Denis Coderre - Équipe Denis Coderre - La rue en guise de remontant

L’aspirant-maire carbure aux contacts directs avec les citoyens. Il n’hésite pas à serrer la main à ceux qu’il croise dans la rue les invitant à voter pour son équipe et lui le 3 novembre.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’aspirant-maire carbure aux contacts directs avec les citoyens. Il n’hésite pas à serrer la main à ceux qu’il croise dans la rue les invitant à voter pour son équipe et lui le 3 novembre.

On le dit fort en gueule, populiste et coloré. Certains lui reprochent de manquer de vision, d’être un politicien de la vieille école et d’avoir dans son placard quelques squelettes hérités de son passé au Parti libéral du Canada. Mais Denis Coderre, lui, s’est mis en tête de partir à la conquête de Montréal en misant sur le style qui l’a fait connaître à Ottawa.

 

Denis Coderre est une redoutable bête de terrain. Rue de l’Église, Verdun, dimanche dernier. Après une escale à l’auditorium de Verdun, il faut se rendre à la station de métro, car le postulant à la mairie de Montréal doit participer aux festivités d’un club de bocce dans un autre arrondissement.

 

Sur papier, la distance à parcourir est courte, quelques minutes de marche tout au plus. Mais c’est sans tenir compte du facteur Coderre.

 

Le facteur Coderre, c’est l’irrépressible propension de l’homme politique à voir dans chaque piéton un électeur potentiel qui, le jour du 3 novembre, pourrait faire pencher le pouvoir en sa faveur. Tout le monde y passe : même les automobilistes stationnés, les chauffeurs de taxi et les itinérants qu’il aborde sans gêne.

 

Denis Coderre n’a pas besoin de faire un long préambule. La plupart des gens croisés dans Verdun ce jour-là le reconnaissent d’emblée.

 

Tout à coup, il s’arrête devant un restaurant. « On va y aller. Ça va être un hit ! » L’arrêt n’est pas prévu au programme, mais qu’importe, son attachée de presse, Isabelle Perreault, ne dit mot - c’est inutile. Passant de table en table, il a un mot pour chacun, une blague et un inévitable rappel que le 3 novembre, il faut aller voter… pour lui et ses candidats. Il se permet même de s’asseoir à table quelques instants avec des clients comme s’il s’agissait de vieilles connaissances. Il se laisse prendre en photo et se prête aisément à l’autodérision, ne dédaignant pas, à l’occasion, de faire des blagues sur son tour de taille.

 

Quand il finit par ressortir du restaurant, son attachée de presse l’aiguille en direction du métro. Peine perdue, de l’autre côté de la rue, des clients d’une terrasse l’interpellent. Le voilà qui traverse la rue pour aller les saluer. Quelques poignées de main plus tard, il est reparti, toujours en direction du métro. On croit que cette fois, c’est la bonne.

 

Mais revoilà Denis Coderre qui traverse à nouveau la rue, expliquant à sa suite : « Il m’a regardé. Je vais aller le voir. » C’est qu’un piéton l’observe de loin, l’ayant vraisemblablement reconnu. Autre poignée de main, autre blague. « N’oubliez pas le 3 novembre ! », lance M. Coderre.

 

Le candidat et son équipe parviendront finalement au métro. La marche a été plus longue que prévu, mais l’horaire sera à peu près respecté.

 

La rue, encore et encore

 

Denis Coderre semble carburer à ce contact direct avec les citoyens. « Quand je suis down, je vais dans la rue », expliquera-t-il par la suite. La partie est-elle trop facile pour Denis Coderre en raison du choix des endroits visités dans Verdun ce jour-là ? Son attachée de presse rétorque : « Honnêtement, c’est tout le temps comme ça. »

 

De passage au marché public de L’Île-des-Soeurs, il croise une électrice plus coriace. « Ils sont venus prendre de l’argent directement dans mes poches », dit-elle au sujet des allégations de corruption et de collusion qui planent sur la classe politique. « Vous devez me convaincre qu’on va récupérer l’argent qui nous a été volé. »

 

Tout en se montrant compatissant - « Moi aussi, je suis un contribuable », dit-il -, Denis Coderre est un politicien aguerri et avance prudemment sur ce terrain. « Ce ne serait pas honnête de vous répondre rapidement. Il faut voir où cet argent est allé », rétorque-t-il. Mais la dame ne lâche pas prise. Pour elle, l’heure des comptes est arrivée pour les contribuables qui ont été floués et qui ne se contentent plus de belles paroles. « Si vous étiez mairesse, vous enverriez un chèque à tous les citoyens ? », finit par lui demander Denis Coderre. « C’est un défi que vous aurez », lui réplique-t-elle, mettant un terme à cet échange qui est toutefois demeuré courtois.

 

Quelques fantômes

 

Député pendant 16 ans de la circonscription de Bourassa, de 1997 à 2013, ex-secrétaire d’État au Sport amateur, ancien ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration et ex-président du Conseil privé de la Reine, Denis Coderre s’est lancé à l’assaut de la mairie de Montréal en clamant être un « antidote au cynisme ». Il se plaît à dire que sa notoriété est un atout dans la campagne électorale montréalaise et que les dossiers qu’il a gérés comme ministre ne sont pas si différents de ceux de la Ville de Montréal.

