Le «profilage politique» sera porté en Cour

« Quand je vais à des événements politiques comme des festivals, je suis arrêtée ; pour moi, c’est du harcèlement», dit Katie Nelson.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir « Quand je vais à des événements politiques comme des festivals, je suis arrêtée ; pour moi, c’est du harcèlement», dit Katie Nelson.

Une étudiante en philosophie de l’Université de Concordia en a assez, dit-elle, d’être harcelée par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Katie Nelson a décidé à l’aide de l’avocat Julius Grey de poursuivre la Ville de Montréal et le SPVM pour «profilage politique». Depuis la crise étudiante du printemps 2012, elle a reçu 27 constats d’infraction s’élevant à près de 7000 $ d’amende pour avoir notamment participé à des manifestations illégales, traversé la rue au mauvais endroit ou pour avoir lancé des injures en public.

 

Dans la poursuite déposée mercredi, elle allègue que les forces policières ont violé ses droits fondamentaux et réclame 24 000 $ en dommages, dont 20 000 $ pour violation des droits fondamentaux et 4000 $ en dommages punitifs.

 

Katie Nelson a expliqué qu’elle a décidé de recourir à la justice parce que « les cas de harcèlement se multiplient depuis la fin juillet », alors qu’elle a créé avec des amis une page Facebook où des noms de policiers, des numéros d’immatriculation et des vidéos sont mis en ligne pour aider « les personnes qui ont été victimes d’abus de la part d’un policier à les identifier et à porter plainte contre eux. » Elle a raconté que des policiers l’interceptent régulièrement pour « aucune raison valable », selon elle.

 

« Quand je vais à des événements politiques comme des festivals, je suis arrêtée ; pour moi, c’est du harcèlement. Quand je m’en vais travailler et qu’un policier m’interpelle par mon prénom, c’est du harcèlement. Quand je suis avec des amis au restaurant et un policier me donne une contravention, c’est encore du harcèlement, et je ne fais rien d’illégal », dit-elle.

 

L’avocat Julius Grey, qui a accepté de défendre sa cause gratuitement en faisant des heures pro bono, va tenter de prouver que sa cliente est victime de «profilage politique»,c’est-à-dire qu’elle est ciblée pour ses idées politiques et parce qu’elle appartient à un groupe identifié à des idées politiques.

 

« Le problème du profilage politique, c’est qu’il n’est pas reconnu. Il y a un déni de la part des gouvernements, tant provincial que municipal, et des policiers », mentionne Francis Dupuis-Déri, professeur en science politique à l’Université du Québec à Montréal qui a beaucoup écrit sur la répression policière. Selon lui, « ce sera l’une des premières fois où un cas de profilage politique sera défendu en Cour ».

 

Katie Nelson a bon espoir de pouvoir remporter sa cause et espère que sa poursuite permettra de tracer la voie à d’autres étudiants.

 

L’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) appuie d’ailleurs sa démarche, alors que plusieurs de ses membres ont été mis à l’amende pendant la grève étudiante. « Il y a une possibilité que cette cause crée un précédent et que les forces policières soient obligées de reconnaître que le profilage politique est un problème et qu’il crée des effets tangibles », a indiqué Benjamin Gingras, le porte-parole de l’ASSE.

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