Le Conseil juif défend Coderre

 

Denis Coderre a répliqué que les accusations de ses adversaires relèvent du « désespoir », à quelques heures du vote. Selon lui, la vidéo n’est « pas du tout embarrassante ». « J’ai été invité par la communauté hassidique, a-t-il expliqué à TVA. On m’a demandé une rencontre privée, sans enregistrement. Une lettre circulait, qui disait “ votez pour Coderre, mais laissez tomber l’équipe ”. […] Je leur ai dit : “ Si votez pour moi, votez pour mon équipe. ” Ça marche comme ça : je suis là pour me faire élire et pour faire élire mon équipe. »

 

Le candidat a déploré qu’on se « serve de la communauté pour faire de la politique sur leur dos. C’est un peu triste ». En après-midi, le Conseil juif québécois a d’ailleurs défendu la version de M. Coderre. « Nous lui avions demandé son avis sur une lettre qui circulait au sein de notre communauté et dans laquelle les membres étaient invités à diviser le vote entre les candidats » de M. Coderre et ceux d’un autre parti, indique un communiqué.

 

« M. Coderre a invité les membres de notre communauté à appuyer son équipe », selon le porte-parole, Mayer Feig. Il a dénoncé le fait « qu’une rencontre auprès de notre communauté soit utilisée pour des fins partisanes politiques », en précisant que la vidéo est « clairement présentée hors contexte ». « En aucun temps, les paroles de Denis Coderre n’ont été interprétées comme une menace. »

 

Derniers atouts

 

Les trois opposants de M. Coderre ont profité de l’avant-dernière journée de campagne pour lancer un dernier appel aux électeurs. Marcel Côté a réitéré son intention de réaliser une « révolution tranquille » à l’Hôtel de Ville s’il est élu. La codirectrice de Coalition Montréal, Louise Harel, a vanté les qualités de gestionnaire de M. Côté, son expérience dans la réorganisation de grandes entreprises et sa capacité à prendre des décisions difficiles.

 

Pour Mélanie Joly, l’enjeu des élections, « c’est la corruption. C’est important que les Montréalais se mobilisent pour aller voter ». Mme Joly a répété que « Denis Coderre n’a pas la crédibilité pour s’attaquer à ce problème », et s’est présenté comme « la seule option pour affronter les problèmes de corruption ».

 

Richard Bergeron a pour sa part tenté de se départir d’une image qui lui colle à la peau : « On m’a caricaturé comme étant l’homme d’une seule idée, le tramway. Ce n’est pas du tout le cas », a-t-il fait valoir en rappelant que son parti propose une « diversité de modes pour bonifier le réseau de transport en commun ».

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