Coderre promet un «coup de barre»

Des militants du FRAPRU et des opposants au règlement P-6 ont fait du bruit et interrompu Denis Coderre tout au long de la conférence de presse.
Photo: - Le Devoir Des militants du FRAPRU et des opposants au règlement P-6 ont fait du bruit et interrompu Denis Coderre tout au long de la conférence de presse.

Denis Coderre compte mener une des campagnes les plus simples et les moins coûteuses jamais vues au Québec dans l’espoir de conquérir la mairie de Montréal. Entouré d’une poignée d’élus municipaux - et d’une trentaine de manifestants, dont certains étaient masqués -, le député fédéral a promis jeudi de «donner un coup de barre» pour ramener Montréal sur la bonne voie.

L’aspirant maire s’est décrit comme un « rassembleur », un « chef d’orchestre » qui redonnera à Montréal son statut de grande métropole. Il s’est engagé entre autres à rétablir l’intégrité à l’Hôtel de Ville, à réformer la gouvernance en réduisant le nombre d’élus, puis à développer les transports en commun. La nomination d’un « inspecteur général », chargé de lutter contre la corruption à la mairie, figure au centre de ses priorités.


« Montréal a besoin d’administrateurs compétents et, surtout, intègres qui sauront proposer une vision d’avenir à leurs concitoyens. Les Montréalais ont besoin d’un nouveau leadership qui va les respecter, les consulter et tenir compte de leur opinion. C’est ce que je m’engage à faire », a dit Denis Coderre, dans un parc situé devant l’hôtel de ville.


« Contrairement à ce que plusieurs pensent, Montréal n’a pas besoin d’un sauveur, elle a besoin d’un leader, d’un rassembleur compétent et inclusif, d’un chef d’orchestre. Je serai ce chef d’orchestre », a-t-il ajouté.


En entretenant le suspense durant des mois sur son éventuelle candidature, Denis Coderre a créé d’énormes attentes. Plusieurs croyaient qu’il présenterait une impressionnante brochette de candidats, mais ça n’a pas été le cas : M. Coderre était entouré d’une demi-douzaine d’élus montréalais et des deux coprésidents de son équipe, Anie Samson (mairesse de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension) et Pierre Bélanger, ancien ministre de la Sécurité publique dans le gouvernement de Lucien Bouchard - M. Bélanger est devenu conseiller au cabinet de relations publiques National.


Manifestants bruyants


Une quarantaine de manifestants ont perturbé l’événement, qui s’est déroulé en plein air, dans un parc. Denis Coderre voulait ainsi démontrer qu’il est un « gars du peuple », capable de parler au « vrai monde ». Des militants du FRAPRU (Front populaire en réaménagement urbain) et des opposants au controversé règlement P-6 ont fait du bruit et interrompu le politicien tout au long de la conférence de presse.


Deux manifestants masqués se sont placés derrière M. Coderre, dans le champ de vision des caméras de télévision. Avant de parler au public, l’aspirant maire a tenté d’enlever le masque d’un des militants. Les deux hommes ont été arrêtés par la police peu après la conférence de presse. Un autre manifestant de 85 ans a été impliqué dans une bousculade avec la police, sur le trottoir près de l’hôtel de ville. Une ambulance a été appelée pour porter secours au vieillard.


Sous les cris des militants, Denis Coderre a déclaré fermement qu’il appuie le règlement P-6, qui oblige les manifestants à révéler leur itinéraire à la police. L’aspirant maire a aussi dénoncé le port de masques par les militants.

 

Une campagne en 140 caractères


Denis Coderre compte mener une « campagne minceur jamais vue au Québec », expliquent des stratèges de son équipe. Il mise sur ses 105 000 abonnés Twitter et sur ses milliers d’amis Facebook pour le propulser vers l’Hôtel de Ville aux élections du 3 novembre. Son parti, Équipe Denis Coderre, fonctionnera sans aucune permanence, sans aucun employé et avec un budget extrêmement réduit. Le chef n’imposera aucune ligne de parti à ses élus, sauf sur des dossiers bien ciblés.


En plus des deux coprésidents de sa campagne, une poignée d’élus montréalais étaient présents à l’événement de jeudi. Parmi eux, on note Gilles Deguire, maire indépendant de Montréal-Nord. « On est en démarrage. Donc, les grandes orientations, c’est de faire consensus et de partager avec les meilleurs éléments de tous les partis et de former une équipe autour de Denis », a dit M. Deguire.


Les conseillers indépendants Monica Ricourt, Franz Benjamin, Dominic Perri et Catherine Clément-Talbot se trouvaient aussi sur place. Denis Coderre compte recruter la moitié de ses candidats chez les élus actuels à l’Hôtel de Ville. L’autre moitié représentera du sang neuf, hors des rangs politiques.


Le nouveau parti s’attend à obtenir le feu vert du Directeur général des élections aussi tôt que la semaine prochaine. L’Équipe Coderre pourra ainsi commencer à recruter des membres en bonne et due forme et à solliciter des dons - à coups de 100 $ maximum, a expliqué Denis Coderre.


Dans les prochaines semaines, le candidat à la mairie se donnera un slogan, une image et un site Web, mais ne tiendra aucun congrès de fondation, selon un stratège. Un grand rassemblement partisan lancera officiellement la campagne. Denis Coderre passera l’été à courir les barbecues, les festivals et les événements publics.


Les adversaires de Denis Coderre à la mairie ont dénoncé le manque de contenu de sa conférence de presse. « Ce qui m’a le plus étonné, c’est qu’il y avait si peu de monde autour de lui. Lui qui se présente comme un rassembleur », a dit Louise Harel, chef de Vision Montréal.


 

Avec Jeanne Corriveau

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