Bras de fer à Montréal - Le d.g. de la Ville est isolé

«La police doit toujours être indépendante du pouvoir politique», a dit le président de la Fraternité des policiers, Yves Francœur.
Photo: François Pesant - Le Devoir «La police doit toujours être indépendante du pouvoir politique», a dit le président de la Fraternité des policiers, Yves Francœur.

M. Parent ne se laissera pas marcher sur les pieds par le directeur général, a appris Le Devoir de source sûre. En riposte au putsch raté de M. Hébert, il va réitérer publiquement la pleine indépendance de la nouvelle Escouade de protection de l’intégrité municipale (EPIM) pour enquêter sur les malversations à l’Hôtel de Ville. « Lorsque l’EPIM fait ses enquêtes, les gens qui fournissent de l’information tombent sous la protection de la police. Il n’y aura pas d’ingérence. Les gens peuvent se sentir libres d’appeler l’EPIM au sujet de n’importe quel fonctionnaire », nous dit-on.


L’initiative vise à rassurer les fonctionnaires qui pourraient être échaudés par la vendetta de Guy Hébert. Selon La Presse, M. Hébert a cherché à congédier M. Parent après avoir eu vent d’une enquête à son sujet sur l’octroi d’un contrat litigieux à la firme Cassidian Communications. Il s’est même adressé au ministère de la Sécurité publique pour obtenir la tête de M. Parent, mais il s’est fait barrer la route.


Le Devoir a rapporté aussi dans les derniers jours que M. Hébert s’ingérait dans les activités du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pour suivre pas à pas les opérations de circulation routière. Des rapports hebdomadaires lui sont acheminés sur le nombre de contraventions émises et les montants perçus par les policiers, identifiés par leurs matricules. M. Hébert est aussi intervenu pour court-circuiter les négociations entre la Fraternité des policiers et la direction du SPVM pour mettre un terme au projet pilote d’horaire sur trois jours et demi.


Selon le responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Christian G. Dubois, il ne faut pas confondre « gérance » et « ingérence ». « Guy Hébert demande une reddition de comptes et ça s’applique à tous les services municipaux », estime-t-il.

 

Rencontre lundi


M. Hébert doit rencontrer le maire, Michael Applebaum, et Christian G. Dubois, à son retour de vacances, lundi matin. Le maire a indiqué vendredi qu’il n’était pas au courant des démarches de son directeur général pour dégommer Marc Parent. Selon nos informations, le comité exécutif n’a jamais été mis dans le coup non plus. Dans l’immédiat, MM. Applebaum et Gagnon ont réitéré leur pleine confiance à l’égard de Marc Parent et de Guy Hébert.


M. Dubois a parlé à Guy Hébert vendredi. « Il m’assure qu’il n’a pas fait ces démarches », a dit M. Dubois, qui met l’agitation des derniers jours sur le compte de la Fraternité des policiers. « Il y a une guerre entre la Fraternité et le service de police parce que j’ai commencé la bataille en décembre, en disant que la semaine de trois jours, c’était terminé et non négociable », explique-t-il.


Les membres de Vision Montréal demanderont des comptes lors de la prochaine séance mercredi. Ils présenteront aussi une motion de confiance à l’endroit de Marc Parent à la prochaine séance du conseil.


La chef du parti, Louise Harel, prend très au sérieux les accusations d’ingérence portées contre Guy Hébert. « C’est comme si l’administration municipale n’avait pas intégré dans sa culture le fait qu’il y a des institutions qui ne relèvent pas d’elle et qui ont un pouvoir de surveillance », a-t-elle dit.


De son côté, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a parlé d’une « crisette », refusant de prendre position dans une dispute entre hauts fonctionnaires, qu’il appelle à marcher dans la voie de « la transition tranquille » jusqu’aux prochaines élections. « Ce n’est pas parce que plus aucun parti politique ne peut imposer ses vues en usant de sa majorité au conseil municipal que cela autorise la haute fonction publique montréalaise à paralyser l’appareil municipal en déclenchant une lutte de pouvoir stérile », a fait savoir M. Bergeron.

 

Appuis à l’interne


Même dans le contexte tendu qui prévaut au SPVM, cadres et syndiqués se sont ralliés derrière Marc Parent.


La Fraternité des policiers a réclamé la démission de Guy Hébert pour ses ingérences répétées dans les activités du SPVM. « La police doit toujours être indépendante du pouvoir politique, a dit le président de la Fraternité, Yves Francoeur. De toute évidence, dans les circonstances, Guy Hébert n’est plus apte à occuper son poste. »


Selon Yves Francoeur, l’abandon de l’horaire de trois jours et demi est « une magouille pour monter les policiers contre le directeur Parent pour que ce soit eux qui obtiennent sa démission. Faire de la politique au détriment de la qualité de vie des policiers, c’est dégueulasse », estime-t-il.


L’association professionnelle des officiers de direction du SPVM a aussi réitéré son appui à Marc Parent. « Son intégrité et sa capacité de gérer le SPVM ne sauraient être mises en doute », a dit le président Roch Deroy.


Tout comme Yves Francoeur, M. Deroy n’a jamais vu un directeur s’ingérer autant que Guy Hébert dans les activités de la police. « Il y a une limite à s’ingérer dans notre travail », a dit M. Deroy, faisant référence au dossier des contraventions.


« Demander la démission du directeur au ministère de la Sécurité publique, ça dépasse les bornes, surtout que le maire n’était pas au courant. Il faut peut-être lire entre les lignes et se demander quel genre d’homme est Guy Hébert. Il peut demander de prendre la direction du service de police s’il veut autant [le poste] », ajoute-t-il.


Les maires des villes de banlieue jugent enfin « cavalière » l’attitude de Guy Hébert. Philippe Roy, maire de Mont-Royal, a appris dans les journaux que le directeur général a voulu congédier Marc Parent. Or, cette décision doit être entérinée par le conseil d’agglomération.


« La décision d’embaucher ou de congédier un chef de police est une décision politique. Ce n’est pas au directeur général de poser ce geste-là », a dit M. Roy, qui parle au nom des 15 maires de banlieue dans ce dossier.


Marc Parent est très apprécié des maires de banlieue pour son éthique et son leadership. « Il a toujours notre confiance », a précisé M. Roy.

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