Commission Charbonneau - Le cartel de l’asphalte expliqué

L’entrepreneur Gilles Théberge a affirmé jeudi devant la commission Charbonneau avoir payé le prix de son implication dans la collusion : le 15 juin 2000, sa voiture a explosé en pleine nuit.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’entrepreneur Gilles Théberge a affirmé jeudi devant la commission Charbonneau avoir payé le prix de son implication dans la collusion : le 15 juin 2000, sa voiture a explosé en pleine nuit.

L’octroi des contrats d’asphaltage était régi par une collusion totale dans la grande région de Montréal à partir de l’an 2000. Et le mal persisterait encore aujourd’hui pour les contrats du ministère des Transports du Québec (MTQ).


L’entrepreneur Gilles Théberge a levé le voile sur un cartel petit mais redoutable d’efficacité, jeudi à la commission Charbonneau.


En 2000, les présidents de Simard-Beaudry (Tony Accurso), de DJL (Jean-Paul Dupré), de Sintra (Daniel Ducroix) et de Beaver Asphalte (Joseph Carola) ont convenu ensemble « d’harmoniser » le marché de l’asphalte à Montréal, sur la Rive-Sud et possiblement sur la Rive-Nord.


Les quatre producteurs de bitume ont arrêté une stratégie pour fixer le prix plancher des matériaux, établir le volume de production de chaque usine et se répartir les territoires. « Il fallait que tout le monde en ait un peu », a dit M. Théberge. Sintra a hérité du marché de Montréal et de la Rive-Sud, jusqu’à Saint-Jean-d’Iberville.


La collusion a fait grimper les marges de profit à 30 %, comparativement à 4 à 8 % dans un marché libre. L’asphalte était vendu 50 $ la tonne pour les contrats publics, soit 10 $ de plus que pour les contrats privés.


M. Théberge était mal à l’aise avec cette stratégie. En matière de collusion, trop, c’est comme pas assez, a-t-il expliqué. « Je trouvais ça trop gros. On touchait à beaucoup de monde. […] C’était très compliqué et très fastidieux d’essayer de démêler ça et de satisfaire tous les producteurs d’asphalte », a-t-il dit.


Attentat à la bombe


Gilles Théberge est le quatrième collaborateur consécutif de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) à témoigner devant la commission Charbonneau. Il possède le même statut que Jean Roberge, Roger Desbois et Marc Gendron. Il est cité comme un coconspirateur dans l’acte d’accusation visant Gilles Vaillancourt et ses 36 présumés complices, mais il n’a pas été accusé en raison de son aide apportée à la police.


Gilles Théberge a payé le prix de son implication dans la collusion. Le 15 juin 2000, sa voiture a explosé en pleine nuit. La bombe était assez puissante pour que le pavé uni renfonce de 30 cm sous le point d’impact. L’incident a marqué la fin de son association avec Sintra.


Avant même d’appeler la police, M. Théberge a réveillé son patron, Daniel Ducroix, pour lui reprocher d’être allé « trop loin » dans la collusion. Le lendemain, il a questionné Tony Accurso, qu’il avait croisé le 14 juin lors de l’ouverture de son restaurant, L’Onyx. M. Accurso ignorait tout de l’attentat.


M. Théberge a aussi posé des questions à Giuseppe Borsellino, le patron de Garnier, avec qui il avait eu maille à partir à L’Onyx. M. Borsellino convoitait un contrat de 3,3 millions dans l’arrondissement de Saint-Laurent et souhaitait que Sintra lui laisse le champ libre. M. Borsellino a aussi nié toute participation dans l’attentat.


« J’ai toujours cherché à savoir, mais je n’ai jamais trouvé », a dit M. Théberge. De lourds soupçons pèsent sur Nicolo Milioto, dépeint à la commission comme l’intermédiaire de la mafia auprès des entrepreneurs. « M. Trottoir » l’avait déjà averti de ne pas soumissionner sur les contrats d’aqueducs et d’égouts à Montréal, un marché réservé aux entrepreneurs de souche italienne.


Une semaine avant l’attentat, des vandales avaient cassé les vitres chez les voisins de M. Théberge, des gens sans histoire. M. Théberge a fait sa petite enquête auprès de Nicolo Milioto pour savoir s’il était au courant de l’incident. L’ex-patron de Mivela lui a dit que ses voisins avaient été ciblés par erreur, que « l’avertissement » lui était destiné.


M. Théberge avait la réputation de tenir tête aux entrepreneurs italiens et de ne pas toujours s’écarter pour leur laisser le champ libre. Son témoignage reprendra lundi.

