Commission Charbonneau - Un 2e membre du cartel du génie passe aux aveux

L’ingénieur François Perreault est passé aux aveux dès les premières minutes de son témoignage, mardi, à la commission Charbonneau.
Photo: Source commission Charbonneau L’ingénieur François Perreault est passé aux aveux dès les premières minutes de son témoignage, mardi, à la commission Charbonneau.

L’ingénieur François Perreault n’y est pas allé par quatre chemins pour expliquer les raisons de sa démission à la vice-présidence de Génivar, vendredi dernier. Il faisait partie du cartel des ingénieurs, et il versait des ristournes de 3 % à Union Montréal sur la valeur de ses contrats.

M. Perreault est passé aux aveux dès les premières minutes de son témoignage, mardi, à la commission Charbonneau. Coupant court aux préambules, il a reconnu sa participation au cartel des ingénieurs, qui regroupait « toutes » les firmes de génie actives sur le marché montréalais. « Je n’ai jamais vu personne décider de lui-même d’y aller. Un “outsider”, je n’ai jamais vu ça. Tout le monde était là », a-t-il dit.


Le collecteur d’Union Montréal, Bernard Trépanier, et le président du comité exécutif, Frank Zampino, contrôlaient ce système du « partage de la tarte ». Jusqu’ici, M. Perreault confirme le témoignage de son collègue Michel Lalonde, p.-d.g. de Génius et coordonnateur de la collusion auprès des firmes de génie-conseil.


C’est Michel Lalonde qui fixait « l’ordre des prix », afin que les contrats soient répartis selon les instructions de Bernard Trépanier. C’est aussi Bernard Trépanier qui a contacté M. Perreault pour que Génivar fasse un don occulte de 200 000 $ lors de la campagne de 2005. Par la suite, Génivar a accepté de verser des ristournes de 3 % sur la valeur de ses plus importants contrats, dans le domaine des infrastructures.


François Perreault n’a jamais transigé directement avec Frank Zampino, mais il a rencontré de trois à cinq fois M. Trépanier, surnommé « monsieur 3 % », dans les bureaux d’Union Montréal.


M. Perreault lui remettait des sommes en liquide de 20 000 $ à 50 000 $ que le collecteur de fonds cachait dans son coffre-fort. Le système de ristournes était géré « à la bonne franquette ». Personne ne tenait une comptabilité serrée. Les dons illégaux affluaient au parti, tandis que les contrats tombaient dans les mains des firmes de génie-conseil.


Le marchandage a été payant : de 2005 à 2009, Génivar a obtenu des contrats de 12,5 millions pour la ville centre seulement, selon des données obtenues en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.


M. Perreault, qui donne l’impression d’un homme n’ayant plus rien à perdre, poursuivra son témoignage aujourd’hui.

 

Double mandat pour Ouellet


En matinée, la commission a appris que le groupe Roche comptait sur un allié secret pour percer le marché montréalais. Christian Ouellet était sur la liste de paie de la firme de génie-conseil pendant toute la durée de son mandat à la direction générale d’Union Montréal.


De 2003 à 2008, il touchait en moyenne 5000 $ par mois de Roche pour des services professionnels non précisés, pour un total de 327 250 $. Roche lui a fait son dernier versement d’honoraires, en avril 2008, le même mois où il quittait la direction générale d’Union Montréal, un poste qu’il a occupé pendant quatre ans.


La double rémunération est suspecte à plus d’un égard. M. Ouellet a caché au maire Gérald Tremblay et à l’exécutif d’Union Montréal qu’il détenait un mandat de Roche. À l’époque, la firme lorgnait le marché montréalais. La firme, membre du cartel des ingénieurs selon le témoignage de Michel Lalonde et de François Perreault, cherchait à comprendre pourquoi elle était incapable d’obtenir des mandats significatifs dans la métropole. Christian Ouellet devait ouvrir à Roche les portes de l’hôtel de ville. Il a fait « pas grand-chose » pour toucher son cachet.


