Montréal: l'avis d'ébullition serait prolongé jusqu'à vendredi

Des touristes allemands se désaltéraient mercredi avant-midi au bord de la fontaine de la place Vauquelin, à côté de l’hôtel de ville de Montréal. Le bassin venait d’être rempli d’une eau d’une couleur douteuse, ressemblant à celle s’écoulant des robinets d’une grande partie des immeubles de la métropole.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des touristes allemands se désaltéraient mercredi avant-midi au bord de la fontaine de la place Vauquelin, à côté de l’hôtel de ville de Montréal. Le bassin venait d’être rempli d’une eau d’une couleur douteuse, ressemblant à celle s’écoulant des robinets d’une grande partie des immeubles de la métropole.

Déjà aux prises avec des pannes de métro à répétition et des infrastructures en décrépitude, voilà que les Montréalais ont eu droit, mercredi, à une eau brunâtre sortant du robinet. Tout en soutenant que les risques pour la santé sont limités, la Ville de Montréal a publié un avis d’ébullition d’une ampleur sans précédent touchant plus de 1,3 million de personnes, avis qui pourrait être maintenu jusqu'à vendredi matin.

Ce sont des travaux de mise aux normes de l’usine de production d’eau Atwater, située dans l’arrondissement du Sud-Ouest, qui sont à l’origine des problèmes de qualité de l’eau.


La directrice principale du Service de l’eau de la Ville de Montréal, Chantal Morissette, a expliqué que dans le cadre des travaux effectués à l’usine Atwater, le niveau du réservoir d’eau principal avait été trop abaissé - pour une raison qui reste à éclaircir -, faisant en sorte que des particules accumulées au fond du bassin se sont retrouvées en suspension. L’eau brouillée a rapidement envahi le réseau d’aqueducs.


La Ville a d’abord émis un avis d’ébullition de l’eau pour les arrondissements de Verdun et du Sud-Ouest, mais comme l’usine Atwater est connectée à celle de Charles-J.-Des Baillets, située à LaSalle, la zone visée a rapidement été étendue. À 11 h, la Ville a élargi le territoire visé pour toute la zone située au sud de l’autoroute métropolitaine, de LaSalle à Pointe-aux-Trembles, incluant les arrondissements d’Anjou et de Villeray -Saint-Michel -Parc-Extension, ainsi que la ville de Charlemagne et les villes liées de Mont-Royal, Hampstead, Westmount, Côte-Saint-Luc et Montréal-Est. À 14 h 15, Saint-Laurent et Montréal-Ouest se sont ajoutés à la liste.


Mesures préventives


L’alerte a fait en sorte que 1,3 million de personnes doivent s’abstenir de boire l’eau du robinet, du jamais vu à Montréal. La Ville a recommandé de faire bouillir l’eau à gros bouillons pendant une minute pour la consommation, la cuisine et le brossage de dents. Il n’est pas nécessaire de faire bouillir l’eau pour la douche, le bain, la lessive et la vaisselle, pourvu que celle-ci soit bien asséchée par la suite. « Ce sont des mesures préventives. Dans les échantillons, on n’a pas constaté la présence de micro-organismes. Si jamais les gens sont inquiets parce qu’ils ont bu de l’eau et qu’ils peuvent avoir des symptômes, on leur demande de contacter Info-Santé », a indiqué Mme Morissette, qui a évoqué la possibilité de maux de ventre et de gastro-entérite.


Mais les risques pour la santé seraient limités, car il s’agit plutôt d’un problème de particules en suspension et l’eau contenue dans le réservoir avait déjà été traitée et chlorée, a indiqué Chantal Morissette : « Le règlement sur la qualité de l’eau potable nous dit qu’on devrait avoir tout le temps un taux inférieur à cinq unités de turbidité. Comme on a mesuré cinq au niveau de l’usine Atwater, on a publié un avis d’ébullition préventif. »


L’avis d’ébullition sera maintenu pendant au moins 24 heures. Des échantillons d’eau ont été prélevés sur tout le territoire, mais les résultats d’analyses bactériologiques ne devraient être connus qu’en fin de journée jeudi.