 

Mais Denis Coderre compte quelques fantômes qui lui collent à la peau. Même s’il n’a pas été directement blâmé par le rapport de la commission Gomery, on lui reproche notamment son amitié avec Claude Boulay, ancien président du groupe Everest, un des acteurs du scandale des commandites. Et ses détracteurs ne manquent pas de souligner qu’il a recruté plusieurs anciens membres d’Union Montréal, le parti de l’ex-maire Gérald Tremblay.

 

« Il est près des gens. Il parle le même langage qu’eux », estime la mairesse de Villeray -Saint-Michel -Parc-Extension et proche collaboratrice, Anie Samson. À ses yeux, Denis Coderre a toutes les qualités du maire dont Montréal a besoin. C’est un « rassembleur », un « leader », selon elle : « Il a une équipe et il se mêle de tout. Il fait confiance, mais il a son droit de regard. Il écoute et quand ça fait 15 minutes qu’on discute, il prend une décision. Il me rappelle un peu Pierre Bourque pour ça. Quand ça commence à tourner en rond, c’est que tout a été dit et qu’une décision doit être prise. »

 

« C’est une personne qui a une intuition humaine très admirable, commente une ancienne collègue à la Chambre des communes. Le citoyen qui l’approche pense qu’il lui voue une attention totale. » Quand on lui signale que certains voient en Denis Coderre une version montréalaise de Régis Labeaume, elle se rebiffe. « Oh non. Denis a beaucoup mieux intégré la nécessaire diplomatie du politicien », dit-elle.

 

Elle se dit convaincue que s’il est élu, il saura se faire entendre de Québec et d’Ottawa : « Quand Denis dit qu’il sera incontournable, il sera incontournable. Il n’est pas timide. Montréal ne sera pas timide. Et ça, je pense que ce sera un très bon changement pour la métropole. […] Ce n’est peut-être pas le plus grand penseur, ce n’est pas un intellectuel, mais il a la capacité d’aller chercher d’autres personnes qui pourront l’alimenter. »

 

Mais en coulisses, certains ne s’étonnent pas que Denis Coderre ait choisi de faire le saut dans l’arène municipale, son avenir étant bloqué sur la scène fédérale et provinciale. « Au PLC, ils sont tous contents qu’il soit parti. Au PLQ, personne n’en voulait, souligne un membre influent du PLC. Il a trouvé sa niche et c’est tant mieux. Ce sera peut-être un moyen pour lui d’évoluer, d’aller plus loin… à moins qu’il rate son coup. »

 

La bataille commence

 

Entre deux rendez-vous, en voiture, on prend des nouvelles de la plateforme électorale que dévoile au même moment le chef de Coalition Montréal, Marcel Côté. Quelques bribes du programme filtrent au compte-gouttes sur le réseau Twitter.

 

Marcel Côté laissera les élus de son parti voter librement au conseil municipal, apprend-on : « Nous, on le fait déjà », réplique Denis Coderre avec une pointe de dédain.

 

Coalition Montréal créera un poste de commissaire à l’éthique : « Mon inspecteur général aura bien plus de pouvoir et il sera indépendant », tranche Denis Coderre.

 

Marcel Côté nommera des membres des autres partis à son comité exécutif : « Ont-ils peur de ne pas faire élire assez de candidats ? », lance M. Coderre, plutôt fier de sa blague.

 

Pourtant, en public, Denis Coderre se targue de ne pas faire campagne « contre » ses adversaires. C’est ce qu’il a dit à un des candidats qui, lors d’un rassemblement en matinée, s’est plaint que l’Équipe Denis Coderre n’ait pas répliqué aux attaques de Richard Bergeron la semaine précédente. « On fait notre propre campagne. Je ne joue pas la game de la division », lui a répondu Denis Coderre posément.

 

Au fil de la journée, il confie quelques-uns de ses engagements, dont celui de rapatrier le Vieux-Port sous le giron municipal. « Le Vieux-Port est sous tutelle et c’est la Société immobilière du Canada qui le gère. Il vaut 550 millions de dollars. Il ne faut pas qu’il passe à des promoteurs », dit-il. Lui qui plaide en faveur d’une ville intelligente, compte aussi faire entrer le réseau cellulaire dans tout le réseau de métro.

 

Le signal de départ de la campagne électorale montréalaise a été donné vendredi et c’est maintenant que la vraie bataille commence. Lors de la réunion hebdomadaire de ses candidats le dimanche 15 septembre dernier au Patro Le Prévost, Denis Coderre a servi une mise en garde à ses troupes : « Ça sent bon. Soyez fiers et confiants, mais ne tenez rien pour acquis. J’ai déjà gagné par 14 000 voix, mais j’ai déjà perdu par 53. »

 

2 commentaires
  • Franklin Bernard - Inscrit 21 septembre 2013 00 h 56

    Denis Coderre, maire de Montréal?

    Quel cauchemar! Rappelez Gerry Tremblay! Au moins, il avait une certaine décence dans sa manière d'être.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 21 septembre 2013 06 h 44

    Grande gueule et poignées de main

    Après les élections, va-t-il encore parler et serrer des mains$
    On voudrait savoir ce qu'il va faire ensuite.
    Et son passé est-il garant de l'avenir?