Commission Charbonneau - Trépanier travaillait pour Dessau

Bernard Trépanier aux côtés de ses avocats lors de son arrivée à la commission Charbonneau, mardi, où il était l’un des témoins les plus attendus.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Bernard Trépanier aux côtés de ses avocats lors de son arrivée à la commission Charbonneau, mardi, où il était l’un des témoins les plus attendus.

Bernard Trépanier s’est présenté mardi à la commission Charbonneau avec l’intention de dire la vérité et de rétablir sa réputation. Le collecteur roué, encore vif malgré ses 74 ans, a vite constaté que ses deux intentions étaient potentiellement irréconciliables.

Après Christian Ouellet, payé par Roche, M. Trépanier est le deuxième employé d’Union Montréal à avoir bénéficié des largesses d’une firme de génie-conseil - et non la moindre - pendant qu’il était employé du parti.

Le vice-président démissionnaire de Dessau, Rosaire Sauriol, lui a versé plus de 900 000 $, de 2002 à 2010, pour faire du démarchage auprès des villes pour des projets d’ingénierie. De 2004 à 2006, M. Trépanier occupait aussi le poste de collecteur pour Union Montréal, avec un salaire de 82 000 $. Il a continué son travail de collecteur de manière officieuse et bénévole jusqu’en 2009.


M. Trépanier a expliqué qu’il avait été embauché à titre de consultant par M. Sauriol afin de l’aider à accéder aux contrats de l’Aéroport de Montréal. Ses explications n’ont guère convaincu le procureur Denis Gallant, qui reviendra sur le sujet mercredi.


La firme de génie-conseil a publié une mise au point en soirée pour se distancer de M. Trépanier. « Toute la direction de Dessau, à l’exception de Rosaire Sauriol, ignorait tout de l’existence de ces paiements, de même que de la nature des services rendus », a fait savoir la firme. M. Sauriol a démissionné de son poste le jour où les preuves de ces paiements ont été remises à la commission.


Durement malmenée à la commission Charbonneau, Dessau a obtenu en fin de journée un statut de participant. La firme est préoccupée par les liens qui pourraient être établis entre la firme, M. Trépanier et le financement illégal des partis. Le statut de participant lui permettra de contre-interroger M. Trépanier.

 

Une loi bafouée


Bernard Trépanier était l’un des témoins les plus attendus à la commission Charbonneau, en raison du rôle qu’il aurait joué dans l’élaboration d’un stratagème permettant à Union Montréal d’empocher des ristournes de 3 % sur la valeur des plus gros contrats accordés au cartel des ingénieurs.


M. Trépanier est resté en périphérie de Montréal pour relater la genèse de son implication en politique, sous les conservateurs de Brian Mulroney. C’est Claude Dumont, principal organisateur de l’ex-premier ministre, qui lui a appris les rudiments du métier. Il est resté dans l’antichambre bleue jusqu’à l’élection de Kim Campbell, en 1993.


Longueuil, Laval, Saint-Laurent, Boisbriand, Rosemère, Saint-Jérôme, Le Gardeur, Repentigny : Bernard Trépanier a roulé sa bosse comme organisateur politique. Partout où il est passé, sauf à Saint-Léonard et à Laval, il portait les habits du faux bénévole payé par chèque ou en argent comptant pour ses services. Les montants étaient minimes, a-t-il dit. Ses cachets couvraient tout juste ses frais de repas et de déplacement.


L’esprit de la loi de René Lévesque sur le financement des partis politiques a toujours été transgressé dans les petites villes, parole de Bernard Trépanier !


Véritable bête politique, M. Trépanier allait de ville en ville, comme un troubadour de la démocratie municipale, pour prêter main-forte à des candidats. Dans les patelins reculés, il a été témoin de « petites batailles » entre les bureaux d’ingénieurs, d’avocats et les entrepreneurs locaux. Chacun présentait et finançait son poulain, dans l’espoir d’accéder aux contrats municipaux de la Ville.


« On faisait du clé en main, a-t-il expliqué. Les entrepreneurs, les ingénieurs et les avocats locaux s’occupaient d’équipes. Ils avaient chacun leurs clans. » L’arrangement convenait à Bernard Trépanier puisqu’il n’avait pas à se préoccuper du financement. « Moi, je ne voulais pas toucher à ça », s’est-il exclamé.


M. Trépanier n’attendait rien en retour pour ses services. Son travail d’organisateur est à ranger dans la catégorie du « développement des affaires ». « C’était joindre l’utile à l’agréable. Ça permettait d’avoir des contacts dans toutes les municipalités », a-t-il expliqué. Il monnayait ses contacts par l’entremise de sa compagnie de marketing, Bermax. « Bermax, c’est Bernard au maximum », a-t-il lancé, tout sourire. Outre Dessau, il comptait parmi ses clients Nepcon, le Groupe SM, Astral, Octane Stratégies et Tecsult.

 

Des conditions


Il y a deux politiciens pour lesquels Bernard Trépanier a réellement effectué du travail bénévole : Gilles Vaillancourt et Frank Zampino.


M. Trépanier a connu Frank Zampino vers 1989. Il fut de toutes ses campagnes à la mairie de Saint-Léonard, sans rien demander en retour. « Un chum, c’est un chum. Je n’ai jamais demandé rien à monsieur Zampino. Je me suis lié d’amitié, a-t-il dit. C’est une affaire de famille. On allait là pour s’amuser. »


Pour la campagne de 2001, M. Trépanier a pu compter sur l’aide d’un nouvel organisateur qui « mangeait de la politique » : Tony Tomassi, futur ministre libéral. Ironie du sort, les trois hommes sont aujourd’hui accusés de fraude.


