Union Montréal réuni en caucus: le parti tient le coup

«La décision que nous prenons, c'est de continuer notre travail au sein d'Union Montréal», a dit le chef d'Union Montréal, Richard Deschamps, entouré de 29 des 32 élus restés fidèles au parti.
Photo: - Archives Le Devoir «La décision que nous prenons, c'est de continuer notre travail au sein d'Union Montréal», a dit le chef d'Union Montréal, Richard Deschamps, entouré de 29 des 32 élus restés fidèles au parti.
«La décision que nous prenons, c'est de continuer notre travail au sein d'Union Montréal», a dit M. Deschamps, entouré de 29 des 32 élus restés fidèles au parti.

Le caucus a passé la journée à discuter de l'avenir de la formation durement malmenée à la commission Charbonneau.

D'autres rencontres stratégiques semblables auront lieu d'ici les élections de novembre. Il serait tout aussi prématuré d'annoncer la renaissance de la formation que sa mort immédiate. «Je ne peux pas prédire ce qui va se passer dans huit mois. Il peut y avoir encore des choses qui vont se passer», a dit M. Deschamps.

«Il y a un plan d'action, et tout est ouvert», a renchéri le président du caucus, Bernard Blanchet.

Toujours debout


Bernard Blanchet concède que les temps sont difficiles, mais il refuse d’envisager la mort du parti, né en 2001.

«Il y a un côté humain qui n’est pas facile. Il n’y a personne qui a été formé pour passer à travers une situation comme celle-là», a dit M. Blanchet, qui a demandé «du temps et du respect» pour ses troupes.

Le vétéran Sammy Forcillo ne croit pas non plus à la disparition imminente d’Union Montréal. «On est à sept mois de l’élection, et il faut regarder le demain», a dit le conseiller du district de Peter-McGill.

Parti malmené

Les révélations de la commission Charbonneau ont fait mal à l’image de marque du parti, déjà entachée par les enquêtes répétées des journalistes.

Union Montréal a remporté les élections de 2001, 2005 et 2009 en utilisant des dons illégaux.

De 2001 à 2004, le collecteur de fonds Bernard Trépanier, surnommé «Monsieur 3%», percevait des sommes de 5000$ à 15 000$ en liquide, selon le témoignage de l’ingénieur Yves Cadotte, vice-président de SNC-Lavalin.

Les firmes de génie-conseil et les entrepreneurs en construction achetaient régulièrement des billets pour les cocktails de financement, en utilisant des proches ou des employés comme prête-noms, ce qui est illégal en vertu de la loi électorale (seuls les dons individuels sont permis).

Pour l’élection de 2005, M. Trépanier a monté la barre, en exigeant des contributions en liquide de 200 000$ pour les plus grandes firmes de génie, et de 100 000$ pour les firmes de taille moyenne.

En échange, les firmes de génie ont obtenu le quasi-monopole sur les contrats majeurs en infrastructures à Montréal jusqu’à la création de l’escouade Marteau, en 2009.

Durant cette période, les firmes de génie et les entrepreneurs ont accepté de verser des ristournes de 3% en liquide sur la valeur de leurs contrats à Union Montréal.

Le partage de la tarte était réalisé par Michel Lalonde, le p.-d.g. de Génius, et Bernard Trépanier, sur instructions du président du comité exécutif, Frank Zampino.

Un ancien directeur général d’Union Montréal, Christian Ouellet, recevait une rémunération secrète du groupe Roche, pour l’aider à percer le marché montréalais. Des documents confidentiels sur les objectifs de financement d’Union Montréal pour 2004 et 2005 ont même été retrouvés dans le bureau de France Michaud, vice-présidente de Roche, qui est aujourd’hui accusé de fraude.

M. Ouellet a caché ces informations à l’ex-maire Gérald Tremblay, et à l’exécutif d’Union Montréal.

Problème de fond

Les élus restants d’Union Montréal sont tout aussi renversés que le public par l’avalanche de mauvaises nouvelles en provenance de la commission Charbonneau.

Toutes ces révélations ont ébranlé leur confiance, à sept mois des élections.

Le conseiller Alvaro Farinacci trouve dommage qu’une poignée d’individus mal intentionnés aient sapé les fondations d’Union Montréal. «C’est un parti solide parce que ses membres sont nombreux et liés. Ses élus travaillent très fort dans tous les arrondissements», a-t-il dit.

Les élus rencontrés en matinée ont tenu une ligne similaire. Les problèmes soulevés à la commission Charbonneau dépassent largement le cas d’Union Montréal. «Il y a un problème de société, a dit M. Blanchet. Le lien de confiance est avec la classe politique au complet. Il faut pas tout prendre sur nos épaules.»

Le parti a encore perdu sept membres en l’espace de 24 heures, en février dernier, dont les poids lourds Luis Miranda et Gilles Deguire, respectivement maires d’Anjou et de Montréal-Nord.

D’autres seraient en réflexion, entre autres Michel Bissonnet, maire de Saint-Léonard.

«Démissionner, c’est facile. Nous sommes tous au courant de ce qui se passe, mais nous avons une responsabilité comme parti. Nous avons des principes et des valeurs», estime Helen Fotopulos, conseillère de Côte-des-Neiges.

Depuis la démission de Gérald Tremblay, le 5 novembre dernier, Union Montréal connaît une lente agonie. Le parti majoritaire au conseil depuis 2001 arrive maintenant bon deuxième derrière les indépendants au conseil municipal.

La répartition des sièges au conseil se lit comme suit : indépendants (23 élus), Union Montréal (16), Vision Montréal (14) et Projet Montréal (10).

Le parti n’a pas remplacé le directeur général démissionnaire, Richard Mimeau. Louise Fournier assure l’intérim pour à peu près tous les dossiers à l’interne au parti.

Union Montréal est peu présente à l’hôtel de ville. Son chef, Richard Deschamps, réagit rarement aux derniers développements.

Le site Internet du parti est moribond. Les nouvelles les plus récentes remontent au 8 novembre avec la désignation de M. Deschamps comme candidat à la succession de Gérald Tremblay.

La section-chef du site est laconique: «informations à venir». Le fil Twitter du parti ne chante plus depuis le 6 février.

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