Élections municipales - Appels robotisés: Marcel Côté incité à partir

L’équipe de Marcel Côté a mandaté une firme pour sonder les intentions des électeurs, à trois semaines des élections.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir L’équipe de Marcel Côté a mandaté une firme pour sonder les intentions des électeurs, à trois semaines des élections.

Pour Marcel Côté, l’idée de mener un sondage par appels robotisés mercredi était de prendre le pouls des électeurs d’Ahuntsic. Mais il a plutôt fait grimper celui de ses adversaires, qui l’ont accusé jeudi de « salissage » et ont porté plainte au DGE, au CRTC et à Élections Montréal pour appels illégaux. Un faux pas qui fait dire aux autres candidats que M. Côté n’a plus sa place dans cette campagne.

« Marcel Côté a démontré qu’il est indigne de la fonction qu’il veut assumer », a ainsi soutenu Denis Coderre en fin de journée. Trois heures plus tôt, c’est Richard Bergeron qui affirmait que « ces procédés vicieux, mensongers et illégaux sont indignes d’un candidat à la mairie de Montréal ».

 

M. Bergeron a ajouté que Marcel Côté « vient de creuser sa tombe ». Devrait-il démissionner ? « Qu’il fasse son examen de conscience », ont tous deux répondu Denis Coderre et Richard Bergeron.

 

Et entre leurs interventions, Mélanie Joly a publié un communiqué où elle affirme que M. Côté a démontré par cet incident son « incapacité à entamer le questionnement nécessaire en se tournant vers les mêmes vieilles pratiques, la même vieille politique au goût sulfureux dont les Montréalais ne veulent plus ».

 

980 appels

 

Tout ce brouhaha découle des 980 appels logés mercredi soir dans des foyers d’Ahuntsic. L’équipe Côté avait mandaté une firme pour sonder les intentions des électeurs, à trois semaines des élections. « C’était un sondage interne pour mesurer la popularité des partis et tester différentes lignes de presse qu’on pouvait utiliser dans notre campagne », a expliqué Marcel Côté devant des dizaines de médias en fin d’après-midi jeudi.

 

Sauf que la firme a « oublié » d’identifier le commanditaire du sondage, ce qui constitue une infraction claire aux règles du Directeur général des élections (DGE) - selon lesquelles toute dépense électorale doit être approuvée par l’agent officiel du parti. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC) exige aussi que les appels ne soient pas anonymes. « Je déplore l’erreur et j’en prends la responsabilité », a dit Marcel Côté, ce qui n’a pas empêché Projet Montréal et l’Équipe Coderre de porter plainte.

 

Mais il y a plus que le problème d’identification, estiment Richard Bergeron et Denis Coderre. Car les « lignes de presse » testées par l’équipe Marcel Côté concernent des allégations impliquant les deux meneurs dans cette campagne.

 

Les répondants qui ont indiqué qu’ils appuyaient M. Bergeron se faisaient automatiquement poser une deuxième question : « Saviez-vous que les élus de Projet Montréal font l’objet d’une controverse pour le financement d’un organisme ? Appuyez-vous cette façon de faire ? »

 

La question faisait référence à une subvention d’un peu plus de 35 000 $ accordée par les élus du Plateau-Mont-Royal à l’organisme Plateau Milieu de vie - qui compte plusieurs sympathisants de Projet Montréal. La subvention visait la construction d’un kiosque dans un marché public estival où l’on vendait des légumes. Une plainte a été déposée à la police à cet effet, plainte que Projet Montréal juge sans fondement et purement politique. « Il est clair qu’il y a derrière ça une stratégie de salir, de détruire, de manipuler l’opinion, et que cette stratégie-là est menée par des hommes et des femmes qui sont au parti [de Marcel Côté] », a indiqué Luc Ferrandez, maire du Plateau et membre de l’équipe Bergeron.

 

Marcel Côté a mentionné jeudi qu’il « souscrit totalement au fait qu’on a fait référence à la subvention. Je crois que l’administration ne devait pas donner d’argent à l’organisme parce qu’il y a consanguinité entre Plateau Milieu de vie et Projet Montréal. Ça ne se fait pas, et on peut le dénoncer. »

 

Les répondants qui choisissaient l’option Denis Coderre dans le sondage avaient aussi droit à une question de suivi. « On faisait allusion à la composition de son équipe, au fait qu’il a des anciens d’Union Montréal [avec lui], a indiqué Marcel Côté. On ne parlait pas de corruption. » Denis Coderre a plutôt eu vent d’une version où on demandait « ça ne vous gêne pas d’être associé à quelqu’un associé à des scandales ? »

 

«Méthodes de salissage»

 

Peu importe le détail, pour M. Coderre, il faut mettre « fin à ces vieilles méthodes de salissage continu, où on rend des gens coupables par association ». Selon lui, ce procédé mérite une plainte au DGE, mais il n’a pu préciser quel article de la loi empêcherait des questions de ce type. « C’est illégitime », a-t-il répondu.

 

Marcel Côté a toutefois rejeté les critiques de ses adversaires. « Ce n’est pas une campagne de salissage, a-t-il dit. Dans la recherche, on peut demander ce que les électeurs pensent de tel ou tel candidat. Tous les partis le font. » M. Côté a dit souhaiter qu’on « remette la campagne sur des idées, et non pas pour dire que celui-là est malhonnête ».

 

La dernière campagne électorale fédérale a été marquée par un scandale entourant des appels robotisés frauduleux - et un certain « Pierre Poutine ». Les coups de fil anonymes indiquaient à tort aux électeurs que leur bureau de vote avait été déplacé. Un projet de loi a été promis par le gouvernement conservateur pour raffermir la Loi électorale du Canada à cet égard.

 

 

Avec Karl Rettino-Parazelli

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