Commission Charbonneau - La crédibilité de Gilles Cloutier mise à mal

Gilles Cloutier devant la commission Charbonneau
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gilles Cloutier devant la commission Charbonneau

L’organisateur d’élections clés en main Gilles Cloutier s’est parjuré lors de son témoignage à la commission Charbonneau. Sa crédibilité a été mise à rude épreuve lors d’un contre-interrogatoire serré.

M. Cloutier a admis qu’il n’était pas le propriétaire, mais le locataire de la maison de Pointe-au-Pic où il a invité des élus, dont le maire de Sainte-Julienne, Marcel Jetté, et l’ex-ministre péquiste, Guy Chevrette.


« J’ai beaucoup de peine, de tristesse et de culpabilité sur cette affirmation, a dit M. Cloutier, lundi à la reprise des travaux de la commission Charbonneau. C’est de l’orgueil mal placé. Je disais à tout le monde depuis longtemps que j’étais propriétaire, et j’étais locataire. »


L’affaire jette une ombre sur le travail des enquêteurs de la Commission. Des reporters du Journal de Montréal ont découvert, mardi dernier, que la maison appartenait à une Américaine en faisant des vérifications de routine.


L’avocate du Parti québécois (PQ), Estelle Tremblay, a bondi sur ce parjure. M. Cloutier a non seulement prétendu qu’il était propriétaire de la maison lors de son témoignage, mais il a aussi inventé qu’il avait payé la résidence 200 000 $ dans le cadre d’une transaction notariée, et qu’il l’avait revendue 400 000 $ après cinq ou six ans.


Me Tremblay a laissé entendre que Gilles Cloutier avait également menti sur le versement d’un pot-de-vin de 100 000 $ à Gilles Beaulieu, un ami de l’ex-ministre des Transports Guy Chevrette, pour que le contrat du prolongement de la route 125, à Saint-Donat, soit octroyé à la firme de génie-conseil Roche. « J’ai pas menti. Je dis toujours la vérité. Je ne passe pas pour un gars qui conte des “menteries”», a-t-il dit.


Nouvelles révélations


Pour ajouter à la confusion, Radio-Canada a diffusé des extraits d’une entrevue de M. Cloutier dans laquelle il affirme avoir versé 25 000 $ seulement à Gilles Beaulieu, pour un tout autre projet que le prolongement de la 125. M. Chevrette demande à être entendu dans les plus brefs délais à la commission.


L’avocate du PQ a aussi accusé Gilles Cloutier d’avoir menti sur l’organisation d’un cocktail de financement de l’ex-députée péquiste Lucie Papineau auquel assistait M. Chevrette, en 2000 ou 2001.


Le PQ ne retrouve aucune trace de cette activité dans ses états financiers. L’agenda de Mme Papineau ne contient aucune inscription à ce sujet. Me Tremblay a carrément demandé au témoin si ses problèmes de santé affectaient sa mémoire. « Normalement, j’ai une bonne mémoire. Je sais que je suis gravement malade », a dit M. Cloutier.


Des imprécisions minent aussi son témoignage sur le dossier de l’usine de traitement des eaux de Saint-Stanislas-de-Kostka. M. Cloutier s’est vanté d’avoir obtenu le contrat pour Roche après avoir amené le maire, feu Maurice Vaudrin, à un match du Canadien, en 2003. Or, des documents mis en preuve par l’avocat du Parti libéral du Québec, Michel Décary, démontrent que le mandat avait été confié à la firme de génie-conseil en 2001.


Gilles Cloutier n’a pu s’empêcher de faire de nouveaux dégâts. Il a éclaboussé le député caquiste, Jacques Duchesneau. À la suite de sa défaite à la mairie de Montréal, en 1998, M. Duchesneau songeait à se présenter une seconde fois, a expliqué M. Cloutier. Il a eu l’occasion d’exposer ses méthodes lors d’une rencontre avec M. Duchesneau et son conseiller, Germain Prégent. « Il était prêt à me prendre pour la prochaine élection, mais il a changé d’idée avec le temps », a-t-il dit.


La commission Charbonneau se transportera mardi à Laval avec le témoignage fort attendu de Gaétan Turbide. L’ex-directeur général de la Ville, qui a collaboré à l’enquête de l’UPAC sur l’ancien maire Gilles Vaillancourt, témoignera en public.

11 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 mai 2013 06 h 28

    Clou

    L'avocate du parti péquiste avait beau frapper avec une masse de 5 livres sur le clou de 3 pouces à répétition, elle ne s'est pas rendu compte qu'il ne pouvait s'enfoncer plus profondément que 3 pouces ! La seule crédibilité qui m'est apparu diminuer dans cette échange est la sienne à elle qui ne m'apparaissait pas très grande au départ. Cette méthode de trouver la faille dans l'armure pour démolir tout le reste n'est pas crédible à mes yeux.

