Les élections de la déception

Denis Coderre a beau mener la course à la mairie de Montréal, son manque d’audace lors de la campagne lui attire des critiques.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Denis Coderre a beau mener la course à la mairie de Montréal, son manque d’audace lors de la campagne lui attire des critiques.

Ils rêvaient de changement, d’un vent de fraîcheur, d’une nouvelle forme de leadership à l’Hôtel de Ville. Ils sont amèrement déçus. Un groupe de lecteurs du Devoir, qui a suivi de près la course à la mairie de Montréal, porte un regard critique sur la campagne qui s’achève. À 24 heures du scrutin, ces lecteurs (et électeurs) sont surtout déçus par ce qu’ils considèrent comme le manque d’audace du favori, Denis Coderre.

L’ex-député fédéral a péché par excès de prudence et s’est contenté de surfer sur sa notoriété, jugent nos électeurs témoins.

« Je perçois Denis Coderre comme le statu quo, ou pire encore, comme un Gérald Tremblay numéro 2 », dit Élisabeth Fortin, 19 ans, étudiante en musique et en sciences humaines au collège Jean-de-Brébeuf. Passionnée de politique, elle vote pour la première fois à une élection municipale. Elle n’est pas tout à fait enchantée. « Mettons que c’est un peu déprimant. Denis Coderre va passer, je vais vouloir déménager », dit-elle en souriant.

Les membres du panel électoral du Devoir, formé de 10 lecteurs éclairés, jugent sévèrement la tenue de Denis Coderre durant les 44 jours de campagne. Il s’est comporté comme un « vieux politicien », selon eux. Il cherchait d’abord à éviter les pelures de banane. La présence dans l’Équipe Coderre d’une vingtaine d’anciens conseillers d’Union Montréal, le défunt parti de Gérald Tremblay, ajoute aussi à la déception de nos lecteurs.

« J’ai des doutes. Les gens d’Union Montréal étaient là depuis 10 ans et n’ont rien vu [des scandales qui ont ébranlé l’Hôtel de Ville] », souligne Ouanessa Younsi, 29 ans, psychiatre née au Québec d’un père algérien et d’une mère « pure laine ».

Traitement de choc

Si Montréal était en thérapie, la Ville aurait besoin d’un changement d’air, affirme la psychiatre. Sans un traitement de choc, le patient risque de retomber dans les mêmes comportements, note-t-elle.

Gabriel Bégin, étudiant en urbanisme à l’UQAM, partage le scepticisme des autres membres du panel du Devoir au sujet de Denis Coderre. Il s’attendait lui aussi à mieux de la part du favori, qui a une longue feuille de route politique. Tout n’est pourtant pas noir : le chef d’Équipe Coderre a marqué des points avec son concept de « ville intelligente », qui met la technologie au service des citoyens. « Gérald Tremblay a amené le Bixi, Denis Coderre va amener le Wi-Fi [partout en ville] », croit Gabriel Bégin.

Le panel du Devoir donne une bonne note à la plateforme électorale de Projet Montréal, considérée comme la plus crédible et la plus complète. Le chef du parti, Richard Bergeron, se distingue comme le plus expérimenté — à sa troisième tentative de remporter la mairie — et le plus ambitieux pour Montréal. Sa personnalité abrasive fait toutefois grincer des dents.

« Richard Bergeron a l’air bête, mais j’en veux un, tramway, Monsieur. Et de belles berges. Montréal mérite ça », dit Luce Coderre (aucun lien de parenté avec le candidat du même nom), semi-retraitée de 68 ans du quartier Villeray. Avec ses « vestons cheapo », Richard Bergeron « a l’air d’un agent d’assurances », renchérit Colin Turcotte, apprenti mécanicien d’ascenseurs de 42 ans. Le chef de Projet Montréal peut se consoler : il a le meilleur programme, jugent les deux membres du panel.

« Au-dessus de ses affaires »

Les gens ont toutes sortes de raisons d’appuyer — ou de ne pas appuyer — un candidat. Sa personnalité. Son équipe. Son programme. Ou un feeling, comme ça… Prenez Luce Coderre, notre électrice du quartier Villeray. Elle avait un préjugé favorable envers Marcel Côté, au début de la campagne électorale : gestionnaire expérimenté, compétent. Et « sympathique, avec la petite dent du milieu qu’il lui manque ».

« Mais il a mené une campagne de dilettante, ajoute-t-elle. Comme s’il était au-dessus de ses affaires et qu’il s’en fichait un peu, du résultat. »

Le résultat, c’est qu’elle a écarté la candidature de Marcel Côté. Esther Bernard, 32 ans, traductrice, a aussi eu le même réflexe. Sa perception positive de Marcel Côté s’est transformée en doute sur sa capacité à diriger Montréal. « Il ne passe pas. Il manque de fini dans ses rapports interpersonnels », dit la résidante de la Petite Italie.