 

Casse-tête logistique


L’avis d’ébullition a forcé les hôpitaux à prendre des mesures d’urgence. Au CHUM, des bouteilles d’eau ont été distribuées dans les trois hôpitaux afin de constituer des réserves pour 48 à 72 heures. Les méthodes de stérilisation des instruments ont été revues, tout comme les procédures d’hygiène. « Pour l’instant, moins d’une vingtaine de chirurgies ont été reportées de façon préventive », a indiqué Isabelle Lavigne, conseillère en communication au CHUM.


À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), le plan d’urgence a été enclenché et toutes les directions d’établissement, secrétaires et responsables des services de garde ont été alertés. « On leur a envoyé un courriel pour leur dire de ne pas boire d’eau », a dit Alain Perron, le porte-parole de la CSDM. « Les enfants peuvent boire du lait, du jus. Ils ont d’autres façons de s’hydrater, a-t-il ajouté. On évalue la situation au fur et à mesure. »


Cette alerte a causé la fermeture du Centre de la petite enfance (CPE) Parminou, à Verdun. Thierry Lemoine, directeur du CPE, a constaté qu’il y avait un problème avec l’eau très tôt le matin. « L’eau qui sortait des robinets était brune. On n’a pas voulu prendre de chance et on a décidé de fermer le CPE », a-t-il raconté au Devoir. C’est 80 enfants qui ont dû être retournés à leurs parents. M. Lemoine a appelé la Ville dès qu’il a constaté l’anomalie. « On m’a effectivement dit qu’il y a une usine de filtration d’eau qui ne marchait plus depuis 6 h », a-t-il expliqué.


L’avis d’ébullition pour le Sud-Ouest et Verdun n’a été diffusé sur le réseau CNW qu’à 10 h, mais les arrondissements avaient la responsabilité d’alerter les hôpitaux, écoles et CPE dès que l’avis a été connu, soit entre 6 h 30 et 7 h 30, a soutenu Valérie De Gagné, de la Division des affaires publiques de la Ville.


Les restaurateurs ont dû eux aussi ajuster leurs façons de faire, mais François Meunier, vice-président aux affaires publiques à l’Association des restaurateurs du Québec, n’a pu préciser si les consignes avaient été suivies dans tous les établissements touchés, puisqu’à sa connaissance, ceux-ci n’ont appris l’existence d’un avis d’ébullition que par les médias. « C’est une contrainte majeure. Il était hors de question d’utiliser l’eau de la Ville pour les fontaines de boissons gazeuses et pour le café. […] Je ne peux pas vous assurer que tout est nickel partout. »


Moisissures


La Ville de Montréal soutient que les problèmes rencontrés mercredi matin n’ont aucun lien avec l’infestation aux champignons d’une salle de l’usine Atwater révélée l’an dernier par La Presse. Rappelons que la Ville avait lancé un appel d’offres pour la désinfection de la salle. La plus basse proposition reçue, celle de Louisbourg SBC (liée à l’homme d’affaires Tony Accurso), était 88 % plus élevée que l’estimation de la Ville, et celle-ci avait dû relancer l’appel d’offres. « Le problème de moisissures qu’on a trouvé à l’usine Atwater était à l’extérieur des conduites d’eau filtrée. Elles n’étaient pas du tout en contact avec l’eau potable. Donc, c’est vraiment deux événements distincts », a précisé Chantal Morissette.


Quant aux travaux de mise aux normes de l’usine Atwater, ils ont nécessité des investissements de 150 millions au cours des quatre dernières années. Les entreprises de Tony Accurso ont d’ailleurs remporté plusieurs contrats liés à ce projet.


 

Avec la collaboration de Marco Fortier et de Lisa-Marie Gervais

36 commentaires
  • Hélène Pelletier - Abonné 23 mai 2013 03 h 06

    Tout va très bien

    "Si jamais les gens sont inquiets parce qu’ils ont bu de l’eau et qu’ils peuvent avoir des symptômes, on leur demande de contacter Info-Santé », a indiqué Mme Morissette, qui a évoqué la possibilité de maux de ventre et de gastro-entérite."

