Commission Charbonneau - L’ombre de Zampino

Bernard Trépanier poursuit son témoignage à la commission Charbonneau.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Bernard Trépanier poursuit son témoignage à la commission Charbonneau.

Frank Zampino aurait continué à influencer l’octroi des contrats aux firmes de génie-conseil après sa démission, en juillet 2008, grâce à l’aide de son indéfectible allié, Bernard Trépanier.


Le registre des appels téléphoniques de M. Trépanier, mis en preuve à la commission Charbonneau, démontre que les contacts entre Frank Zampino et lui étaient constants. Le bourdonnement d’appels n’a guère fléchi après le départ du président du comité exécutif, l’homme le plus puissant à Montréal.


« C’est comme s’il n’avait jamais quitté », a commenté jeudi le procureur Denis Gallant. M. Trépanier, qui poursuit son témoignage, s’est porté à la défense de son ami de longue date. « Quand M. Zampino a quitté Montréal, il a quitté Montréal », tranche-t-il.


Me Gallant a adouci le ton avec monsieur 3 %, et celui-ci a réagi en offrant des réponses plus cohérentes que la veille, à quelques exceptions près. Il a toujours autant de mal à accepter la paternité du système de collusion ; il préfère décrire ses activités comme du financement sectoriel mené auprès des firmes de génie-conseil qui obtenaient des contrats à Montréal.


Peu importe que la loi électorale, interdisant le financement par des entreprises, soit bafouée. L’important, c’était d’atteindre les objectifs de financement d’Union Montréal, a dit M. Trépanier.

 

Avec l’aide de Marcil


Pour un homme qui banalise son rôle dans le système de collusion en place à l’Hôtel de Ville, l’ex-directeur du financement d’Union Montréal en menait large.


Le patron des travaux publics à la Ville de Montréal, Robert Marcil, lui transmettait des informations privilégiées sur les projets à venir et les firmes gagnantes à l’issue des délibérations des comités de sélection.


« C’était un avantage que j’avais, de le savoir », a reconnu M. Trépanier. En ayant en mains des informations sur les projets à venir et les gagnants, M. Trépanier pouvait solliciter plus facilement les firmes de génie pour des dons au parti.


M. Trépanier persiste à dire qu’il n’a jamais rétribué M. Marcil pour ses services et qu’il n’était pas en mesure d’influencer le choix des firmes gagnantes. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé, comme il l’a révélé mercredi de façon confuse.


Selon le témoignage de Michel Lalonde, Robert Marcil était payé par Bernard Trépanier pour influencer les décisions des comités de sélection. « Je le répète, je n’ai jamais donné d’argent à M. Marcil », a insisté M. Trépanier.


Chaque fois que M. Marcil siégeait à un comité de sélection, Bernard Trépanier lui passait un coup de fil quelques heures avant ou après les délibérations, comme en atteste le registre de ses appels téléphoniques. Il faisait de même avec Frank Zampino.


Me Gallant n’en a pas encore fini avec M. Trépanier. Il reviendra à la barre le 15 avril, à la reprise des travaux qui font relâche pour deux semaines.

 

Morrow consterné


En matinée, la commission Charbonneau a interrompu le témoignage de M. Trépanier pour donner à André Morrow le privilège de s’expliquer sur une facture de 75 000 $ payée par SNC-Lavalin lors de la campagne de 2005.


M. Morrow a nié le témoignage d’Yves Cadotte. Le vice-président de SNC-Lavalin a dit qu’il avait payé en deux tranches les 200 000 $ réclamés par Bernard Trépanier lors de la campagne de 2005. Incapable de trouver plus que 125 000 $ en argent liquide, il avait acquitté une facture de 75 000 $ de Morrow Communications pour du travail électoral réalisé pour le compte d’Union Montréal.


André Morrow est consterné par ces révélations qu’il a apprises « en même temps que tout le monde » en écoutant la commission Charbonneau. « Je suis tombé à terre. Ça ne m’a pas été présenté de cette façon-là, a-t-il expliqué. Si j’avais été au courant, je me serais levé, et je serais parti. »


M. Morrow est un bon ami de Pierre Anctil, un vice-président chez SNC-Lavalin qui est un militant libéral de longue date, tout comme lui. Selon ses explications, il a reçu les 75 000 $ à titre d’honoraires professionnels pour SNC-Lavalin. La firme de génie-conseil avait retenu ses services pour la période du 1er février au 31 décembre 2005.


De son propre aveu, il a fait « peu ou pas de travail » pour obtenir son cachet. Le contrat a été négocié en novembre 2005, juste après l’élection, et il est antidaté de neuf mois.


M. Morrow n’y voit rien d’anormal.


Il s’est écoulé moins de deux semaines entre le témoignage d’Yves Cadotte et celui d’André Morrow. À titre de comparaison, l’ex-maire Gérald Tremblay attend depuis cinq mois pour s’expliquer sur les révélations fracassantes de Martin Dumont, selon lequel il était au courant de l’existence de la double comptabilité au sein d’Union Montréal.

4 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 29 mars 2013 06 h 18

    Pour quoi ?

    Tremblay à la Commission ? Pour quoi ? Pour l'entendre répéter qu'il ne savait rien ? Y a pas d'urgence, on le sait déjà ! Attendez Zampino, là vous allez voir un gars étanche !

  • André Lefebvre - Inscrit 29 mars 2013 09 h 05

    Réponses floues?

    Le procureur maître Galant sert toujours un sermon de 5 minutes pour envelopper sa question. La plupart du temps, le sermon contient au moins trois questions. Je serais assez confu moi aussi pour répondre.

    Maître Galant ne s'adresse pas à M. Trépanier, il s'adresse au public de la télé. Il semble vouloir convaincre ses auditeurs de la position de M. trépanier comme "maître du jeu" de la collusion/corruption. Son témoin n'a pas l'envergure sociale et l'efficacité intellectuelle pour l'avoir fait et encore moins l'avoir mis sur pieds.

    D'ailleurs M. Sauriol a dû convenir que la collusion existait depuis 2001 à cause de ses actions qui furent "relevées". M. Trépanier n'est arrivé qu'en 2004.

    Cherchez la vérité, Maître Galant, plutôt que de vouloir convaincre la population de ce que vous croyez.

    André Lefebvre

  • Lise Harvey - Inscrit 29 mars 2013 09 h 21

    facture 75,000$

    Quelqu'un pourrait-il m'éclairer sur la raison pour laquelle M. Cadotte de SNC-Lavallin aurait inventé cette histoire de paiement de facture de Morrow Communication, lui qui avait déjà avoué la participation de SNC dans le système de collusion et de corruption? Qu'avait-il à gagner?

    Bien difficile de digérer les explications de M. Morrow!!

    Lise Harvey

  • Jos Joseph - Inscrit 29 mars 2013 21 h 42

    Me Gallant n'a pas fini de cuisiner M. Troipanier, oui, plusieurs petites questions directes en rafale, seraient plus faciles à répondre mais je ne souscris pas à l'idée que M. Trépanier n'avait pas assez d'envergure pour gérer tout ce système illégal; il a démontré pendant des années et des années qu'il était vraiment au devant pour toujours aller récolter, qu'il était hautement efficace.