Les cyclistes dans la mire du SPVM

Les opérations policières visant les cyclistes se multiplient à Montréal, comme ici rue Rachel. «Oui, il est possible de se faire intercepter par la police quand on est un cycliste, rappelle l’inspecteur André Durocher, du SPVM. Les cyclistes ont peur de se faire intercepter, c’est ce qu’on veut. »
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les opérations policières visant les cyclistes se multiplient à Montréal, comme ici rue Rachel. «Oui, il est possible de se faire intercepter par la police quand on est un cycliste, rappelle l’inspecteur André Durocher, du SPVM. Les cyclistes ont peur de se faire intercepter, c’est ce qu’on veut. »

Une offensive sans précédent de la police de Montréal contre les cyclistes délinquants provoque la grogne des adeptes du vélo, qui dénoncent une « chasse aux tickets » sans réel impact sur la sécurité routière.


Une page Google Maps créée par un internaute, qui invite les cyclistes à rapporter les « spots à tickets » mis sur pied par la police, avait été vue près de 14 000 fois en deux jours, mercredi soir. Les cyclistes montréalais avaient identifié 49 endroits où le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a intercepté des vélos, surtout le long des pistes cyclables au centre-ville et dans les arrondissements du Plateau-Mont-Royal et de Rosemont -La Petite-Patrie.


La police a bel et bien décidé de sévir contre les cyclistes délinquants, en raison notamment de l’explosion du nombre de vélos, explique l’inspecteur André Durocher, du SPVM. Avec une certaine ironie, il se réjouit des campagnes de dénonciation de la police qu’on voit sur Facebook et Twitter : « Les cyclistes font une campagne de publicité formidable pour nous, dit-il. Oui, il est possible de se faire intercepter par la police quand on est un cycliste. Les cyclistes ont peur de se faire intercepter, c’est ce qu’on veut. »


François Croteau, maire de l’arrondissement de Rosemont -La Petite-Patrie, est d’accord pour que la police fasse la vie dure aux cyclistes délinquants. Comme bien d’autres Montréalais, il dit avoir eu de bien mauvaises rencontres avec des cyclistes qui roulent sur les trottoirs, qui brûlent les feux rouges ou qui frôlent les piétons aux intersections. Mais il ne faut pas mettre tous les cyclistes dans le même bateau, selon lui.


« Il y a de plus en plus de cyclistes à Montréal. Il va falloir s’y habituer, Montréal est vraiment une ville de cyclistes. On doit développer le réflexe de partager la chaussée », dit François Croteau. Il s’interroge sur la « répression systématique » mise de l’avant par le SPVM depuis deux semaines contre les cyclistes.


« Depuis le printemps, la seule chose qu’on voit, c’est des interventions auprès des piétons et des cyclistes. Je n’ai rien vu auprès des automobilistes. La police ne relève pas des maires d’arrondissement, mais je me fais le porte-parole des citoyens et je le dis : je ne suis pas d’accord avec ces méthodes-là », a-t-il affirmé au Devoir.

 

Des cyclistes «écoeurés»


Le maire Croteau n’est pas le seul à remettre en question le traitement réservé aux cyclistes par la police. Sur Facebook et Twitter, des dizaines de cyclistes ont rapporté depuis une semaine avoir été ciblés pour ce qu’ils considèrent comme « des broutilles » par le SPVM : absence de réflecteurs sur les pédales ou dans les roues, vélo à pignon fixe muni d’un seul frein avant (qui est pourtant jugé efficace par les connaisseurs), ou encore interdiction de rouler sur un trottoir pour se rendre à une station de BIXI… située sur un trottoir.


De telles infractions démontrent que le Code de la sécurité routière « a des lacunes et n’est pas adapté à la réalité », note Pierre-Luc Auclair, porte-parole de la Coalition vélo Montréal, créée récemment pour faire valoir les droits des cyclistes.


François Croteau demande aux policiers de faire preuve de discernement. Le maire d’arrondissement dit avoir eu une plainte d’un citoyen arrêté en vélo sur le trottoir, sous le viaduc du boulevard Saint-Laurent près de la rue de Bellechasse, où se déroulent d’importants travaux routiers. Les vélos qui roulent en direction sud n’ont aucune voie où rouler. Plutôt que de donner des constats d’infraction aux cyclistes, la police pourrait simplement se placer à l’entrée du trottoir et leur dire de marcher à côté de leur vélo, explique-t-il.


« Des méthodes policières comme celles-là, ça écoeure le monde », a réagi Stéphane Guidoin, un père de famille qui se déplace à vélo depuis 10 ans à Montréal. Il note qu’avec la masse critique de vélos qui s’est emparée des rues depuis quatre ou cinq ans, la sécurité a augmenté, sous la pression des cyclistes qui suivent le Code de la route. « Avec la répression, la police risque de décourager l’utilisation du vélo, ce qui nuirait à la sécurité », déplore Stéphane Guidoin.


Les statistiques du SPVM semblent confirmer que plus le nombre de cyclistes augmente, plus les accidents diminuent. Le nombre d’accidents impliquant un vélo à Montréal est passé de 824 en 2005, à 635 en 2011, alors que le nombre de cyclistes augmente de 10 % à 20 % par année, selon les chiffres de la Ville. Les cyclistes étaient en cause dans trois des quatre collisions mortelles impliquant des vélos survenues en 2011, souligne le rapport annuel de 2012 du SPVM.

 


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