Nids-de-poule à Montréal: réparer ou ne pas réparer, là est la question

Le maire Michael Applebaum en est rendu à sonder la population pour lui demander si elle veut que les nids-de-poule soient réparés ou non.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le maire Michael Applebaum en est rendu à sonder la population pour lui demander si elle veut que les nids-de-poule soient réparés ou non.

Montréal doit-elle ou non accorder un contrat d’approvisionnement en asphalte à des entreprises dont la probité est douteuse ? Les élus montréalais n’arrivant pas à s’entendre sur la question, le maire Michael Applebaum a pris la décision inusitée de consulter les citoyens par l’entremise d’un sondage Internet. Pour certains élus, cette démarche démontre que l’administration de coalition à l’Hôtel de Ville est dysfonctionnelle et est incapable de prendre des décisions.

La Ville est aux prises avec un dilemme. Montréal doit accorder un contrat d’approvisionnement en asphalte de 5 millions, faute de quoi elle ne pourra plus colmater les nids-de-poule à compter du 15 avril. Le hic, c’est que parmi les sept entreprises qui se partageront ce contrat, plusieurs ont fait l’objet d’allégations ou ont été citées à la commission Charbonneau, dont Louisbourg, une firme liée à Tony Accurso, et DJL Construction.


En début de semaine, le comité exécutif s’était prononcé pour l’octroi de ce contrat, mais lundi, le conseil municipal, dans une majorité de 30 contre 23, a préféré lui retourner le dossier plutôt qu’entériner le contrat litigieux. Le comité exécutif s’est à nouveau penché sur le dossier mercredi. Sa position n’ayant pas changé, le contrat sera soumis tel quel au conseil municipal lors d’une séance extraordinaire qui aura lieu la semaine prochaine, à une date qui reste à déterminer.


Manque de courage ?


C’est dans ce contexte que le maire Applebaum, favorable à l’octroi du contrat pour des raisons de sécurité, a décidé de lancer un sondage Internet. Selon lui, les résultats de cette consultation permettront d’éclairer les élus sur l’opinion des Montréalais. « Ce n’est pas un sondage scientifique, mais je pense que les citoyens veulent qu’on remplisse les nids-de-poule. » Lors d’un point de presse vendredi, il a rejeté les critiques selon lesquelles l’administration manquait de courage politique.


Le conseiller de Projet Montréal Marc-André Gadoury croit que le maire fait inutilement peur à la population. « Toutes les unités d’affaires, arrondissements ou autres peuvent encore s’approvisionner en asphalte, a-t-il soutenu. On fait face à un cartel qu’on voit tous les jours exposé à la commission Charbonneau. Est-ce qu’on veut briser ce cartel ou veut-on continuer à faire affaire avec le cartel ? » Quant au sondage, il se limite à remettre en question le libellé de la question.

 

Transparence


De son côté, Louise Harel juge que le sondage représente une « façon démocratique et transparente de sensibiliser les citoyens à une décision que prendront les élus bientôt ».


Mais tous les élus ne sont pas de cet avis. « Ce sondage, c’est la preuve que la coalition est incapable de diriger et de décider », estime la conseillère indépendante Jocelyn Ann Campbell. Selon elle, les impératifs de sécurité commandent que le contrat soit octroyé malgré le malaise. « Je trouve que c’est d’une lâcheté politique. C’est totalement loufoque et antidémocratique. Cette coalition, c’est de l’amateurisme. »


Pour la mairesse de l’arrondissement de Villeray -Saint-Michel -Parc-Extension, Anie Samson, le recours à un sondage est futile. « C’est un manque de leadership du maire. […] On demande aux citoyens : “Voulez-vous des nids-de-poule ou vous n’en voulez plus ?”, alors que c’est à lui de prendre la décision. » La Ville, dit-elle, a le choix de refuser d’octroyer des contrats quand elle estime que les entreprises soumissionnaires sont douteuses.


Québec suit de près la situation, mais n’entend pas intervenir pour l’instant, a-t-on indiqué au cabinet du ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault.


La Ville pourrait faire deux pierres d’un coup lors de la séance du conseil municipal qui devrait avoir lieu au cours de la prochaine semaine, a appris Le Devoir. En plus de statuer sur le contrat d’approvisionnement d’asphalte, les élus pourraient être appelés à se prononcer sur le choix d’un nouveau directeur général par intérim. Le comité de sélection mis sur pied mercredi s’est réuni vendredi matin et une liste de candidats potentiels aurait été établie.

5 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 23 mars 2013 12 h 50

    Un autre maire Tremblay à la tête de la métropole

    M Applebaum veut jouer au maire mais il ne veut pas compromette sa réélection cet automne. Donc, il ne fait aucun choix. brillant!!!

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 mars 2013 05 h 30

      Mme Dionne, Applebaum a bien dit qu'il ne voulait pas se présenter aux prochaines élections. Et je ne crois pas que quelqu'un va l'en supplier pour lui faire changer d'idée. Et ses opposants vont lui remettre sur le nez s'il le fait. Alors...

  • Geneviève Gauthier - Abonnée 23 mars 2013 14 h 12

    Question piégée?

    "Le hic, c’est que parmi les sept entreprises qui se partageront ce contrat, plusieurs ont fait l’objet d’allégations ou ont été citées à la commission Charbonneau, dont Louisbourg, une firme liée à Tony Accurso, et DJL Construction."

    Y-a-t-il une ou deux compagnies qui offrent ce service mais qui n'a pas été citée à la commission Charbonneau? Si oui, alors c'est un faux problème, qu'on récompense les honêtes.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 23 mars 2013 23 h 01

      Il reste la loi du plus bas soumissionnaire.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 mars 2013 05 h 41

      Il est exactement là le problême : Toutes les entreprises qui fournissent la ville on fait de la collusion et de la corruption. Y en a pas d'autres ! Et ceux qui fournissent l'asphalte ailleurs font exactement la même chose où ils sont. Y a pas un seul fournisseur d'asphalte honnête aux pays !

      La solution ? La ville achète un fournisseur et produit sa propre asphalte (après que le producteur soit tombé en faillite, c'est moins chers et c'est tout ce qu'ils méritent, la faillite !).