 

Contrat par contrat


En matinée, Marc Gendron a terminé son témoignage en enfonçant le dernier clou dans le cercueil de Gilles Vaillancourt.


L’ex-maire de Laval, accusé de gangstérisme, était parfaitement au courant et en contrôle du cartel des entrepreneurs. Une fois l’an, durant les vacances de Noël à Miami, Marc Gendron et Gilles Vaillancourt passaient en revue la liste des entrepreneurs en retard et en avance dans le paiement des ristournes destinées au PRO des Lavallois.


Le nom de Tony Accurso revenait souvent dans la liste des retardataires, mais l’ex-patron de Simard-Beaudry et Louisbourg bénéficiait d’un statut particulier. M. Vaillancourt entretenait des liens d’amitié très forts avec lui. Il disait à Marc Gendron : « C’est correct, achale-le pas. »


L’ex-ingénieur a semblé mal à l’aise de parler de Tony Accurso devant la commission Charbonneau. Il a relaté une rencontre digne d’un film hollywoodien avec l’entrepreneur qui l’avait appelé, en 2000, en lui disant : « Viens, j’ai de l’argent pour le parti. » M. Gendron l’avait rejoint dans le stationnement de L’Onyx. « Il faisait noir », se souvient-il. M. Accurso lui avait tendu une valise en lui disant : « Il y a 200 000 $ là-dedans [pour le PRO]. »


De 1996 à 2003, M. Gendron estime qu’il a collecté 1,5 million de dollars auprès de 12 entreprises. Il s’adressait directement à Gilles Vaillancourt pour savoir à qui redistribuer les ristournes. Il a remis de 700 000 à 800 000 $ au frère du maire, Guy Vaillancourt (accusé de fraude dans le projet Honorer). Il a aussi distribué 400 000 $ à l’avocat de M. Vaillancourt, Robert Talbot, et 50 000 $ à l’agent officiel du parti, Jean Bertrand. Les deux hommes sont accusés de fraude. À trois reprises, M. Gendron a remis des enveloppes de 8000 à 10 000 $ à M. Vaillancourt.


M. Gendron a touché peu de pots-de-vin pour lui-même. Son rôle lui a permis de consolider la part de marché de Tecsult (aujourd’hui AECOM) à Laval.

3 commentaires
  • Jacques Dumont - Inscrit 24 mai 2013 08 h 27

    Question?

    Il est clair qu'il y avait collusion dans l'asphalte M.théberge le confirme.
    Les fabriquants fixaient le prix de base et s'entendaient sur les secteurs et quantités a partagé
    mais pour avoir travailler dans le domaine je me demande s'il n'y avait aussi collusion dans le procedé de fabrication,la recette

    pourquoi au Québec une si pietre qualitée d'asphalte

    un gateaux peu être délicieux cuit a point, mais trop cuit

    l'asphalte est composé de sable de pierre de différente grosseur selon le produit soit MB6 ou MB7 et et d'une collasse résidu du pétrole et de lian chimique produit par Bitumar
    tout ceci amené a une température X mais quest-ce qui arrive si on surchauffe.

    et M.Théberge dans son témoignage dit qu'il y avait collusion, je dirais plus cartel

  • GERARD LAMONTAGNE - Inscrit 24 mai 2013 10 h 42

    Les contrôles de qualité

    Dans le domaine de fabrication du béton bitumineux pour le MTQ, les contrôles sont extrêmement sévères.
    Pour ce qui est des municipalités, elles engagent des laboratoires pour vérification du produit et de la qualité de la mise en oeuvre.
    Les fabricants sont obligés d'avoir leur propre contrôle de qualité.
    La partie la plus difficile à contrôler est la qualité du bitume provenant des rafineries.
    Les usines de fabrication utilisent toujours la même qualité, même s'ils changent de formule.
    Il serait trop difficile de change de recettes par client; l'asphalte ne se fait pas dans une cafetière.

  • Jacques Dumont - Inscrit 24 mai 2013 16 h 03

    Dans un monde parfait

    Je comprend votre argument M.Lamontagne mais la comm.Charbonneau nous montre que même des inspecteurs de chantier savait quand fermé les yeux,que des ingénieurs participait a ses magouilles qui nous dit que certains laboratoires ne faisaient pas de complaisance.
    on augmente la température a des degrés élevés et le produit se dégrade et la nature fait le reste du travail, abrasif de route(sel calcium) gel, dégel et a la place de durée 15 ou 20 ans apres7ou8ans les nids de poules apparaissent
    vous le dite vous même"les fabricants sont obligés d'avoir leur propre contrôle de qualité. se qui est tres inquietant il faisait partit du cartel

    une belle façon de s'assurer des contrats pour longtemps