Le spectre des défusions revient hanter Montréal

La proposition de M. Legault suggère, entre autres, la réunion des arrondissements d’Outremont et du Plateau-Mont-Royal. Une idée qui ne fait pas l'unanimité chez les maires concernés.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La proposition de M. Legault suggère, entre autres, la réunion des arrondissements d’Outremont et du Plateau-Mont-Royal. Une idée qui ne fait pas l'unanimité chez les maires concernés.

Le débat sur les défusions municipales à Montréal, qu’on croyait mort et enterré depuis près d’une décennie, vient de refaire surface. Piqués au vif par l’hypothèse d’une fusion d’arrondissements assortie d’une réduction du nombre d’élus, des maires brandissent la menace de défusion et d’un retour aux frontières des anciennes villes.

C’est le cas des maires d’Anjou et d’Outremont, où la simple évocation d’une fusion d’arrondissements par le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, suscite un profond malaise. La proposition de M. Legault, qui suggère la réunion des arrondissements d’Outremont et du Plateau-Mont-Royal, a fait bondir la mairesse d’Outremont, Marie Cinq-Mars, outrée qu’après les promesses faites au moment des défusions en 2005, on puisse envisager de balayer sous le tapis son arrondissement. « En 2005, on a menti aux citoyens d’Outremont. On leur a demandé s’ils voulaient demeurer un arrondissement à l’intérieur de Montréal. Les Outremontais ont été bernés. L’unique solution pour Outremont est de défusionner », a-t-elle écrit dans un communiqué rageur diffusé mardi.


Jointe par Le Devoir quelques heures plus tard, Mme Cinq-Mars était encore furieuse. « Plus ça va, moins Montréal a l’air de nous vouloir », lance-t-elle en indiquant qu’avant de régler le sort d’Outremont, il faudra consulter ses citoyens et leur offrir la défusion. « Non seulement les fusions municipales ont été un échec, mais elles n’ont pas permis de réaliser des économies d’échelle en 2002. »


La nostalgie de l’avant-2002 n’est pas très loin à Anjou non plus. « S’il y a quelque chose à changer concernant ce que les gens ont accepté en 2003, durant les référendums, je crois qu’on devrait demander aux citoyens s’ils veulent rester dans la ville de Montréal ou revenir comme ils étaient. Les villes défusionnées ne sont pas malheureuses du tout et elles gèrent mieux leurs finances », soutient le maire Luis Miranda.


« Tous les jours, je croise des citoyens dans la rue qui me demandent quand Anjou va sortir de cette ville. Je crois même que, la prochaine fois, il sera encore plus facile de faire la défusion », ajoute M. Miranda. À ses yeux, la réunion proposée d’Anjou et de RDP-PAT démontre le caractère improvisé de la suggestion de M. Legault. Un mariage Anjou -Saint-Léonard serait démographiquement plus naturel, croit-il, même s’il trouve l’idée inacceptable.


La mairesse de LaSalle - dont l’arrondissement pourrait être fusionné à celui de Lachine, selon le plan proposé par M. Legault - croit elle aussi que, si on procède à la réunion de plusieurs arrondissements ou qu’on leur retire des pouvoirs, il faudra demander aux citoyens s’ils souhaitent toujours rester au sein de la Ville de Montréal. « Si on change les règles du jeu en cours de route, on se doit de consulter les citoyens. Je ne parle pas seulement des arrondissements des anciennes banlieues, mais aussi de ceux de l’ex-Ville de Montréal », précise Manon Barbe. Le pire, ajoute-t-elle, c’est que de tels changements ne résoudraient pas les problèmes structurels de Montréal.

 

Saint-Léonard, Montréal-Nord et Verdun


Quand on souligne au maire de Montréal-Nord que, selon le scénario de M. Legault, son arrondissement pourrait être fusionné avec celui de Saint-Léonard, il soupire. « Je pense que M. Legault cherchait une occasion de se faire voir et de se faire entendre - ça faisait longtemps qu’on ne l’avait vu. Il a choisi le territoire de Montréal pour se positionner », explique Gilles Deguire.


S’il n’évoque pas les défusions, M. Deguire croit que des ajustements quant aux limites territoriales des arrondissements pourraient éventuellement être faits, à tête reposée. À titre d’exemple, il cite le cas d’un secteur dans la partie ouest de RDP-PAT qui pourrait être annexé à Montréal-Nord pour faciliter la livraison de services. « Mais ce n’est pas moi qui vais dire que je vais prendre un secteur de Rivière-des-Prairies, explique-t-il. C’est un débat qui mérite d’être fait au moment opportun. Personne n’est contre la vertu. Je ne pense pas que ce soit la préoccupation première des citoyens. J’en rencontre beaucoup sur le terrain. Personne ne me parle de ça. Ce qui les intéresse, ce sont les services de proximité et ils veulent quelqu’un d’intègre et sans reproches. »


Pour sa part, l’ancien maire de Verdun Claude Trudel s’étonne que la CAQ ait songé à fusionner Verdun au Sud-Ouest, un arrondissement de l’ancienne Ville de Montréal. Selon lui, une alliance Lachine-Verdun-LaSalle, trois anciennes villes de banlieue, apparaît plus naturelle. Cela dit, il ne croit pas que les défusions soient la voie à suivre. « Il faut évoluer. Je pense qu’on ne peut pas faire l’économie de ce débat-là au cours des prochaines années. »

 

Le Plateau


Le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, croit envisageable une fusion de son arrondissement avec celui d’Outremont malgré leurs différences. « Pour 75 % des activités, oui, ils peuvent être fusionnés », croit-il. Mais il se rebiffe contre une centralisation des services aux citoyens par l’administration montréalaise. « La centralisation de services de proximité, ça ne peut pas marcher. C’est comme s’il y avait une recette magique de la droite. » Au passage, il ne manque pas de dénoncer la tendance qu’ont les éditorialistes à le citer comme un exemple du « dysfonctionnement » de la Ville de Montréal.


