Commission Charbonneau - Trépanier vole au secours de Zampino

Bernard Trépanier discute avec son avocate.
Photo: - Le Devoir Bernard Trépanier discute avec son avocate.

Bernard Trépanier a volé au secours de son bon ami Frank Zampino mardi à la commission Charbonneau en affirmant que l’ex-président du comité exécutif n’était pas impliqué dans le partage des contrats à l’hôtel de ville.

M. Trépanier a vite perdu patience en contre-interrogatoire. « Avez-vous une dent contre M. Zampino ? », a-t-il demandé à Denis Houle, avocat de l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec.


M. Trépanier a encore protégé Frank Zampino en réfutant le témoignage des membres du cartel des ingénieurs, selon lesquels « Monsieur 3 % » évoluait sous les ordres de l’ex-président du comité exécutif.


MM. Zampino et Trépanier étaient des amis proches. C’est M. Zampino qui a pris l’initiative d’attirer le collecteur de fonds dans une soirée-surprise pour son 70e anniversaire. À cette occasion, Rosaire Sauriol (Dessau), Frank Minicucci, Tony Accurso (Simard Beaudry) et Frank Zampino s’étaient cotisés pour lui faire un cadeau d’une valeur de 5000 $.


Six photos de cette soirée mémorable ont été déposées en preuve. On voit M. Trépanier fraterniser avec les élus d’Union Montréal Sammy Forcillo, Michel Bissonnet, Cosmo Maciocia et Frank Zampino, et les ingénieurs Rosaire Sauriol et Michel Lalonde.


Bouc émissaire


Me Houle a mené un contre-interrogatoire minutieux, revenant sur chacune des déclarations des membres du cartel des ingénieurs qui ont impliqué M. Trépanier dans les stratagèmes de collusion et de financement illégal. « Il y a des limites à nier l’évidence », a lancé d’emblée l’avocat.


L’ex-directeur du financement d’Union Montréal reconnaît ses tentatives infructueuses pour partager les contrats entre les firmes qui contribuaient au financement du parti. À partir de 2005, ce rôle a été dévolu aux ingénieurs Rosaire Sauriol (Dessau) et Michel Lalonde (Génius), dit-il. Ni lui ni Frank Zampino n’étaient mêlés à leurs combines.


Pour le reste, M. Trépanier nie avoir perçu des ristournes de 3 % sur la valeur des principaux contrats accordés aux firmes de génie-conseil. Le financement d’Union Montréal était irréprochable, à telle enseigne que l’agent officiel du parti, Marc Deschamps, avait acquis le surnom de « Dr No », car il refusait toujours d’autoriser les dépenses non prévues au budget.


M. Trépanier a un petit regret : avoir accepté un don illégal de 40 000 $ en argent liquide d’Yves Cadotte. Le vice-président de SNC-Lavalin évalue plutôt la somme à 125 000 $. « J’ai pas pensé. C’est sûr que, si c’était à refaire, je l’aurais pas pris », a-t-il dit.


Ses remords sont minimes. « Dans mon livre à moi, c’est pas illégal », croit M. Trépanier.


Le commissaire Renaud Lachance est revenu à la charge en lui demandant quel est l’intérêt de six ingénieurs de mentir à son sujet ?


Rosaire Sauriol, Michel Lalonde, Yves Cadotte, Charles Meunier, François Perreault et Pierre Lavallée ont tous impliqué M. Trépanier, à différents degrés, dans le partage des contrats et le versement de ristournes à Union Montréal. « Qu’est-ce que vous avez fait à ces gens-là pour qu’ils vous pointent ? », a demandé M. Lachance.


Pour seule réponse, M. Trépanier s’est décrit de façon laborieuse en bouc émissaire, sans utiliser toutefois ce qualificatif. « Est-ce possible que je sois victime un petit peu du « dumping » ? Le bonhomme Trépanier, il va le prendre, on va mettre tout ça sur son dos », a-t-il suggéré.


Sous les ordres de Tremblay


M. Trépanier a aussi nié qu’il opérait sous les ordres de Frank Zampino. L’ex-président du comité exécutif « avait de grandes capacités ». Mais de là à dire qu’il était l’homme le plus puissant de Montréal, non.


Son véritable patron, c’était l’ex-maire Gérald Tremblay, à qui il jure encore fidélité et loyauté. Après son départ fictif d’Union Montréal en juin 2006, il a d’ailleurs continué à s’occuper des cocktails de financement du maire pendant trois ans. Fait à souligner, M. Tremblay a prétendu que M. Trépanier avait été renvoyé en 2006 quand les médias ont révélé son rôle dans le financement illicite du parti, à l’automne 2009.


En après-midi, M. Trépanier a parlé de son rôle dans la vente au rabais des terrains du Faubourg Contrecoeur. Son témoignage à ce sujet est frappé d’une ordonnance de non-publication pour préserver son droit à un procès juste et équitable. Le collecteur de fonds et ses présumés complices, dont M. Zampino, sont accusés de fraude dans cette affaire.


La commission Charbonneau entendra mercredi un témoin fort attendu, décrit comme le véritable patron à l’hôtel de ville : Frank Zampino.

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