Complot, fraude, corruption, abus de confiance - Allez, ouste!

Michael Applebaum a refusé de faire quelque commentaire que ce soit à sa sortie du poste du quartier général de la Sûreté du Québec où il a été interrogé durant plusieurs heures. Le maire doit rencontrer la presse ce mardi afin de faire part de ses intentions pour la suite des choses.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Michael Applebaum a refusé de faire quelque commentaire que ce soit à sa sortie du poste du quartier général de la Sûreté du Québec où il a été interrogé durant plusieurs heures. Le maire doit rencontrer la presse ce mardi afin de faire part de ses intentions pour la suite des choses.

La démission du maire Michael Applebaum paraît « inévitable » après son arrestation pour une affaire de corruption par l’Unité permanente anticorruption (UPAC), lundi. La première ministre Pauline Marois a joint sa voix à celle des élus montréalais qui réclament son départ, tout en excluant l’idée de mettre Montréal sous tutelle.

Le maire a été arrêté vers 6 h lundi matin par les agents de l’UPAC à sa résidence du secteur Notre-Dame-de-Grâce. Michael Applebaum fait face à 14 chefs d’accusation, dont complot, fraudes envers le gouvernement, abus de confiance et actes de corruption dans les affaires municipales.


En succédant à Gérald Tremblay en novembre dernier, Michael Applebaum s’était pourtant présenté comme celui qui lutterait contre la corruption à l’Hôtel de Ville. À sa sortie du quartier général de la Sûreté du Québec (SQ) lundi après-midi, M. Applebaum s’est abstenu de tout commentaire pour s’engouffrer dans un taxi. Il pourrait toutefois faire une déclaration mardi matin, selon des membres de son entourage.


Québec demande au maire Michael Applebaum de faire « la chose honorable » et de démissionner. Le gouvernement Marois n’envisage pas la tutelle, mais songe à envoyer un observateur à titre de conseiller pour aider la plus grande ville du Québec à traverser cette nouvelle tempête, jusqu’aux élections du 3 novembre prochain.


« Je crois qu’actuellement, dans les circonstances, il serait préférable, sûrement, qu’il se retire de la fonction qu’il occupe maintenant », a dit la première ministre Pauline Marois, de passage à Montréal.


« Nous demandons au maire Applebaum de poser le geste responsable qui est de se retirer, de démissionner, pour permettre à la Ville de prendre ses dispositions pour la suite des choses », a affirmé le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, lors d’un point de presse. Ses demandes ont été réitérées par son collègue des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, dans un entretien au Devoir.


Pas question toutefois pour le gouvernement de devancer les élections à Montréal ou de mettre la Ville sous tutelle, comme ce fut le cas à Laval il y a quelques semaines à peine. Ce sera au comité exécutif de coalition de nommer un maire suppléant, ainsi que le prévoit la charte de la Ville de Montréal, jusqu’à la tenue des élections en novembre prochain, a précisé le ministre Gaudreault.


Accusations de corruption


En plus du maire Applebaum, deux autres personnes ont été arrêtées dans cette opération, soit Jean-Yves Bisson, ancien directeur des permis à l’arrondissement de Côte-des-Neiges -Notre-Dame-de-Grâce (CDN-NDG), et Saulie Zajdel, ex-membre du comité exécutif de la Ville de Montréal.


Un total de 23 chefs d’accusation a été autorisé contre les trois suspects. Outre les accusations portées contre Michael Applebaum, cinq chefs d’accusation pèsent sur l’ex-conseiller municipal Saulie Zajdel, dont abus de confiance, fraudes envers le gouvernement, actes de corruption dans les affaires municipales et commissions secrètes. Quant à Jean-Yves Bisson, il fait face à quatre chefs d’accusation, dont abus de confiance, fraudes envers le gouvernement et commissions secrètes.


Ces accusations sont liées à deux projets immobiliers dans l’arrondissement de CDN-NDG, mais en conférence de presse, le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière, a refusé de préciser la nature des projets immobiliers visés, pour éviter de nuire aux enquêtes en cours.


M. Lafrenière a toutefois indiqué que des pots-de-vin (pour « plusieurs dizaines de milliers de dollars ») auraient été perçus : « Ce sont des montants qui ont été obtenus [et] qui ont fait en sorte d’influencer des décisions d’autorisation, ou d’obtention de permis ou de dézonage. »


Selon le journaliste Alain Gravel de l’émission Enquête, au moins deux pots-de-vin auraient été versés, un de 50 000 $ à Michael Applebaum et un autre de 15 000 $ à Saulie Zajdel. Un des projets en cause serait celui du nouveau centre sportif de Notre-Dame-de-Grâce, et l’autre serait la construction d’un édifice de neuf étages près de l’Université de Montréal, toujours selon Enquête.