    Appeler Info-Santé, oui, car de toute façon les gens n'ont plus de médecin de famille... On est dans de très beaux draps.

    • André Berthelot - Inscrit 23 mai 2013 05 h 44

      et pas moyen de les laver

  • Claude Gagnon - Inscrit 23 mai 2013 06 h 10

    Eau pas potable

    Le jour où les gens ne pourront plus boire et manger, ils s'intéresseront indéfectiblement à ceux qui les gèrent de façon plus sérieuse et plus soutenue. Ça prend ça pour sortir une population confinée au comfort et à l'indifférence. Oui bien sûr, on aime les spectacles comme la Commission Charbonneau. Mais pour en faire quoi ? Pour ensuite voter Applebaum et Couillard !!!

    • Marie-M Vallée - Inscrite 23 mai 2013 08 h 45

      Ou encore pour Coderre et Trudeau.

    • Martin Richard - Inscrit 23 mai 2013 12 h 37

      ou encore plussss pire, Marois. Là, on atteint le fond. Du puit.

      martin richard
      mtl

  • Vincent Bussière - Inscrit 23 mai 2013 07 h 44

    Comme l'administration!

    Voilà que comme l'administration municipale, l'eau de Montréal est corrompue!

    • SIMON LEGAULT - Inscrit 23 mai 2013 11 h 03

      On voit bien ici que tout s'est "embrouillé" lors des fusions et défusions, c'est facile de mettre sur papier des règles et politiques générales mais au détriment de l'administration et de la gestion...

  • Stanislas Vézina - Inscrit 23 mai 2013 07 h 47

    Situation pour le moins particulière

    Il y aurait peut-être lieu de se questionner sur la gestion de Montréal pour en être à cette situation.

  • Sylvain Fourier - Inscrit 23 mai 2013 07 h 49

    Presque cent ans...

    Il y a presque cent ans que les gens de nos campagnes sont arrivés à Montreal pour venir y travailler, ce qui a créé les quartiers centraux avec la premiere guerre mondial, un petit problème comme l'eau et nous verrons une popullation sortir de la ville pour y trouver la survie par l'autonomie alimentaire par un puit naturel. Bonne journée. Président de http://www.parking-alerte.com

    • Jean Richard - Abonné 23 mai 2013 08 h 37

      Ah ! Oui ?

      Fuir à la campagne pour y chercher de l'eau potable ? Ce n'est probablement pas la bonne solution car des avis d'ébullition de l'eau, ça n'a rien de nouveau pour bien des petites villes, en campagne comme en banlieue. Bien des sources d'eau y ont été contaminées, soit par l'industrie, soit par l'agriculture. Ça se fait sans bruit car ça ne touche que quelques milliers de personnes à la fois.

      Et puis, cet avis fera la fortune des vendeurs d'eau en bouteilles, eau qui dans bien des cas vient du réseau montréalais.

    • Robert Dufresne - Inscrit 23 mai 2013 09 h 09

      Et quelqu'un de la Campagne vous répond ceci : Dans ma village sur la Côte-Nord il y a un avis d'ébulition par mois et l'eau a une teinte jaunatre à l'année. Il n'y a eu qu'un avis d'ébulition depuis que Montréal traite son eau, c'est quoi le problème ?

      Je constate que les gens de Montréal exagèrent et vous qui proposez un puit croyez-vous que les gens dans les villes ont la possibilité de forer un puit ? Il y a des limites à se plaindre le ventre plein.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 mai 2013 09 h 34

      Un puits naturel peut aussi être contaminé. Parlez-en aux gens de Mercier, ou à tous ceux qui vivent près des zones de fracturation hydraulique.

    • Mathieu Tremblay - Inscrit 23 mai 2013 11 h 31

      C'est vrai, l'eau de la Yamaska est tellement appétissante!