Le commissaire Renaud Lachance et la juge France Charbonneau n’ont pas caché leur étonnement devant la nonchalance du témoin par rapport à ce conflit d’intérêts. M. Ouellet est incapable d’y voir une faute. Avec le recul et tout ce qu’il entend dans les médias, il agirait autrement si c’était à refaire.


La commission mise au défi


M. Ouellet a mis la commission au défi en posant en organisateur « redoutable et intègre ». « Pas personne ne va briser cette réputation », a-t-il prévenu à la reprise de son témoignage.


Le procureur Cainnech Lussiaà-Berdou lui a donc présenté le registre de ses conversations avec Bernard Trépanier. Entre 2005 et 2008, ils se sont parlé à 67 reprises. Pourtant, M. Ouellet avait affirmé quelques minutes auparavant qu’il n’entretenait « aucune relation » avec Bernard Trépanier.


Le témoin a indiqué qu’il ne se souvenait pas de la nature des échanges, mais qu’il pourrait certainement apporter des explications si on lui faisait jouer des extraits d’écoute électronique.


Si l’on en croit Christian Ouellet, « monsieur 3 % » agissait comme un électron libre au sein d’Union Montréal. Le patron du parti ne s’intéressait pas à ses activités de collecte de fonds, une opération pourtant névralgique pour n’importe quelle formation politique.


Lorsque Bernard Trépanier a quitté le parti dans la tourmente, en juin 2006, M. Ouellet ne s’est même pas informé des raisons de son départ. « En règle générale, je n’ai aucun contact avec les employés », a-t-il dit.


La juge Charbonneau et le commissaire Lachance ont du mal à avaler que M. Ouellet gardait de telles distances dans une équipe restreinte de six employés. « Quel genre de reddition de comptes faites-vous avec M. Trépanier ? », a demandé M. Lachance. Le témoin a répliqué que cette tâche revenait à l’agent officiel du parti, Marc Deschamps.


M. Ouellet s’est interrogé une seule fois sur le rôle de Bernard Trépanier, au début de son mandat, en 2004. Des rumeurs circulaient sur la tenue d’une enquête de la Sûreté du Québec sur Bernard Trépanier. M. Ouellet a avisé le maire Gérald Tremblay et son directeur de cabinet, Stéphane Forget. « Ils ont pris bonne note. Ça s’est arrêté là pour moi », résume M. Ouellet.


Un mois plus tard, l’avocat Gilles Hébert, impliqué dans les campagnes du maire, l’a informé qu’il n’y avait aucun problème avec Bernard Trépanier, et Christian Ouellet ne s’est jamais plus questionné sur son rôle.

***

 

L’opposition est favorable à la prolongation

Les partis de l’opposition sont favorables à une prolongation de 18 mois du mandat de la commission Charbonneau. Le député libéral Robert Poëti a déclaré que le gouvernement doit répondre positivement à la demande de la juge France Charbonneau. Le député de la Coalition avenir Québec Jacques Duchesneau a lui aussi plaidé pour que les travaux continuent. Le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud, a répété que le gouvernement a reçu cette demande de prolongation de Mme Charbonneau. « C’est le conseil des ministres qui aura à statuer sur cette demande, a-t-il dit. Nous sommes en train d’analyser cette demande. » Du côté de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), la demande de prolongation a été accueillie plutôt favorablement.

La Presse canadienne

9 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 13 mars 2013 06 h 31

    Étrange

    Bravo à M.Perreault de s'avancer et d'admettre. Ça peut venir de mon enfance catholique qui dit «faute avouée, à moitié pardonnée». Ou est-ce plus contemporain quand je compare avec ces autres énergumènes genre Ouellet arrivant du haut de leur superbe n'ayant rien vu et tout nier en bloc ou d'autres ne se rappelant de rien sauf de leur grande expertise en procédure complètement déconnecté du moindre petit soupçon de moralité intérieure. Des vrais psychopathes ! JR dans «Dallas» a fait plus de dommage que je pensais dans le temps.