C’est au printemps 2004 que Bernard Trépanier est finalement devenu le directeur du financement d’Union Montréal. « Monsieur 3 % » a posé ses conditions avant d’accepter l’offre. Il ne signait aucun chèque, il n’effectuait aucun dépôt, il ne siégeait pas à l’exécutif du parti et il n’avait pas d’autres responsabilités que le financement. Il abordera cette période charnière de sa carrière mercredi.


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Le patron de BPR démissionne à son tour

Un troisième ingénieur entendu à la commission Charbonneau a démissionné. Pierre Lavallée a quitté mardi ses fonctions de président et chef de la direction de BPR. M. Lavallée a admis devant la commission sa participation au cartel des ingénieurs. Les actionnaires de BPR et lui avaient puisé de 145 000 $ à 155 000 $, à même leurs épargnes personnelles, pour payer la ristourne de 3 % à Bernard Trépanier. M. Lavallée rejoint Rosaire Sauriol (Dessau), Robert Marcil (SM) et François Perreault (Génivar) dans le club sélect des ingénieurs remerciés en raison de la commission Charbonneau.

17 commentaires
  • Jean-Guy Dagenais - Inscrit 27 mars 2013 07 h 36

    Il n'y a qu'un mot ...

    En parcourant votre article mister Myles, il n'y a un mot qui m'est venu à l'esprit : OLIGARQUE. J'ai vérifié et c'est bien de cela qu'il s'agit. Pensons que dans le décor, il y a en d'autres comme lui qui font les beaux jours des partis traditionnels. Pour certains ce sont des individus indispensables, moi je dis qu'ils sont ''a pain in the neck''.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 27 mars 2013 07 h 51

    La firme des sots

    La firme Dessau ne savait rien? Qu'attend-elle pour accuser Rosaire d'avoir dilapidé ainsi 900 000 dollars sans le dire à quiconque?

    Desrosiers
    Val David

    • François Dugal - Inscrit 27 mars 2013 08 h 36

      Qui a préparé les chèques?
      Personne de la comptabilité n'était au courant?

    • Nicole Moreau - Inscrite 27 mars 2013 08 h 56

      je ne crois pas, moi non plus, que la firme ne savait rien de tels paiements étalés sur environ 10 ans.

    • Serge Marchand - Inscrit 27 mars 2013 11 h 06

      Sauver cette compagnie de génie-conseil. Je crois que leur tactique est tu en sacrifies un pour une compagnie. Pour moi, quand un arbre est pourri, tu le coupes à la base.

  • robert morin - Inscrit 27 mars 2013 08 h 17

    L'« amour » de la « politique »

    En regardant hier après-midi cette vieille fripouille s'émouvoir lui-même en parlant de son « amour de la politique » et reconnaître du même souffle et sans sourciller que son travail fut, dès le début, en contravention directe de la Loi de René Lévesque sur le financement des partis politiques au Québec, je me suis dit que ce Bernard au max avait sa propre définition de ce qu'est LA politique, et que cette définition correspond sans aucun doute à l'idée que s'en font ses amis du 357c et du Parti libéral du Québec...

  • André Lefebvre - Inscrit 27 mars 2013 08 h 22

    Question

    Comment situer l'importance de M. Trépanier dans le système?

    C'est assez facile. Selon certains, il était celui qui décidait quelles entreprises de génie-conseil allait former des consortium.

    Je vous conseille de regarder ce témoin répondre aux questions et jugez s'il est capable de prendre de telles décisions. Vous devrez accepter d'aller chercher ailleurs.

    Cet homme ne peut être autre chose qu'une "couche protectrice" pour couvrir les vrais "organisateurs". De plus, il ne protège pas, on s'en rend compte, les ingénieurs qui démissionnent. Il faut donc aller encore plus haut.

    André Lefebvre

    • Céline Racicot - Inscrit 27 mars 2013 10 h 28

      Je crois que vous visez juste M. Lefebvre, vous êtes le premier à en parler, toute la galerie voit en lui le Bonhomme 7 heures, ce qui est franchement ridicule quand on voit à qui on a affaire. Il est l'homme de Zampino corps et âme.

    • Céline Racicot - Inscrit 27 mars 2013 10 h 46

      Il semble évident que cet homme est livré corps et âme à son grand ami.

    • philippe ouimet - Inscrit 28 mars 2013 16 h 44

      Monsieur Lefebvre vous avez parfaitement raison!!!! mr Trépanier n'est qu'un maillon dans une grosse chaine. La question que je me pose est la suivante......Est ce que les magouilles et tout les retours d'ascenseurs par les organismes professionelles ( les fameux Boys Clubs et leurs lobbyistes ) non seulment les ingénieurs et les contracteurs mais n'oublions pas les avocats, médecins,les recteurs et surtout les politiciens ) seront exposer au public . Si tel est le cas la Juge Charbonneau n'est pas sortie de l'auberge et nous les pauvres Québecois aussi.

  • François Dugal - Inscrit 27 mars 2013 08 h 41

    Enrichissons notre vocabulaire

    Oligarchie:
    Du grec ancien «oligos» (petit nombre) «arko» (pouvoir): système de gouvernance ou un petit nombre d'individus exercent le pouvoir.