Ville de Montréal - L’après-Hébert donne lieu à des tensions

Jean Yves Hinse, l’actuel directeur du capital humain et des communications à la Ville
Photo: - Le Devoir Jean Yves Hinse, l’actuel directeur du capital humain et des communications à la Ville

Le maire Michael Applebaum a déjà annoncé que Jean Yves Hinse, l’actuel directeur du capital humain et des communications à la Ville, prendrait le relais de Guy Hébert à titre intérimaire, mais ce choix ne fait pas l’unanimité dans les rangs des partis d’opposition.


Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a exprimé mardi ses réserves : « Je veux que cet intérim soit le plus court possible parce que tout le monde sait que Jean Yves Hinse est un collaborateur très proche de Guy Hébert. Alors je crains qu’il ne partage la même philosophie de la haute fonction publique. Je souhaite que dès demain, le comité enclenche un processus de sélection d’un nouveau directeur général. »


Selon lui, l’administration devrait considérer la candidature de Rachel Laperrière, qui a assumé à deux reprises l’intérim à ces fonctions, en 2009 et en 2012. Mais Mme Laperrière a quitté la Ville en septembre dernier et occupe maintenant un poste de sous-ministre au ministère de la Culture et des Communications. Joint par Le Devoir, son bureau a fait savoir qu’elle ne ferait aucun commentaire.


De son côté, la chef de l’opposition, Louise Harel, avait suggéré la nomination de Rachel Laperrière au poste de d.g. en 2012, mais l’administration de l’ex-maire Gérald Tremblay lui avait alors préféré Guy Hébert.


Lors de la séance du conseil municipal mardi, Louise Harel a d’ailleurs mis en garde le maire Applebaum contre toute décision précipitée concernant le choix d’un successeur à Guy Hébert. Mais le maire Applebaum maintient le cap et lors d’une réunion à huis clos mercredi matin, les représentants du capital humain et du contentieux soumettront aux élus les différentes options qui s’offrent à eux.


La candidature de Jean Yves Hinse crée un malaise. Lundi, lors de la conférence de presse au cours de laquelle Guy Hébert a nié avoir demandé à Québec la tête du chef de police Marc Parent, M. Hinse - tout comme le contrôleur général, Alain Bond - était aux côtés du directeur général qui, quelques heures plus tard, a dû démissionner.


Employé par la Ville de Montréal depuis 2004, M. Hinse occupait auparavant le poste de vice-président aux ressources humaines au Groupe TVA.

 

Avis partagés


Parmi les employés, les avis sont partagés concernant Jean Yves Hinse. « Selon ma perception, c’est un homme très peu accessible, a commenté la présidente du Syndicat des professionnels de la Ville, Gisèle Jolin. Depuis qu’il est directeur du capital humain, on a eu une seule rencontre avec lui concernant l’équité salariale. »


Mme Jolin n’est pas convaincue que Guy Hébert a agi seul lorsqu’il s’est adressé à Québec pour demander le remplacement de Marc Parent. « On s’interroge beaucoup sur le fait que le d.g., aussi puissant soit-il, ait posé de tels gestes à l’insu du maire et du président du comité exécutif, sans avoir [été conseillé par] ses collaborateurs immédiats. M. Hinse faisait partie de ces collaborateurs immédiats. C’est d’ailleurs lui qui l’accompagnait à la conférence de presse. Pour nous, c’est un changement très cosmétique. »


Mais plusieurs reconnaissent que Jean Yves Hinse a marqué un grand coup en signant la paix syndicale avec les cols bleus. Le président du Syndicat des cols bleus, Michel Parent, n’a d’ailleurs que de bons mots pour son homologue patronal. « C’est quelqu’un de franc, de direct. Ce n’est pas une vipère. Il joue franc-jeu et met cartes sur table », dit-il.


Chez les pompiers, on préfère se tenir loin de ce débat. « On ne veut pas commenter le possible intérim que pourrait faire M. Hinse à la Ville. On en a assez du roman-savon, du mélodrame qui se déroule actuellement à la Ville, a indiqué Laurent Arel, de l’Association des pompiers de Montréal. Les pompiers trouvent ça pathétique, désolant. Ça ne peut plus durer. »

 

Indemnité de départ


Le comité exécutif devra également se pencher mercredi matin sur l’indemnité de départ qui devra être versée à Guy Hébert. La Ville pourrait être forcée de lui consentir un an de salaire, soit 300 000 $, mais les élus en sauront plus long lors de la réunion du comité exécutif.


Lorsqu’il avait démissionné en 2011, le d.g. précédent, Louis Roquet, n’avait pas touché d’indemnité. Ses prédécesseurs, Robert Abdallah et Claude léger, avaient reçu respectivement 252 000 $ et 244 494 $ lorsqu’ils avaient quitté leurs fonctions.


Toute cette affaire a plongé Michael Applebaum dans l’embarras. Mardi, le maire a dû à nouveau se défendre d’avoir fait confiance à Guy Hébert et de ne pas avoir effectué des vérifications auprès du ministère de la Sécurité publique au sujet des allégations qui pesaient sur le d.g. « Dans le futur, est-ce que je vais faire certains appels, peut-être que oui, mais dans ce dossier, je pense que Guy Hébert a fait une erreur grave, a-t-il dit. J’ai agi et j’ai agi vite. Les informations sont sorties et deux heures plus tard, il a accepté de quitter la Ville. » Des propos qui ne sont pas sans rappeler ceux qu’avait l’habitude de tenir son prédécesseur Gérald Tremblay.

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Pas d’élections anticipées

Le gouvernement Marois exclut la tenue d’élections anticipées ou la mise en tutelle de Montréal malgré la crise politique qui a pris de l’ampleur avec le départ forcé du directeur général de la Ville, Guy Hébert.
 

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a déclaré mardi matin qu’«il y a deux options si cette administration d'intérim ne fonctionne pas: [...] soit Québec met Montréal en tutelle, ce qui serait déshonorant pour tout le monde à Montréal, surtout pour les élus, soit il y a une élection générale anticipée». Le gouvernement maintient le cap sur les élections municipales prévues au début du mois de novembre, a indiqué le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault. D’ici là, l’administration de coalition dirigée par Michael Applebaum garde la confiance du gouvernement Marois, précise-t-on dans l’entourage du ministre responsable de la région de Montréal, Jean-François Lisée.

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