Une vive amertume envers le gouvernement Marois

L’ancien maire de Montréal, Gérald Tremblay, allant témoigner pour la dernière fois devant la commission Charbonneau, lundi, à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’ancien maire de Montréal, Gérald Tremblay, allant témoigner pour la dernière fois devant la commission Charbonneau, lundi, à Montréal.

Gérald Tremblay a blâmé le gouvernement Marois pour sa démission précipitée, en novembre dernier, refusant de voir ses difficultés à débusquer la collusion et la corruption comme la cause profonde de sa descente aux enfers.


L’ex-maire de Montréal a terminé son témoignage à la commission Charbonneau sur une pointe d’amertume, en réaffirmant publiquement son intégrité. « Il est très blessant, souverainement injuste et immérité qu’un ou des gérants d’estrade profitent de leur tribune pour formuler des remarques désobligeantes à mon égard. Il est également inacceptable de faire porter à quiconque la responsabilité des actes criminels commis par d’autres », a-t-il lancé dans une déclaration sentie.


Selon M. Tremblay, aucun maire n’aurait pu s’attaquer à la collusion et à la corruption à l’hôtel de ville avec le succès de l’escouade Marteau et de la commission Charbonneau. Pour sa part, il a fait de son mieux, dans les limites des pouvoirs que lui conférait la loi, afin d’ébranler les réseaux occultes.


« Je suis aussi choqué que vous des révélations faites devant la commission. Des entrepreneurs, des ingénieurs, par cupidité auraient élaboré un système profitant de règles établies par l’autorité provinciale, notamment celle du plus bas soumissionnaire. Des conspirateurs ne conspirent pas en public », a-t-il expliqué.


Une dent contre le PQ


M. Tremblay a reproché à la première ministre, Pauline Marois, de l’avoir désavoué lors de l’ultime crise de leadership qu’il a traversée à la suite du témoignage de l’ancien organisateur d’Union Montréal, Martin Dumont. Il ne porte pas dans son coeur le ministre de la Métropole, Jean-François Lisée, qui n’a même pas daigné lui demander sa version des faits.


M. Tremblay a commencé à rédiger sa lettre de démission le samedi 3 novembre, au terme d’un appel de moins de cinq minutes de Mme Marois. Sa première question ? « Est-ce que t’as fini ta réflexion », a-t-il relaté.


Sans l’appui moral de la première ministre, il a compris qu’il ne pouvait plus gouverner la métropole. Le lundi suivant, il quittait la vie politique, après 11 ans à la mairie.


M. Tremblay est retombé dans ses vieux réflexes de blâmer les journalistes pour ses déboires. Il s’est plaint « d’acharnement médiatique disproportionné » à la suite du témoignage de Martin Dumont, le 30 octobre.


L’ex-organisateur avait déclaré que le maire était au courant de l’existence d’une double comptabilité au sein d’Union Montréal. « Il n’y a jamais eu de rencontre. Il n’y a jamais eu de double comptabilité à Union Montréal », a dit M. Tremblay.


L’ex-maire affichait un air contrit, et il était beaucoup moins jovial que la semaine dernière. De nombreux sujets sont restés en suspens, entre autres les menaces dont il aurait fait l’objet de la part du crime organisé, ainsi qu’il le révélait dans un entretien au Devoir, à la veille de l’élection 2009.


Lundi soir, Martin Dumont a réitéré par voie de communiqué qu’il maintenait intégralement son témoignage.

 

La FINA avant la collusion


Pour l’essentiel, M. Tremblay a minimisé sa connaissance des irrégularités dans l’octroi de contrats. En 2005, la lutte contre la collusion était moins pressante que le sauvetage des Mondiaux aquatiques de la FINA dans ses priorités.


M. Tremblay se souvient d’avoir approuvé un contrat de 500 000 $ à la firme Macogep pour évaluer le coût des travaux d’infrastructures, en février 2005, sans toutefois qu’on lui ait parlé de collusion.


Il a nié le témoignage du fonctionnaire Serge Pourreaux, selon lequel il participait personnellement aux travaux du chantier d’optimisation. En centralisant les appels d’offres au sein de la direction des approvisionnements, la Ville espérait réaliser des économies annuelles de 40 à 45 millions. Ce chantier prometteur a été torpillé en raison d’une résistance politique et administrative.


« Je n’ai jamais participé à un comité stratégique. Je n’y assistais pas », a dit M. Tremblay. À l’hiver 2005, il était moins présent à l’hôtel de ville, car il avait le mandat de sauver du désastre les Mondiaux aquatiques, prévus en juillet.


L’ex-maire a maintenu sa version des faits, à savoir qu’une première étude secrète faisant état de l’existence d’un « marché fermé » à Montréal, datant de 2004, lui a été cachée jusqu’à l’automne 2012. « Je ne sais pas qu’il existe, ce rapport, a dit M. Tremblay. Je ne l’ai jamais vu. »


La juge France Charbonneau a paru sceptique. « Vous n’étiez tout de même pas dans une tour d’ivoire. Vous deviez quand même avoir des échos à gauche et à droite », a-t-elle dit.


