Guy Hébert au Devoir - «Je maintiens ce que j’ai dit lundi»


	«Mes relations avec Marc [Parent, le chef du SPVM] sont bonnes», affirme Guy Hébert.
Photo: - Le Devoir
«Mes relations avec Marc [Parent, le chef du SPVM] sont bonnes», affirme Guy Hébert.

Lundi, après 32 ans de service à la Ville de Montréal, Guy Hébert a dû rassembler ses affaires personnelles et quitter l’hôtel de ville par la porte arrière, celle du garage. « Je ne suis pas sorti par la porte d’en avant. Ils m’ont fait sortir par la porte du garage pour que je ne me fasse pas intercepter par personne. C’est ben l’fun comme fin de carrière. Tout ça fait que ça ne m’intéresse plus d’y retourner. »


Guy Hébert persiste à dire que toute cette affaire découle d’un malentendu. Il explique que lors de sa conversation téléphonique avec le sous-ministre Martin Prud’homme, du ministère de la Sécurité publique, il s’est informé des pouvoirs qu’il détenait et des responsabilités qu’il devait assumer à titre de directeur général de la Ville. Il a aussi posé des questions sur les modalités entourant la nomination et le congédiement d’un directeur au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Il a fait les mêmes démarches auprès d’autres ministères pour d’autres services de la Ville, souligne-t-il.


« J’ai eu des discussions téléphoniques informelles. Je maintiens tout ce que j’ai dit lundi, dit-il. Je n’ai jamais parlé au ministre. […] Il est possible que j’aie dit un mot inapproprié. Il est possible que le sous-ministre ait interprété des choses que j’ai dites. […] Je ne veux pas blâmer personne. J’ai fait ma job de bonne foi. Je n’ai pas demandé la démission ou le congédiement de Marc Parent. »


Quand le cabinet du ministère de la Sécurité publique a contredit sa version des faits, lundi après-midi, il a compris qu’il ne servait plus à rien de s’expliquer davantage. « Le maire [Michael Applebaum] m’a dit : “Comment puis-je te garder, que ce soit vrai ou pas vrai ?” », relate-t-il.


En veut-il au maire Applebaum d’avoir demandé sa démission ? « Pas du tout. M. Applebaum a été super du début à la fin. C’est un gars avec qui j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler », dit-il. Ses fonctions de directeur général nécessitent qu’il parle fréquemment avec des représentants des différents ministères à Québec, rappelle-t-il : « J’ai des dossiers à traiter et à livrer. Je ne peux pas dire toutes les semaines à M. Applebaum les sujets que j’ai traités et que je n’ai pas traités. Je lui parle des dossiers qui, selon moi, ont le plus d’intérêt pour lui. Pour le reste, je m’occupe de l’intendance.»

 

Marc Parent


Guy Hébert évoque le choc qu’il a eu à son retour de voyage : « Je reviens de vacances. J’ouvre la porte de mon condo. Je regarde La Presse par terre : en manchette, un gros plan de moi et mon “bras de fer” avec Marc Parent. » Le directeur général a alors téléphoné au chef de police. « Marc Parent m’a dit : “Qu’est-ce que c’est, cette affaire-là ? Tu voulais me congédier ?” »


Guy Hébert a expliqué sa version des faits au directeur du SPVM. Il affirme avoir clarifié la situation. Et lundi, après la conférence de presse qu’il a tenue à l’hôtel de ville, il lui a reparlé. « Mes relations avec Marc sont bonnes », soutient-il.


Le d.g. démissionnaire s’est fait reprocher son « ingérence » dans les activités du SPVM concernant, notamment, les contraventions données par les policiers montréalais. « Ç’a créé des tensions au début [avec Marc Parent]. Il me disait que les autres directeurs généraux avant moi n’étaient pas aussi exigeants que moi. Mais ça ne veut pas dire que je fais de l’ingérence pour autant, soutient Guy Hébert. C’est ma responsabilité de faire ça. […] Dans la Charte, toute la gestion administrative du Service de police relève du directeur général. »


La question des horaires a également créé des remous dans les rangs policiers. Mais Guy Hébert affirme que Marc Parent en est venu aux mêmes conclusions que lui à ce sujet et qu’il était d’accord pour mettre fin à ce projet pilote.


Mais contrairement à ce qu’affirme Guy Hébert, les relations entre lui et Marc Parent étaient loin d’être aussi bonnes qu’il le prétend, selon une source bien au fait du dossier. Pour sa part, Marc Parent a décliné la demande d’entrevue du Devoir.


Jean-Guy Gagnon


Des informations ont également circulé selon lesquelles Guy Hébert aurait eu une rencontre avec Jean-Guy Gagnon qui, en 2010, avait été pressenti pour diriger le SPVM. C’est plutôt Marc Parent qui a été choisi par le comité de sélection, ce qui a provoqué des grincements de dents dans les rangs des policiers. Jean-Guy Gagnon a finalement quitté le SPVM pour devenir conseiller spécial aux enquêtes à la Commission de la construction du Québec (CCQ).


« Je n’ai pas rencontré Jean-Guy Gagnon depuis qu’il a quitté la Ville », assure M. Hébert. L’ancien d.g. reconnaît toutefois qu’il connaît bien Jean-Guy Gagnon. Si son nom a pu être évoqué lors de sa conversation téléphonique avec Martin Prud’homme, c’est peut-être parce qu’il a été question de la course à la direction du SPVM en 2010, suggère-t-il. « Jean-Guy Gagnon est le seul que je connaissais parmi les candidats. J’ai eu l’occasion de travailler avec lui à quelques reprises. C’est quelqu’un que j’apprécie aussi. Mais je ne pouvais pas demander la démission du chef Parent pour pouvoir rentrer quelqu’un que je connais davantage. Ce n’est pas un critère. »


Indemnité


Guy Hébert ne reviendra plus à la Ville de Montréal, mais il estime que sa réputation a été entachée injustement. Il se décrit comme quelqu’un d’« exigeant » mais « droit », qui, en 32 ans à la Ville de Montréal, s’est vu confier des mandats parfois difficiles : « Je ne veux pas salir personne, je ne veux pas relancer le débat. Je veux juste dire que ce que j’ai dit à la conférence de presse de lundi matin, c’était la vérité. Malheureusement, quelqu’un a pu interpréter que je voulais la tête de Marc Parent. Si j’ai laissé entendre ça en disant les mauvais mots, je m’en excuse. Je suis désolé. »


Il s’étonne que la conversation qu’il a eue avec Martin Prud’homme ressurgisse quatre mois plus tard. « Qui a intérêt à sortir ça quatre mois plus tard ? Quelqu’un qui veut se venger de moi ? »


Guy Hébert aura droit à une indemnité de départ. « S’ils m’offrent quelque chose qui est raisonnable et qui est comparable à ce que d’autres personnes ont obtenu [d’autres d.g. avant lui], je vais accepter. Sinon, je vais être obligé de prendre un avocat et d’aller en cour, ce qui ne me tente pas du tout. »

À voir en vidéo