Intégrité - Un coup dur pour Coderre

Le prétendant à la mairie Denis Coderre, qui s’est récemment vanté d’avoir fait passer le « filtre Coderre » à tous ses candidats, a été obligé de se défaire de l’un d’eux, soupçonné dans une affaire de pot-de-vin.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le prétendant à la mairie Denis Coderre, qui s’est récemment vanté d’avoir fait passer le « filtre Coderre » à tous ses candidats, a été obligé de se défaire de l’un d’eux, soupçonné dans une affaire de pot-de-vin.

Déjà régulièrement attaqué par des adversaires qui doutent de l’intégrité de son équipe, Denis Coderre a essuyé de nouvelles salves mardi après avoir annoncé le retrait forcé de son candidat Robert L. Zambito. Ce dernier est soupçonné de malversations et ferait l’objet d’une enquête de l’UPAC.

À quelques jours des élections, Denis Coderre a « exigé que Robert L. Zambito retire immédiatement sa candidature et cesse de se réclamer de l’Équipe Denis Coderre pour Montréal ». M. Coderre a justifié sa décision en soutenant « que c’est tolérance zéro en matière de malversations, qu’elles fassent ou non objet d’accusations ».

 

Les trois adversaires de M. Coderre dans la course à la mairie ont saisi l’occasion pour réitérer qu’il a de mauvaises fréquentations. La question a monopolisé le début du deuxième débat présenté à LCN, où Denis Coderre affrontait Marcel Côté. « Vous avez eu beaucoup d’incidents [lors de la campagne] », lui a rappelé ce dernier en parlant de liens « avec des gens qui seraient impliqués dans des cas de corruption ». Il a notamment cité les noms de Michel Bissonnet et de Gilles Deguire, deux membres de l’équipe Coderre dont le nom a été mentionné à la commission Charbonneau.

 

M. Coderre a répliqué en soulignant avoir immédiatement appliqué sa règle de tolérance zéro dans le dossier de M. Zambito, ce qu’il estime être une preuve de leadership. « Je n’ai pas attendu quatre jours, je n’ai pas eu [besoin] de gestionnaire de crise », a-t-il dit.

 

Le prétendant à la mairie s’est récemment vanté d’avoir fait passer le « filtre Coderre » à tous ses candidats pour s’assurer de leur intégrité. Mardi, il a soutenu dans un communiqué qu’au « moment de son recrutement, M. Zambito a rempli un questionnaire exhaustif assermenté et que rien d’irrégulier n’y apparaissait ». « Il a contresigné chaque page [indiquant] qu’il n’avait rien à se reprocher », a ajouté Denis Coderre lors du débat.

 

Pot-de-vin ?

 

La décision de larguer Robert L. Zambito a été prise juste avant que Radio-Canada ne dévoile son implication présumée dans une histoire de pot-de-vin. Selon le réseau, M. Zambito aurait offert en 2010 quelque 20 000 $ à son collègue Bernard Blanchet (de l’arrondissement de Lachine) pour qu’il réduise le prix de vente d’un terrain municipal contaminé qu’un ami de M. Zambito voulait acheter.

 

Vétéran conseiller municipal de Saint-Léonard (notamment pour Union Montréal), Robert L. Zambito aurait répété cette offre en 2011. Dans les deux cas, Bernard Blanchet (ancien d’Union Montréal et actuel membre de la coalition Marcel Côté) aurait refusé et porté plainte à l’escouade Marteau. On ne sait où en est l’enquête, mais aucune accusation n’a été déposée. M. Zambito nie les événements.

 

Pour Richard Bergeron et Mélanie Joly - qui remettent en question l’éthique de l’équipe Coderre depuis plusieurs semaines -, le départ de M. Zambito prouve le bien-fondé de leurs craintes.

 

« Il reste toujours 24 candidats de l’ancien Union Montréal dans les rangs de l’équipe Coderre, a lancé M. Bergeron, chef de Projet Montréal. Ce n’est pas compliqué : si la population veut qu’on mette fin une fois pour toutes à ces scandales à répétition, à ces perquisitions, à ces démissions forcées, elle doit voter pour une équipe honnête et [entièrement composée] de gens intègres. »

 

Mélanie Joly estime pour sa part que l’incident démontre « encore une fois que Denis Coderre n’a pas la crédibilité pour s’attaquer à la corruption à Montréal ». « À des fins électoralistes, il a décidé de s’entourer d’anciens d’Union Montréal, alors qu’il savait qu’il y avait des perquisitions dans certains arrondissements, notamment à Saint-Léonard », a-t-elle dit.

 

Est-ce là la preuve que le « filtre Coderre » est poreux ? « Ce sera à la population d’en juger », a indiqué Mme Joly. Marcel Côté pense pour sa part qu’on ne « peut se fier à ce filtre ».

 

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Lundi, Richard Bergeron et Mélanie Joly avaient déjà remis en question l’intégrité de l’équipe Coderre, donnant le ton de la dernière semaine de campagne. « Savez-vous ce qui va changer à Montréal le 3 novembre ? Rien. Absolument rien si nous votons pour Denis Coderre, qui n’a aucune crédibilité pour enrayer la corruption », indiquait une publicité lancée par Mme Joly.

 

Puis, durant le premier débat présenté à LCN, Richard Bergeron avait reproché à Denis Coderre d’avoir recruté au sein de « l’administration de la honte » et d’avoir reçu des « dons douteux de gens arrêtés par l’UPAC quand [il était] député de Bourassa ». M. Coderre avait répondu qu’il fallait « arrêter de rendre coupable par association », et que les dons reçus étaient légaux.

 

En ce qui concerne Robert L. Zambito, son nom sera « rayé à l’encre indélébile » sur les bulletins de vote déjà imprimés du district de Saint-Léonard Est, a indiqué Élection Montréal en fin de journée. Quant aux votes enregistrés par anticipation, ils « ne seront pas comptabilisés ». Dans son district, la lutte se fera donc entre l’équipe Marcel Côté et Projet Montréal.

 

C’est le deuxième candidat que Denis Coderre expulse durant cette campagne. Mario Charpentier avait été remercié il y a un mois, après avoir reçu deux constats d’infraction du Directeur général des élections du Québec pour des événements liés à son implication au sein de l’Action démocratique du Québec en 2008.

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