Les mandats d’arrestation, obtenus par Le Devoir auprès du Directeur des poursuites criminelles et pénales, mentionnent les noms de six autres témoins impliqués dans les dossiers, mais qui n’ont pas fait l’objet d’accusations. Il s’agit de Rosaire Sauriol, Claude Asselin et Patrice Laporte, qui travaillaient pour la firme Dessau au moment des faits ; des promoteurs Robert Stein et Anthony Keeler ; et d’Hugo Tremblay, ancien directeur de cabinet à l’arrondissement de CDN-NDG.

 

Une «solution montréalaise»


L’arrestation du maire Applebaum a créé une onde de choc à l’Hôtel de Ville de Montréal, où se tenait l’assemblée ordinaire du conseil municipal. Tant la chef de Vision Montréal, Louise Harel, que le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, ont réclamé la démission du maire Applebaum. Ils se sont aussi fermement opposés à la mise sous tutelle de la Ville, tout comme Denis Coderre et Mélanie Joly, eux aussi candidats à la mairie.


Ébranlée, Louise Harel a dit espérer une « solution montréalaise » à la crise qui secoue l’Hôtel de Ville. Elle dit croire que le gouvernement Marois doit « accompagner » la Ville dans la recherche d’un nouveau maire intérimaire, qui restera en poste jusqu’aux élections du 3 novembre.


Contrairement à Laval, mise sous tutelle le mois dernier, l’administration de coalition montréalaise garde le contrôle sur la Ville, a noté Mme Harel : la direction générale et le comité exécutif de Montréal restent en place et leur intégrité n’est pas mise en cause.


Les élus croisés à l’hôtel de ville étaient en état de choc. Le conseiller de Snowdon et ami du maire, Marvin Rotrand, a dit croire que la carrière politique de Michael Applebaum était terminée. « M. Applebaum devra se battre pendant deux ou trois ans de sa vie pour tenter de démontrer son innocence. Ce sera bien au-delà des prochaines élections. »


Le président du comité exécutif de coalition, Laurent Blanchard, a aussi indiqué que la démission de M. Applebaum était « inévitable ».


 

Avec Guillaume Bourgault-Côté
 

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Deux autres accusés

Le maire Michael Applebaum a été arrêté lundi matin en même temps que deux autres présumés complices:

Saulie Zajdel, conseiller municipal de l’arrondissement Côte-des-Neiges -Notre-Dame-de-Grâce entre 1996 et 2009, alors que Michael Applebaum en était le maire. Candidat conservateur défait en 2011, il a ensuite été conseiller du ministre du Patrimoine, James Moore.

Jean-Yves Bisson, un ancien haut fonctionnaire de l’arrondissement Côte-des-Neiges -Notre-Dame-de-Grâce.

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Michael Applebaum

  • Né le 10 février 1963 (50 ans) de parents juifs orthodoxes.
  • Travaille dans le magasin de chaussures familial à Montréal dès l’âge de 13 ans, puis devient agent immobilier.
  • Se marie en 1984 ; le couple a trois enfants.
  • Élu pour la première fois conseiller municipal à Montréal le 6 novembre 1994, pour le défunt Parti des Montréalais.
  • Nommé au comité exécutif de Montréal en novembre 2009 par Gérald Tremblay.
  • Nommé maire par intérim le 16 novembre 2012, après la démission de Gérald Tremblay ; s’engage à ne pas briguer la mairie de Montréal.
  • Arrêté le 17 juin 2013 sous 14 chefs d’accusation criminels.
46 commentaires
  • Roland Guerre - Inscrit 18 juin 2013 03 h 13

    Tutelle

    La démission s'impose. Le gouvernement Marois ne peut faire l'économie a) d'une mise sous tutelle de la Ville, jusqu'au renouvellement de l'assemblée communale ; b) d'une réflexion sur les contrôles interne et externe de la gestion municipale. Le législateur doit se saisir de cette question, apporter de nouveaux outils aux futures assemblées.

