Commission Charbonneau - SNC-Lavalin a versé 200 000 $ en liquide à Union Montréal

Yves Cadotte, vice-président de SNC-Lavalin
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Yves Cadotte, vice-président de SNC-Lavalin

SNC-Lavalin avait érigé en système l’utilisation de prête-noms pour financer les partis provinciaux et municipaux, poussant même la logique du développement des affaires jusqu’à aider Union Montréal à voler l’élection de 2005 en payant ses factures.


Yves Cadotte, le vice-président de la compagnie éclaboussée par des scandales de corruption, a versé 200 000 $ en liquide au collecteur de fonds Bernard Trépanier pour la campagne de 2005, sachant très bien qu’il obtiendrait des projets en retour. La firme a d’ailleurs obtenu des contrats de 5,7 millions de dollars à Montréal, de 2005 à 2009.


Même pour une firme de la taille de SNC-Lavalin, amasser 200 000 $ en argent comptant n’est pas une mince affaire. « C’est un montant qui était énorme, majeur. Ça a pris plusieurs mois avant qu’on soit capables de répondre à cette demande », a dit M. Cadotte jeudi à la commission Charbonneau.


Union Montréal s’était faite moins gourmand les années précédentes. M. Cadotte avait acheté pour 10 000 $ de billets pour les cocktails de financement, en utilisant ses employés comme prête-noms. Il avait aussi remis de 5000 $ à 15 000 $ à « Monsieur 3 % », Bernard Trépanier, qui agissait sous les ordres de Frank Zampino.


M. Cadotte et ses collègues Normand Morin et Pierre Anctil (un libéral de longue date) ont brièvement discuté de l’à-propos d’une contribution illégale de 200 000 $, pour décider finalement d’aller de l’avant. « C’était dans l’optique de continuer à faire des affaires à Montréal », a expliqué M. Cadotte.


SNC-Lavalin a effectué le paiement en deux tranches. L’entreprise a acquitté une facture de 75 000 $ de Morrow Communications, propriété d’André Morrow, une firme à laquelle Union Montréal faisait régulièrement appel pour ses campagnes. « C’est une fausse facture », reconnaît-il.


Fait à souligner, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) enquête sur la campagne de 2005. Six arrondissements auraient été mis à contribution pour payer à même les fonds publics des dépenses électorales non comptabilisées en 2001, pour des services rendus par la firme Octane Stratégies. Projet Montréal a déjà demandé que l’UPAC se penche aussi sur le cas de Morrow, qui a obtenu des contrats de 439 000 $ d’Union Montréal de 2006 à 2011.


La deuxième tranche de 125 000 $ a été remise en liquide à Bernard Trépanier par Yves Cadotte. Le directeur général de la division Transports, infrastructures et bâtiments ignore comment sa firme s’y est prise pour générer une somme si importante en liquide. À sa connaissance, SNC-Lavalin ne participait pas au stratagème de la fausse facturation.


C’est un haut placé aux sympathies libérales notoires, Pierre Anctil, qui lui a remis l’enveloppe bourrée de billets. M. Anctil relevait directement de l’ex-p.-d.g., Jacques Lamarre. Directeur général du Parti libéral du Québec (PLQ) de 1988 à 1993, M. Anctil a conseillé Robert Bourassa et Daniel Johnson dans sa carrière.

 

Système de prête-noms


SNC-Lavalin avait par ailleurs érigé en système l’utilisation des prête-noms. Les cadres étaient régulièrement mis à contribution pour financer le Parti québécois (PQ) et le PLQ. La firme les remboursait en bonis de fin d’année, en doublant le montant pour éponger l’impôt.


SNC-Lavalin a donné 570 000 $ au PLQ et 477 000 $ au PQ, entre 1998 et 2010, grâce à ce stratagème interrompu en raison des enquêtes de la police et des médias. Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) a enquêté sur le financement illégal des partis provinciaux par les cadres de SNC-Lavalin. Ceux-ci ont nié le recours aux prête-noms.


