Commission Charbonneau - La collusion? Quelle collusion?

Malgré toute sa verve, M. Zampino ne peut réfuter les preuves indépendantes qui lui sont présentées. Des extraits d’écoute électronique du projet Diligence sont d’ailleurs revenus le hanter en matinée.
Photo: - Le Devoir Malgré toute sa verve, M. Zampino ne peut réfuter les preuves indépendantes qui lui sont présentées. Des extraits d’écoute électronique du projet Diligence sont d’ailleurs revenus le hanter en matinée.

À titre de président du comité exécutif, Frank Zampino était aux premières loges pour suivre l’octroi des contrats publics à l’hôtel de ville. La collusion ? Il n’en a pas eu vent. M. Zampino a causé la surprise, jeudi à la commission Charbonneau, en affirmant qu’il n’avait « jamais » entendu parler d’un système de partage de contrats à Montréal.

De 2001 à 2008, il était pourtant le numéro 2 de l’administration Tremblay, une enviable position qui lui permettait de jeter un regard unique sur l’administration municipale.


De nombreux témoins ont décrit l’ex-maire de Saint-Léonard comme « l’homme le plus puissant » à Montréal, le véritable patron à l’hôtel de ville et le plus haut responsable politique de la collusion.


M. Zampino réfute ces titres. Véritable anguille, il a encore pris ombrage des questions de la procureure Sonia LeBel, osant même suggérer que la commission avait falsifié son agenda. « Il y a des inscriptions qui sont là et qui ne reflètent aucunement la vérité », a-t-il dit. Sa désinvolture a profondément déplu à la juge France Charbonneau. « Il n’y a aucune fausseté, malhonnêteté, malversation ou falsification » de la part de son équipe, a-t-elle lancé sèchement.


Écoutes gênantes


Malgré toute sa verve, M. Zampino ne peut réfuter les preuves indépendantes qui lui sont présentées. Des extraits d’écoute électronique du projet Diligence sont d’ailleurs revenus le hanter en matinée.


M. Zampino aurait été impliqué de près dans le financement d’Union Montréal après son départ du parti, en mai 2008. Dans une conversation avec un homme inconnu, l’ex-vice-président des Grues Guay, Louis-Pierre Lafortune, discute d’un cocktail de financement prévu pour le 16 avril 2009. M. Lafortune indique que son interlocuteur et lui n’ont « pas le choix » d’assister à cet événement au coût de 900 $. La demande provient de Frank Zampino, précise-t-il.


À cette époque, M. Zampino avait quitté la vie politique depuis près d’un an, en raison des irrégularités dans l’octroi du contrat des compteurs d’eau au consortium Dessau et Simard Beaudry.


M. Zampino a fait du porte-à-porte avec Michel Bissonnet, qui lui a succédé à la mairie de Saint-Léonard, en septembre 2008. Confronté à l’écoute électronique, il a répondu en habile politicien. Il juge « inacceptable » que M. Lafortune se soit servi de son nom, à son insu, pour vendre des billets pour un cocktail de financement.


Louis-Pierre Lafortune est un homme d’affaires avec lequel aucune personnalité publique ne veut être associée. Il a été accusé de blanchiment d’argent et de gangstérisme dans le cadre du projet Diligence, une enquête sur l’infiltration du crime organisé sur les chantiers de construction. L’un de ses présumés complices est Normand Marvin Ouimet, un membre des Hells Angels qui aurait tenté de prendre le contrôle de la maçonnerie à Montréal pour blanchir les profits de ses activités criminelles.


M. Lafortune est un ami de longue date de Ouimet et de l’ancien directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis. Il avait ses entrées dans le monde politique. En mai 2008, M. Lafortune a participé à un cocktail de financement du Parti libéral du Québec au 1000, rue de la Commune (le bunker de luxe du crime organisé). Le cocktail avait rapporté quelque 25 000 $ à Jean-Marc Fournier, qui était alors ministre du Revenu. Celui-ci a dit qu’il ne connaissait pas Louis-Pierre Lafortune.

 

Un peu de confusion


Frank Zampino a par ailleurs entretenu la confusion sur le congédiement « pour la forme » de Bernard Trépanier à titre de directeur du financement d’Union Montréal en 2006. Il a appris cette nouvelle avec quatre ou cinq mois de retard.


« M. Trépanier n’est pas venu se plaindre d’avoir été congédié », a-t-il dit dans un premier temps. Il était acquis dans son esprit que son ami continuerait de s’occuper du financement du parti, sous une autre forme.


Trois témoins, dont l’agent officiel d’Union Montréal, Marc Deschamps, ont déclaré que l’ex-maire Gérald Tremblay reprochait à Bernard Trépanier sa trop grande proximité avec Frank Zampino. Le principal intéressé ignore tout de ces critiques. « Ça n’a jamais circulé », affirme-t-il.


Dans un second temps, M. Zampino a relaté que Bernard Trépanier était entré dans son bureau en émoi après avoir perdu son poste. Le maire Tremblay le soupçonnait d’avoir tenté d’arracher un pot-de-vin de 1 million de dollars à SmartCentres pour s’implanter dans Saint-Michel.


M. Zampino a invité Bernard Trépanier chez lui, en soirée, pour discuter du dossier. « Frank, j’ai jamais fait ça », lui aurait dit Bernard Trépanier. Aussi surprenant que cela puisse paraître, son ami de longue date ne lui aurait pas parlé de son renvoi. M. Zampino a fait des démarches auprès du maire Tremblay pour tirer l’affaire du pot-de-vin au clair, sans plus.

 

Sans pression


M. Zampino a enfin nié le témoignage de l’ex-responsable de la Direction des stratégies et transactions immobilières, Joseph Farinacci, jurant qu’il ne s’est « jamais » mêlé de la vente des terrains du secteur Marc-Aurèle-Fortin, en 2006.


Acquis au coût de 7,7 millions par la Ville, ces terrains ont été revendus 1,5 million à Petra Saint-Luc. Petra était une société immobilière appartenant à Giuseppe Borsellino et à la famille Saputo, tandis que le groupe Saint-Luc était la propriété de l’homme d’affaires Luc Varin.


Selon le témoignage de M. Farinacci, Frank Zampino aurait court-circuité le processus normal pour la vente des terrains afin de favoriser le consortium Petra Saint-Luc, qui avait présenté la deuxième meilleure offre.


M. Zampino aurait clairement indiqué à Joseph Farinacci que « c’était au tour de Petra de gagner ». « C’est complètement faux », rétorque M. Zampino.

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