    • Guy Desjardins - Inscrit 14 mai 2013 08 h 43

      Vous avez raison M. Lefebvre. L'avocate du parti Québécois voulait tellement discréditer le témoin que ça devenait gênant de la voir planté le clou d'avantage. Pourtant il avait avoué de lui-même. Pourquoi à la fin du témoignage de M. Cloutrier, l'avocate du PQ n'a posé aucune question, lorsque M. Cloutier a dit qu'il y avait, deux comptabilités au Gouvernement à la question posée par le commissaire M. Lachance Aucunes questions pour les autres avocats aussi. Nous aurions aimé savoir.

    • Grace Di Lullo - Inscrit 14 mai 2013 10 h 09

      Tout à fait raison Monsieur Lefebvre

      L'interrogatoire de Monsieur Cloutier par Me Tremblay devenait un peu gènant. Locataire et non pas propriétaire, libération du failli, l'achat d'une Mercedes ou l'usage probable d'argent comptant pour vivre, tout cela pour brosser un portrait trash du Monsieur Cloutier.

      Très bien, le Monsieur Cloutier n'est pas un être vertueux et sans reproche, mais nous ne sommes pas dupes en tant que citoyens du Québec.

      Malgré ses affabulations et ses mensonges, le témoin Cloutier a montré le beau monde de la politique. Cela ne veut pas dire qu'en fessant sur ce témoin, nous ayons davantage de compréhensions et de pardons pour la classe politique. Classe politique dans son ensemble qui nous a berné, qui a été complice de biens des gestes repréhensibles.

      Classe politique qui n'a pas géré nos actifs et nos argents comme un bon père de famille du Code Civil, mais l'a géré comme si elle n'avait aucune gène de nous voir spolier. Classe politique qui se savait dans l'impunité, qui a laissé faire et n'a pas intervenu, faut-il le rappeler.

      Malgré les beaux contre-interrogatoire de Me Tremblay et des autres avocats, la Classe Politique est coupable.
      Elle est coupable pour moi.

  • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 14 mai 2013 09 h 15

    Clou mou

    Quel immense mensonge que de se présenter comme proprio au lieu de locataire. Il ne faut pas avoir grand chose à déterrer lorsqu'on s'asseoit sur ces pédadilles en
    regard des avancées que monsieur Cloutier a fournies...

    La classe politique a une grande réflexion à faire. On a été niaiseux assez longtemps...

    • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 14 mai 2013 11 h 16

      peccadilles...

  • André - Inscrit 14 mai 2013 10 h 17

    Témoignage partiel

    Curieux tout de même que ce témoin n’en dise pas plus sur les ministres qu’il a côtoyés. J’ai de la difficulté à croire que le magouilleur principal qu’il a connu soit Guy Chevrette du PQ. Il doit surement y en avoir d’autres, tous partis confondus. Pourquoi taire les noms, c’est le temps ou jamais de faire le ménage.

    En plus, lui, un organisateur du PLQ, il égratigne à peine les ministres du PLQ qu’il a pourtant côtoyés pendant tout le long règne dénué de scrupules de Jean Charest. On sent encore chez lui qu’il doit abattre ses ennemis, ses rivaux, les souverainistes.

    Je trouve que les avocats et les commissaires le ménagent un peu trop. C’était le temps de le faire parler.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 14 mai 2013 11 h 44

      Exact. Le but de l'exercice de monsieur Cloutier est de noyer tout le monde, malhonnêtes comme honnêtes. C'est une vieille technique qui a l'air de marcher encore.

  • Rafik Boualam - Inscrit 14 mai 2013 12 h 48

    mission

    ça saute aux yeux que ce gars est en mission, "inquiétez-vous pas monsieur, dormez tranquille le..., je me charge de vous sortir de la, après tout je vous dois bien ça, c'est dans les moments difficles qu'on voit les vrais amis. Et puis, est-ce que je ne possède pas l'expertise en matière de magouille, tromperie et manipulation, vous allez voir, je vais les rouler dans la farine.

  • Alain Brunet - Abonné 14 mai 2013 13 h 01

    Le mandat de M Cloutier

    Il m'apparaît évident que ce Monsieur Cloutier est en train de remplir un contrat.
    Pourquoi est-il si volubile a dénoncer le PQ ?
    Ce monsieur a toujours travaillé sur des contrats politiques, pourquoi cela ne serait pas de même nature lors de sa présentation à la commission Charbonneau ?

    On voudrait une exautive des contrats et sur la commande de qui il les a remplit au cours des 30 dernières années.