Blanchard estime avoir les mains liées

Tony Accurso a été arrêté en avril 2012 et accusé de fraude, corruption et abus de confiance dans un réseau de partage de contrats municipaux.
Photo: - Le Devoir Tony Accurso a été arrêté en avril 2012 et accusé de fraude, corruption et abus de confiance dans un réseau de partage de contrats municipaux.

Le maire de Montréal, Laurent Blanchard, se sent dépourvu depuis que la Ville de Montréal a dû accorder, mercredi, un contrat d’asphaltage de 2,2 millions à l’une des firmes de Tony Accurso.

 

Le maire a indiqué que la Ville n’avait pas les pouvoirs législatifs d’annuler un contrat d’abord accordé à la firme Louisbourg SBC, en avril dernier. « Nous avons donné des contrats à sept compagnies qui produisent de l’asphalte pour la Ville. Nous avons accordé un contrat à la firme Louisbourg SBC, qui a cédé ses actifs au Groupe Hexagone, et nous avons été surpris d’apprendre que Hexagone avait cédé une partie de ses actifs à la firme Simard-Beaudry Construction, qui appartient à Tony Accurso », a expliqué monsieur Blanchard, qui a pris connaissance de ces transactions au début juillet.

 

La Ville a alors fait des vérifications pour revenir sur sa décision, mais les lois municipales l’en empêchaient. « On nous dit qu’on fait affaire avec des bandits, mais nous sommes une institution et nous n’avons pas le choix de respecter les lois, même si nous constatons des lacunes »,affirme le maire Blanchard.

 

Crainte de poursuite

 

Il reconnaît d’ailleurs que la Ville était au courant que la firme Louisbourg SBC, à qui le contrat d’asphaltage a d’abord été accordé, appartenait aussi à Tony Accurso.

 

« On le savait, mais on avait demandé à l’Autorité des marchés financiers de faire des vérifications pour savoir si nous pouvions lui accorder des contrats publics. Nous ne pouvions pas savoir que le contrat allait se retrouver entre les mains d’une autre firme d’Accurso », mentionne M. Blanchard, qui précise que rien n’empêche de toute façon la Ville d’accorder des contrats municipaux à l’entrepreneur Tony Accurso.

 

« Il n’a pas encore été jugé, il a seulement été reconnu coupable de fraude fiscale à Revenu Canada, ce qui ne permet pas à la Ville de l’inscrire sur la liste noire des entrepreneurs à qui il est interdit d’accorder des contrats publics », ajoute-t-il.

 

Le chef de l’opposition, Richard Bergeron, croit que l’administration Blanchard aurait dû « laisser tomber le contrat », même s’il y avait des risques de poursuite. « Cette timidité de la Ville de Montréal, cette crainte d’être poursuivie par Tony Accurso et tout son conglomérat d’entreprises, je ne l’ai jamais comprise », a-t-il déclaré.

 

Le candidat de l’Équipe Coderre Lionel Perez a pour sa part déploré le manque de cohérence de l’administration. « Ce n’est pas normal qu’un entrepreneur soit sur la liste noire pour 60$ et qu’un autre puisse continuer de faire affaire avec la Ville alors que des millions de dollars sont en jeu », a-t-il noté en faisant référence à l’entrepreneur de Mascouche, qui avait reconnu à la commission Charbonneau avoir remis un pot-de-vin de 60 $ à deux cols bleus.

 

Le maire Blanchard a tenu à dire qu’une lettre avait été envoyée à l’Autorité des marchés financiers (AMF) afin d’éviter que cette situation ne se reproduise à l’avenir. La Ville demande à l’AMF de vérifier rapidement le profil de la firme Simard-Beaudry Construction pour s’assurer qu’elle est admissible à soumissionner pour des contrats publics.

 

Elle souhaite aussi que le gouvernement Marois modifie les lois qui régissent l’attribution des contrats.

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