Feu vert controversé à un projet immobilier dans un boisé de Beaconsfield

Beaconsfield a coupé l’herbe sous le pied de la Ville de Montréal, qui souhaitait faire l’acquisition du bois Angell pour en faire un milieu naturel protégé. Le mois dernier, le conseil municipal de Beaconsfield a plutôt donné son aval à un règlement qui permettra à un promoteur immobilier de construire 68 condominiums sur une partie du site.

 

D’une superficie de 105 hectares, le bois Angell est situé dans la partie nord-ouest de Beaconsfield. Plus de la moitié du site appartient à des intérêts privés, alors que Canards illimités, les Villes de Montréal et de Beaconsfield ainsi que l’Association pour la protection du bois Angell (APAW) se partagent le reste des terrains.

 

Depuis 2010, le site fait l’objet d’un règlement de contrôle intérimaire qui empêche les propriétaires de faire du développement immobilier.

 

Lorsqu’elle a été nommée responsable du développement durable au comité exécutif de la Ville de Montréal en novembre 2012, Josée Duplessis relate avoir demandé que des démarches soient entreprises pour que l’agglomération fasse l’acquisition du bois. « Un mandat a été donné à la Direction des stratégies et transactions immobilières (DSTI) pour entreprendre des négociations avec les propriétaires », a indiqué au Devoir Mme Duplessis. En juin dernier, Laurent Blanchard, alors responsable des transactions immobilières au comité exécutif de la Ville, a d’ailleurs écrit au maire de Beaconsfield à ce propos.

 

Empressement

 

Puis en août, les propriétaires ont mis un terme aux négociations. Or, le 19 août, lors d’un vote de 4 voix contre deux, le conseil municipal de Beaconsfield a autorisé le retrait d’une partie du site du règlement de contrôle intérimaire, ouvrant ainsi la porte à la construction de 68 condos. Mais à terme, c’est un total de près de 500 unités qui pourraient voir le jour dans ce bois.

 

Josée Duplessis dit maintenant mieux comprendre pourquoi les discussions entreprises avec les propriétaires privés ont pris fin aussi abruptement. Mais elle se questionne sur l’empressement de Beaconsfield à aller de l’avant, d’autant plus qu’en juin dernier, le conseil municipal de Beaconsfield avait adopté une motion pour appuyer les démarches de Montréal pour l’achat de terrains dans le bois Angell. « On craint maintenant que la valeur des terrains augmente », souligne Josée Duplessis.

 

Poursuites

 

Lors d’une réunion d’information tenue la semaine dernière, la conseillère Rhonda Massad a expliqué que Beaconsfield se devait d’agir. En raison du règlement de contrôle intérimaire, la Ville fait face à des poursuites des propriétaires en plus de subir d’importantes pertes en revenus fonciers compte tenu d’une décision du Tribunal administratif fixant à un dollar la valeur des terrains aux fins de taxation. Mme Massad n’a pas rappelé Le Devoir.

 

Le maire de Beaconsfield, David Pollock, s’était opposé à la résolution adoptée par la majorité au conseil municipal en août. Joint par Le Devoir, M. Pollock estime que les élus auraient mieux fait d’attendre que les négociations se terminent entre Montréal et les propriétaires avant d’aller de l’avant.

 

Stephen Lloyd, qui milite au sein de l’APAW, dénonce la décision de Beaconsfield, qui compromet la conservation du bois. « La Ville de Montréal était sur le point de protéger l’ensemble du bois, a-t-il indiqué. Tout le site a été désigné comme un bois d’intérêt à protéger dans le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD). Ça n’a pas d’allure. Si on avait attendu six mois, tout le bois aurait été protégé. »

 

Une consultation est prévue le 24 septembre prochain et le conseil municipal de Beaconsfield doit donner son approbation finale au projet le 1er octobre.

À voir en vidéo