    • Pierre Labelle - Inscrit 18 juin 2013 06 h 22

      Je ne vois pas en quoi une tutelle serait nécessaire à ce stade-ci. Il y a suffisamment d'élus honnêtes dans cette coalition qui dirige la ville, de hauts fonctionnaires, honnêtes eux aussi, pour que Montréal se rendre seul jusqu'à la prochaine élection.

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 juin 2013 10 h 52

      Assemblée communale? Vous vous croyez en France?

  • Marie-Claude Lefrancois - Abonnée 18 juin 2013 04 h 05

    La zizanie

    Les discordes et les abus de confiance créent la méfiance généralisée. Ça me rappelle Astérix, un gaulois tout comme nous, dans la bd "La zizanie". Hep! Quand on veut régner sur un peuple, rien de mieux que de le discréditer à ses propres yeux!

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 18 juin 2013 11 h 54

      ?

      «de le discréditer à ses propres yeux»?

      Qui est discrédité : les politiciens et les hauts fonctionnaires, municipaux, provinciaux, fédéraux? Donc, ceux qui règnent, pas ceux sur qui on règne.

      C'est plutôt un appel à une autonomisation des quartiers et des régions qui doit surgir de cette mascarade. Personnellement, je ne suis pas seulement honteux, j'ai beaucoup plus confiance en la fin prochaine de l'apathie.

  • Raymond MELKI - Inscrit 18 juin 2013 04 h 08

    Applebaum

    Les faits reprochés a ce maire sont suffisants pour qu'il soit jugé et condamné. Cependant, il n'y a aucune necessité de mentionner ses origines religieuses si ce n'est que de faire monter encore un peu la judéophobie.

    • Yves Perron - Inscrit 18 juin 2013 06 h 27

      On ne se gêne pourtant pas losqu'il s'agit de Québécois Francophones...
      Il n'y a jamais eu de judéophobie au Québec mais tous les jours on assiste à la Francophobie

    • Hélène Paulette - Abonnée 18 juin 2013 08 h 56

      @Melki:on peut mentionner les origines religieuses puisqu'içi il n'y a aucune séparation entre l'Église et l'État....

    • Solange Bolduc - Inscrite 18 juin 2013 09 h 18

      Il est bien difficile, M. Perron, de ne pas vous donner raison...j'y avais pensé justement !

    • Pierre Véronneau - Inscrite 18 juin 2013 10 h 42

      Toutes les nations on leur lot de gens formidables et aussi de minables , un chic type sera toujours un chic type et un corrompu un corrompu.... il faudrait parler de ce principe aux journaux canadians qui nous traitent continuellement de racistes nous (ethnie) Québécoise.... ce qui est bon pour pitou.............

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 18 juin 2013 11 h 55

      La diversité culturelle est une richesse, pour autant qu'on ne la biffe pas.

  • bernard pelladeau - Inscrit 18 juin 2013 04 h 18

    Lutte contre diverses corruptions politiques

    En France, une association nommée ANTICOR ( www.anticor.org ) dont le nom est évidemment le programme, a reçu des délégations internationales venues pour en étudier l'organisation.
    Au Brésil ~ où il y a beaucoup à faire ~ ANTICOR est bien connu.
    Le Président d'honneur est un ancien Magistrat à l'origine de la découverte de surfacturations en faveur de partis politiques. Cette association prospère !

    Bonne chance au Québec et au Canada

    Bernard Pelladeau ( cousin éloigné des Acadiens Péladeau )
    bernardpelladeau@wanadoo.fr

  • Pierre Labelle - Inscrit 18 juin 2013 05 h 53

    Le colatéral

    Oui les dommages collatéraux sont importants dans un cas comme celui-ci. Il y a bien sûr au premier plan sa famille, famille qui devra vivre les prochaines années avec une forme d'opprobe publique. Au delà de ses proches, M. Applebaum cause de par ses présumées actions malhonnête un tort incommensurable à l'ensemble de la société. Il vient nourrir un cynisme envers la classe politique qui était déjà beaucoup trop élevé, il est là le plus gros dommage.

    • Frédéric Jeanbart - Abonné 21 juin 2013 01 h 32

      On ne pense pas aux "dommages colatéraux" dans l'entourage d'un voleur que l'on emprisonne. Je ne vois pas pourquoi on devrait considérer cela ici, d'autant plus quand il s'agit de crimes ô combien plus grands qu'un vol de banque ou de bijouterie, quand on parle du trésor public (les taxes que l'on paye à la sueur de notre labeur) et de la trahison envers notre démocratie.