Vision Montréal et Projet Montréal s’entendent pour dire qu’il faut réduire le nombre de conseillers municipaux et le nombre d’arrondissements. Mais la plupart des maires consultés par Le Devoir estiment que mettre la hache dans le nombre d’élus n’est pas nécessairement une solution. Toronto ne compte que 45 élus, mais le personnel politique y est plus important aussi. « À Toronto, chaque élu dispose d’un budget de 250 000 ou 300 000 $ pour engager du personnel politique. Quand on fait le total, on arrive au même résultat qu’à Montréal », fait remarquer Luis Miranda.


D’autres diront que, si on réduit le nombre d’élus à Montréal, il faudra faire de même dans les 15 villes liées de l’île de Montréal, qui comptent 106 élus pour une population d’un peu plus de 200 000 habitants, comparativement à 103 élus pour Montréal avec ses 1,6 million d’habitants.


Pour l’instant, tous ces scénarios demeurent hypothétiques, mais nombreux sont les élus montréalais à dire que, tôt ou tard, il faudra faire le débat. Le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, a indiqué, plus tôt cette semaine, que ce sera aux nouveaux élus montréalais de se prononcer. « Nous avons pris l’engagement de ne pas retoucher aux structures dans un avenir proche », a-t-il indiqué lundi. Selon lui, il appartient aux élus montréalais de faire des choix. Le cas échéant, le gouvernement sera à leur écoute.

21 commentaires
  • Marc Collin - Inscrit 16 mai 2013 02 h 49

    normal...

    des têtes vont tomber... la haute instance a peur

  • Andre Cloutier - Inscrit 16 mai 2013 05 h 32

    Les ROITELETS

    Les roitelets se positionnent au détriment du bon sens. Vive la gouvernabilité loufoque! Pourquoi à Montréal, devons-nous continuer à engraisser ce nombre incroyable de parasites? Est-ce que le nombre d’élus a eu une incidence à courber la corruption? Hélas non, cela n’a servi qu’à entériner des décisions «clé en main». Il faut un ménage institutionnel qui a à cœur les intérêts de la population montréalaise. Peu importe de qui est venu l’idée de la restructuration, la dénigrer tendancieusement ne fait que démontrer que l’on continue dans la politicaillerie pour en faire oublier le bon sens.

    • Sylvain Auclair - Abonné 16 mai 2013 08 h 01

      Les roitelets ne sont-ils pas plutôt dans les petites villes de banlieue défusionnées?

    • Yves Perron - Inscrit 16 mai 2013 10 h 07

      Il n'y a qu'au Québec où les fusions sont un problème. On demande à des maires s'ils veulent bien accepter qu'on abolisse leur royaume...Imaginez vous qu'ils seront d'accord?
      Les Libéraux pour se faire élire ont oiuvert une boite de pandores et nous sommes pris avec les conséquences. tant qu'on aura pas un Gouvernement avec des couilles, pour régler ça de façon définitive. on aura plein de petits roitelets qui feront la guerre pour conserver leurs royaumes à nos dépens. Toronto a réglé ça il y a longtemps et ils ne s'en portent que mieux.

  • Claude Dulac - Inscrit 16 mai 2013 06 h 03

    Legault digne successeur créditiste

    Monsieur Legault devant la grogne à l'interne de ses députés sur son manque de qualité de chef de parti politique a choisit d'intervenir sur un dossier Montréalais pour éluder le problème.

    C'est aux élus de Montréal de profiter de la prochaine élection municipale de proposer des changements sur le nombre des élus ou fusion.

    Les défusions du PLQ ont créés plus de problèmes qu'ils en ont réglés.

    Pour la CAQ une autre solution simpliste à un problème complexe qui n'a pas d'élus à Montréal.

    • Francois Gougeon - Inscrit 16 mai 2013 08 h 54

      C'est donc aux élus de couper leur propres emplois? Je ne retiendrais pas mon souffle, comme disent les anglos.
      À mon avis vaut mieux une solution simpliste que l'absence de solution.

  • François Desjardins - Inscrit 16 mai 2013 06 h 12

    Lever les yeux vers la grande ville...

    Il n'est pas souhaitable que Montréal soit envisagée et structurée par des membres du gouvernement, encore moins de la part d'une CAQ qui se cherche une niche! soit des thèmes pour se faire remarquer...

    Il y a des dimensions qui requièrent une administration globale de l'île comme c'est le cas pour la police et le transport en commun, le service des incendies. Et donc des questions qui touchent toute l'île tel le déneigement pour ne donner qu'un exemple.

    Il y a d'autre dimensions plus locales à déterminer, par exemple la gestion des parcs, des bibliothèques...

    À mon avis il n'est pas si difficile de déterminer ce qui doit être le lot d'une administration centralisée et le lot d'une administration plus locale, si on laisse les gens s'exprimer.

    Il s'agit que tout cela soit discuté par des gens qui veulent un grande ville bien gérée et non de petits lots gérés par de petits caporaux aux courtes vues.

    Et il faudrait de bon leaders pour tout ça...

  • Yvan Dutil - Inscrit 16 mai 2013 06 h 58

    Régler le mauvais problème

    Ce n'est pas le nombre d'élus qui pose robleèm à Montréal. Le nombre d'élus n'a que très peu d'influence sur le fonctionnement d'une ville. Le vrai problème c'est la répartition des pouvoirs entre les arrondissements et la ville centrale. On a jamais vraiment fusioner la ville pour limiter les susceptibilités et on en paye le prix.