Enfin, comme Michel Lalonde (Génius) et Charles Meunier (BPR) avant lui, M. Cadotte ne voit aucun lien entre le financement des partis provinciaux et l’octroi des contrats du ministère des Transports du Québec. Son témoignage reprendra lundi.


En matinée, l’enquêteur André Noël a exposé les résultats d’un travail de vérification réalisé avec trois collègues. À partir d’une liste de 100 contributeurs de dons de plus de 1000 $, ils ont identifié 32 cas suspects. En faisant du porte-à-porte, les quatre enquêteurs ont retrouvé des prête-noms dans huit chaumières.


La commission a entendu par la suite quatre employés de la Société de développement Angus, Louisbourg SBC, Leroux-Beaudoin et Construction Pomerleau. Ils ont confirmé que leurs dons totalisant 27 000 $ (principalement pour Union Montréal et le PLQ) avaient été remboursés par leurs entreprises respectives.


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D’Amour n’a jamais vu de collusion chez BPR

Contrairement à son ancien collègue Charles Meunier, le député libéral Jean D’Amour affirme qu’il n’a jamais entendu parler de collusion lorsqu’il était responsable du développement des affaires pour BPR dans le Bas-Saint-Laurent, en 2007-2008. « On est en région, peut-être que la dimension est différente », a-t-il répondu aux journalistes. L’ancien maire de Rivière-du-Loup dit qu’il n’y avait « pas de lien » entre son emploi chez BPR et son rôle de président du Parti libéral du Québec, qu’il assumait bénévolement. Il avoue néanmoins qu’il ne reprendrait pas cet emploi si c’était à refaire. « Honnêtement ? Je ne crois pas, quand je regarde tous les problèmes que ça m’a causés », a-t-il dit, faisant référence aux accusations de lobbyisme illégal.

6 commentaires
  • Michel Benoit - Inscrit 15 mars 2013 03 h 35

    Fausse facture de Morrow Communications

    Une fausse facture (75 000 $) de Morrow Communications se transforme en argent sale pour Union Montreal.

    C'était bien avant que Morrow Communications ramasse le contrat 2008-11 totalisant
    1 500 000 $ pour préparer l'arrivée des BIXI à Montréal.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 mars 2013 04 h 19

    L'art

    Voici un des hommes qui a développé l'art de tout dire sans être comprit. De belle phrases rondes enrobées dans la parlure bureaucratique qui engourdi le cerveau (le sien comme les nôtres) pour faire passer l'injustifiable.
    Un peu dans le genre du mot «cloporte» pour décrire de la mar... On sais ce que c'est mais ça fait plus mondain.

    Mais, toujours, dans son verbiage je perçois l'ombre indistincte de noms non nommés et de personnages plus dangereux au provincial que la mafia de Montréal. Y en aura pas de facile.

    Vous avez vu ces gens ordinaires qui ont été trainés de force devant la Commission ? On est tous dans le même paniers. Nous sommes tous otages de ces malfrats qui nous tiennent à la gorge par la précarité de nos emplois au bord de la survie pendant qu'ils fouillent dans nos porte-feuilles dans nos poches de nos pantalons tout en se présentant devant nous pour enfiler des mots en longueur afin de ne pas dire que c'est du vol qualifié.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 15 mars 2013 07 h 56

    Les compteurs

    Après les compteurs d'eau, nous en sommes aux compteurs d'argent liquide.

    Desrosiers
    Val David

  • François Dugal - Inscrit 15 mars 2013 08 h 29

    La valse

    La valse des enveloppes brunes fait danser toute la classe politique.
    Que fait le DGE?
    Que fait le fisc?
    Pourquoi la caste «Armani-Hugo Boss» joit-elle de l'immunité?

  • Grace Di Lullo - Inscrit 15 mars 2013 08 h 58

    Tout est dans la modération

    Monsieur Lefebvre vos commentaires sont toujours très appréciés. Vous écrivez d'une manière brillante sur le sujet, moi je l'aurais rédigé avec aucune modération (apprécié le jeu de mot).