Pour Esther Bernard, le maire d’une métropole doit être un habile communicateur, entre autres pour donner une voix à sa ville auprès du gouvernement du Québec. Mélanie Joly l’a impressionnée. Elle s’exprime bien. Esther Bernard, qui veut fonder une famille à Montréal, approuve aussi l’insistance de la candidate à vouloir retenir les familles en ville. « Depuis que j’ai le droit de vote, je n’ai jamais eu l’occasion de voter pour une jeune femme d’à peu près mon âge. Ça me fait un petit velours. »
21 commentaires
  • Jean Martinez - Inscrit 2 novembre 2013 00 h 48

    Un déshonneur nommé Denis Coderre

    Beaucoup de Québécois disent qu'ils ne veulent plus de la corruption et des "vieux" politiciens. Pourtant, si on en croit les sondages, ils s'apprêtent à élire celui qui est la caricature de cette vieille manière de faire de la politique. D'ailleurs le journal La Presse se couvre de ridicule en prenant parti pour lui. Quel aveuglement idéologique! C'est incroyable! Il est vrai que les solutions de remplacement ne sont pas très emballantes: Joly n'a ni les compétences, ni l'équipe; Côté n'a absolument rien d'inspirant et Bergeron semble avoir des rêves de grandeur plutôt coûteux. Par contre, c'est lui qui mérite le plus le poste. Il a une bonne équipe, il est honnête et il connaît les enjeux montréalais par coeur. Je pense donc que la raison devrait nous inciter à voter pour Bergeron. Mais je rêve quand même du jour où les francophones de Montréal auront un candidat et une équipe qui représenteront mieux leurs intérêts, tous leurs intérêts.

  • Gilles Charbonneau - Inscrit 2 novembre 2013 07 h 14

    Médias

    La véritable déception de cette course à la mairie de Montréal est le parti pris de certains médias et le bashing incessant de ceux-ci sur le meneur, mais bon, pas de surprises de ce coté, un parti minoritaire à l'hotel de ville procure les chicannes qui vendent le papier, et ça se dit indépendant et libre de penser, ben voyons!

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 2 novembre 2013 12 h 24

      Pas drôle d'être à ce point myope comme vous. Vous affichez la foi du charbonnier. Pourtant si le passé de Coderre est garant de son avenir, ce sera le retour du "business as usual". Ce politicailleux, s'il ne s'est pas encore fait épingler, nage dans le milieu des promoteurs véreux et des gens peu fréquentables. À moins que vous ne fassiez partie de cette engeance, vous devez être passablement aveugle pour ne pas voir à quel magouilleur nous avons affaire.

    • Gilles Charbonneau - Inscrit 2 novembre 2013 19 h 45

      Pierre-Alain Cotnoir, c'est vous qui souffrez de myopie si vous prétendez que les médias ne tentent pas de manipuler l'opinion publique, fait que la majorité des lecteurs de ce journal dénoncent lorsque cela fait leur affaire! ;)

  • Guy Desjardins - Inscrit 2 novembre 2013 08 h 45

    Comme bien d'autres lecteurs.

    J'ai tenté de savoir le programme de M. Coderre mais en vain. Alors j'en déduit que ça va être le statu quo. Malheureusement M. Coderre assi sur sa popularité pensant que tout était acquis regardait de haut ses adversaires. Un vent de changement ne se fait pas par du texto, tweeter ou F. D'autres adversaires ont avancés des façons de gérer une Ville, mais les citoyens de Montréal voteront ils pour la popularité ou le vrai changement en profondeur commençant par la tête dont les Montréalais ont vraiment besoin car ce n'est pas jojo (sans jeux de mots)par les temps qui courrent.

    • Gilles Charbonneau - Inscrit 2 novembre 2013 10 h 48

      La plateforme de Denis Coderre a été affichée comme toutes les autres, je sent de la partisanerie et de la mauvaise volonté de votre part dans vos propos!

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 novembre 2013 11 h 38

      Monsieur Charbonneau, donnez-nous le lien où l'on peut trouver le programme de M. Coderre en entier. Tout ce que j'arrive à trouver sur le site, ce sont des liens vers des articles.

      Un exemple de lien: http://projetmontreal.org/le-programme/notre-progr

    • Guy Desjardins - Inscrit 2 novembre 2013 12 h 01

      M. Gilles Charbonneau vous avez raison je suis partisant du non statu quo.

    • Gilles Charbonneau - Inscrit 2 novembre 2013 20 h 11

      Sylvain Auclair, le programme de l'équipe Denis Coderre est disponible sur la page de leur parti, je ne parviens pas à afficher le lien dans une réplique, désolé!

  • Carole Dionne - Inscrite 2 novembre 2013 09 h 07

    En tout cas...

    À voir d'o;u vient Coderre et à bvoir ses agissements, je voterais pour n'importe qui d'autre mais le monde , c'est le monde. On se damnde souvent où il a la t^te? Je vais dire ce qu'un comédien françias disait: " Il va falloir faire passer un test d'intelligence aux gens avant qu'ils votent"

    • Gaétan Parent - Inscrit 2 novembre 2013 12 h 51

      90% des candidats sont honnetes et ont a coeur l'amélioration de la vie de leur concitoyens,et surtout ils s'impliquent au lieu de chialer bien assi devant leur t-v,comme 90% des électeurs.

    • Gaétan Parent - Inscrit 2 novembre 2013 12 h 51

      90% des candidats sont honnetes et ont a coeur l'amélioration de la vie de leur concitoyens,et surtout ils s'impliquent au lieu de chialer bien assi devant leur t-v,comme 90% des électeurs.

  • Roland Berger - Inscrit 2 novembre 2013 09 h 18

    Titre décevant

    Le titre de l'article laisse entendre que tous les candidats ont déçu, alors que le texte laisse entrevoir un Bergeron expérimenté tourné vers un meilleur avenir pour la Métropole. À chacun sa déception.