Montréal : nouveau choc à l’Hôtel de Ville

Le directeur général de la Ville de Montréal, Guy Hébert, avait nié en conférence de presse, lundi matin, avoir demandé à Québec de congédier le chef du SPVM, Marc Parent. Sa version des faits a été contredite plus tard par le cabinet du ministre de la Sécurité publique.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le directeur général de la Ville de Montréal, Guy Hébert, avait nié en conférence de presse, lundi matin, avoir demandé à Québec de congédier le chef du SPVM, Marc Parent. Sa version des faits a été contredite plus tard par le cabinet du ministre de la Sécurité publique.

Le directeur général de la Ville de Montréal, Guy Hébert, s’est fait montrer la porte, lundi, pour avoir évoqué avec un sous-ministre le remplacement du chef de police Marc Parent. Ces discussions se sont déroulées à l’insu du maire Michael Applebaum, qui a demandé et obtenu sa démission au terme d’une journée tumultueuse à l’Hôtel de Ville.

Alors qu’en matinée, Guy Hébert avait nié avoir demandé à Québec la tête du directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), plus tard dans la journée, sa version des faits a été contredite par le cabinet du ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron. Dès lors, la position du directeur général était intenable.


En fin d’après-midi, le maire Applebaum a annoncé le départ de Guy Hébert. « Le directeur général a le droit de parler à des sous-ministres, mais, selon ce que Guy Hébert m’a confirmé, il est allé trop loin dans ses questionnements sur Marc Parent. À mon avis, le départ de Guy Hébert est inévitable. S’il reste, le climat à l’Hôtel de Ville sera insupportable », a expliqué le maire lors d’une conférence de presse.


M. Hébert aurait pris l’initiative de discuter de l’avenir de M. Parent avec le sous-ministre sans en avoir parlé au maire. Lors d’une rencontre en fin de journée, Guy Hébert a assuré au maire qu’il n’avait pas demandé la démission de Marc Parent. Le sous-ministre Martin Prud’homme aurait mal interprété les propos de Guy Hébert, a relaté Michael Applebaum, qui estime tout de même que le directeur général a fait « une erreur de jugement ».


C’est Jean Yves Hinse, directeur du capital humain à la Ville, qui assumera l’intérim. Mais Guy Hébert ne partira pas les mains vides puisqu’il aura droit à une indemnité, à moins qu’il ne soit transféré dans un autre service. « M. Hébert a un poste permanent à la Ville de Montréal. Je ne peux pas le forcer à démissionner, a dit Michael Applebaum. Il va avoir une compensation, mais on va en discuter au comité exécutif fonctionnaire de la Ville mercredi. »


Nommé en janvier 2012 au poste de directeur général, Guy Hébert compte 32 ans de service à la Ville de Montréal. En 2008, le maire Gérald Tremblay lui avait confié la direction de la Société d’habitation et de développement de la Ville de Montréal afin d’y faire le ménage à la suite du scandale du Faubourg Contrecoeur.


Un directeur général dans l’embarras


Ces rebondissements font suite aux révélations de La Presse, qui, vendredi dernier, rapportait un bras de fer entre le directeur général et le chef de police, et des tentatives de M. Hébert pour obtenir de Québec le pouvoir de limoger Marc Parent. Fraîchement revenu de vacances lundi matin, M. Hébert a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a nié les allégations à son endroit. « Je ne peux pas appeler le Conseil des ministres et réclamer le pouvoir de congédier le chef de police. C’est pas comme ça que ça se passe, a-t-il argué. Il faudrait que je monte un dossier avec des preuves suffisamment grandes pour mériter une suspension, une rétrogradation ou un congédiement. Actuellement, le dossier de M. Parent est vierge. »


Guy Hébert avait même montré du doigt le président de la Fraternité des policiers, Yves Francoeur, qui aurait, a-t-il dit, orchestré toute cette affaire et propagé des « rumeurs » à son sujet. Rappelons que le président de la Fraternité des policiers est en conflit ouvert avec l’administration municipale au sujet de l’horaire de travail des policiers et ce qu’il considère comme de l’ingérence de la part du directeur général dans les activités du SPVM.

Quelques heures après la conférence de presse de M. Hébert, le cabinet du ministre de la Sécurité publique a présenté une autre version des faits. «M. Hébert a effectivement demandé le remplacement de M. Parent au sous-ministre Martin Prud'homme, qui a transmis la demande au ministre. Celui-ci a dit non», a indiqué au Devoir l'attaché de presse du ministre Stéphane Bergeron, Jacqueline Aubé.

La demande aurait été faite lors d'une conversation téléphonique entre M. Hébert et le sous-ministre il y a quelques semaines, a-t-elle ajouté.

Selon Radio-Canada, Guy Hébert aurait même évoqué le nom de Jean-Guy Gagnon pour remplacer Marc Parent. En 2010, la candidature de Marc Parent avait été préférée à celle de M. Gagnon, alors numéro deux sous l'ancien chef de police, Yvan Delorme. Jean-Guy Gagnon en était à son deuxième revers dans la course à la direction du SPVM, puisqu'en 2005, il avait aussi mordu la poussière contre Yvan Delorme. Un an plus tard, Jean-Guy Gagnon a accepté un poste de conseiller spécial aux enquêtes à la Commission de la construction du Québec (CCQ).

 

Lien de confiance rompu


Selon les partis d’opposition, le départ du directeur général était la seule issue possible. « La confiance n’était plus là. C’était la seule chose à faire, a constaté la chef de l’opposition, Louise Harel. M. Hébert a fait le même déni à M. Applebaum qu’il a fait devant les journalistes ce matin. Il a nié en bloc avoir fait des démarches pour remplacer le directeur du SPVM. M. Applebaum a fait confiance, mais dans les circonstances, il faut avoir beaucoup de vigilance. »


Pour le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, des doutes ne pouvaient persister plus longtemps. « Nous devons avoir une confiance absolue envers le directeur général de la Ville. Ce que nous savons maintenant, c’est qu’il a menti au maire, aux élus, à la population et aux journalistes. Devant ce constat, c’est triste, mais il n’a pas d’autre choix que de démissionner ou d’être congédié. »


M. Bergeron a suggéré que Rachel Laperrière soit nommée au poste de directrice générale. À trois reprises au cours des dernières années, Mme Laperrière a assumé ces fonctions à titre intérimaire, mais, selon M. Bergeron, il serait temps de lui accorder ce poste de façon définitive.


Mme Laperrière a toutefois quitté la fonction publique montréalaise en septembre dernier, ayant accepté un poste de sous-ministre au ministère de la Culture et des Télécommunications. « Si elle consentait à accepter la fonction, moi, ça me rassurerait énormément. Elle a pris le relais avec beaucoup de dignité et de compétence », a dit M. Bergeron.


Mais compte tenu de l’imminence des élections, M. Hinse assurera probablement l’intérim jusqu’en novembre prochain.


Le nom de Guy Hébert s’ajoute à la liste déjà longue de directeurs généraux qui ont occupé cette fonction depuis 2001, parmi lesquels Robert Abdallah et Claude Léger, qui ont quitté leur poste dans la tourmente, et Louis Roquet.

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Ce texte a été modifié après publication

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