« Non », a répondu M. Tremblay. C’est seulement en 2009 qu’il a pu obtenir un portrait complet du problème.


Les anomalies dans l’octroi du contrat des compteurs d’eau lui ont également été cachées. Par crainte de représailles, les fonctionnaires montréalais hésitent à outrepasser l’autorité de leurs supérieurs et à dénoncer des dérives aux rangs supérieurs de l’administration municipale. Selon le témoin, c’est sans doute la raison pour laquelle une lettre du directeur de l’eau, Réjean Lévesque, ne s’est jamais rendue à son bureau.


En 2007, M. Lévesque lançait un « cri d’alarme » sur les risques inhérents au contrat, dans une lettre adressée à Yves Provost, directeur général adjoint aux infrastructures.


Le gonflement des coûts, de 50 à 400 millions et l’absence d’implication du Contentieux et des Finances pesaient sur l’octroi de ce contrat, écrivait l’ingénieur Lévesque. Il suggérait quelques recommandations de son cru pour « garantir la transparence, l’image d’intégrité et d’éthique » de la Ville.


Ces préoccupations, comme tant d’autres, ne sont jamais venues aux oreilles de Gérald Tremblay.

29 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 30 avril 2013 00 h 34

    Un pauvre type...

    À quand votre livre, monsieur Tremblay, pour nous raconter la vraie histoire...

    • Danielle Houle - Abonnée 30 avril 2013 07 h 31

      Si on se fie à son prédécesseur Jean Drapeau, on est loin de lire la vraie histoire. Drapeau nous avait promis un livre dans lequel il se défendrait des allégations de la Commission Malouf et nous prouverait une fois pour toute son honnêteté et son intégrité. On attend toujours ce livre et on va attendre longtemps. Est-ce que ce sera la même chose avec Tremblay ?

  • Louka Paradis - Inscrit 30 avril 2013 01 h 16

    Écrit dans le ciel

    C'est bien sûr que Tremblay le libéral de longue date, bon valet de Charest jusqu'au reniement de lui-même accusera le PQ : n'importe quoi ! ce n'est tout de même pas Mme Marois qui était élue maire de Montréal et qui a laissé la pieuvre de la corruption déployer ses tentacules jusqu'au comité exécutif. C'est ce qui s'appelle voir rouge !

    Louka Paradis, Gatineau

    • Fernand Lachaine - Inscrit 30 avril 2013 07 h 26

      Vous avez tout à fait raison. Incapable de partir sans écorcher l'adversaire.
      Sachant qu'il y a des élections municipales au mois de novembre prochain, il a voulu donner un coup de pouce à Coderre, lui aussi libéral et provincialiste.
      D'autre part je questionne pour une première fois la présidente Charbonneau de l'avoir laissé faire sa déclaration minable.
      La Commission n'aurait pas dû être un plateforme politique pour un politicien déchu qui n'a pas voulu savoir et qui n'a pas voulu savoir.

  • Marc Desrosiers - Abonné 30 avril 2013 02 h 40

    Objectivité oblige

    On peut croire ou ne pas croire M. Tremblay ! Je dois me ranger à ses cotés pour déplorer le ton et les insinuations des journalistes, dont celui et celles de cet article. On adopte très, trop facilement un ton accusateur, de façon pernicieuse. Il ne nous reste que notre propre jugement pour faire la part des choses, malheureusemet plusieurs journalistes tablent sur l'absence d'un tel jugement chez leurs lecteurs.
    L'éthique doit s'appliquer dans toutes les sphères d'activités

    • Claude Lachance - Inscrite 30 avril 2013 07 h 22

      N'est -ce-pas le même Tremblay qui avait mis sur écoute électronique le vérificateur général de la ville?

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 30 avril 2013 12 h 49

      100% d'accord avec vous, mais au Québec, les journalistes jouent les "inquisiteurs" et la population aiment qu'on apporte des "sorcières" au bucher...

      Notre uni-linguiste y joue pour beaucoup.... Dommage....

  • Anne-Marie Courville - Abonnée 30 avril 2013 04 h 13

    A qui la faute?

    M. Tremblay ne peut attribuer au gouvernement son départ précipité. Il est l'artisan de son propore malheur en fermant les yeux sur son administration. Il fait de la petite politique en visant Madame Marois et M. Lisée. Son incompétence pour diriger une ville comme Montréal lui a rendu la tâche difficile. Son entourage a profité de sa naïveté pour frauder les citoyens. Il aurait dû se retirer à la dernière élection.
    Bonne retraite M. Tremblay et que son passage en politique soit un mauvais souvenir.

  • Gilles Théberge - Abonné 30 avril 2013 06 h 11

    Ce n'est pas vraiment drole

    Alors que le feu était pris dans la maison, Gérald Tremblay tel Néron, jouait de la lyre en chantant, je ne sais rien je ne vois rien il n'y a donc rien.

    Non seulement la première ministre n'a pas à être blâmée, mais elle aurait même peut-être du souffler avant, sur la chandelle vacillante de Môrial...

    • François Desjardins - Inscrit 30 avril 2013 09 h 01

      Correction: le nom de la ville, c'est M o n t r é a l ...!