    À propos de la prolongation, la population a besoin d'entendre «tout» et tout le monde pour qu'enfin tous se rendent compte que ce n'est pas des légendes urbaines, c'est la réalité qui a pourri notre environnement pendant des années ! Ceci n'est pas un exercice mental quelconque pour faire joli pendant que les escrocs continuent leurs travaux de réfection de routes, trottoirs et égouts en toute quiétude. Les Milliotos et autres zigotos de ce monde doivent être écartés pour tout de bon ! La survie de notre société en dépend.

    P.S. RDI, demandez donc à votre ex-juge commentatrice qu'est-ce que ça prend pour l'impressionner ? Qu'elle arrête de diminuer l'importance de ce qui est dit ou non-dit car le non-dit parle autant que les paroles. Et qu'elle arrête de chercher LE coupable, nous ne sommes pas devant une cours de justice !

    Et à tous les journalistes et commentateurs : Ne vous insensibilisez pas devant ces horreurs, réflexe possible devant l'accumulation. Aidez-nous à garder notre indignation intacte. Si vous cherchiez une motivation supérieure à votre travail,
    «comprenez !» et je le répète : La survie de notre société en dépend.
    Et si vous pourriez trouver dans votre cœur de ne plus nous présenter les vérités et les faussetés sur le même pied, je vous en serais gré toute ma vie. Vous êtes au front ! Montrez-nous et au monde entier c'est quoi «l'intégrité» !
    Merci à l'avance.

    • François Dugal - Inscrit 13 mars 2013 08 h 34

      «Faute avouée est à moitié pardonnée», et les rapines pourraient être à demi-remboursées; cela soulagerait le payeur de taxes.

    • Robert Morin - Inscrit 13 mars 2013 08 h 43

      Bien M. Lefebvre.

    • Louise Faubert - Inscrite 13 mars 2013 09 h 07

      M. Lefebvre,

      Je vous remercie d'avoir tellement bien décrit le dégoût et la nausée que je ressens moi-même face à tous ces répugnants individus qui viennent raconter leurs faits d'armes devant la Commission, bien calés dans le fauteuil, sans éprouver la moindre honte, certains défiant même ouvertement les Commissaires...!! Dommage que la Commission n'ait pas les pouvoirs de les envoyer séance tenante devant un juge pour outrage au tribunal!

      Et l'ex-juge commentatrice...! Celle-là...

    • Christian Fleitz - Inscrit 13 mars 2013 09 h 48

      «Faute avouée à moitié pardonnée» Pourquoi pas ? Mais ce n'est pas l'échafaud qui fait le criminel. Il faudrait d'abord que tout ce beau monde passe à la caisse pour rembourser à la communauté leurs escroqueries. Ensuite, et pour l'exemple, considérant que ce ne sont pas des personnes manquant de connaissance de la morale exigée par leurs fonctions. Serait-il raisonnable de rouvrir les carrières pénitentiaires : Pendant quelques années, casser des cailloux en vivant dans des conditions précaires, cela aide à apprécier les réalités et les conséquences des forfaits comme à faire réfléchir ceux qui seraient tentés de conduite aussi condamnables. Après cette première phase «physique», la réhabilitation devrait être plus aisée. La société québécoise a affaire avec ces individus à de vrais voyous. Mais on peut rêver....

    • André Dumont - Abonné 14 mars 2013 09 h 26

      Bravo M. Pierre Lefebvre pour la qualité et la justesse de vos propos. Une vraie détente pour l'esprit que de vous lire.
      En espérant en effet que les journalistes comprennent.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 mars 2013 05 h 03

      Merci de votre support. Je me sens moins seul. Et il faut comprendre et faire comprendre aux animateurs de télé que la Commission n'est pas un exercice ou un débat philosophique sur la mal-nutrition des maringouins à cause du surplus de gras dans la chair humaine. Gardez le cap !

      Poiriers peut bien se plaindre qu'il est tanné de se faire couper son temps d'antenne et qu'il ne trouve pas intéressant la Commission avant 11 heure, sauf que de l'autre côté de la bouche (quand il réussi à compléter une phrase) il baragouine que ce n'est pas un téléroman. Faudrait se faire une idée mon Claude ! En toute amitié.

  • RONALD LESAGE - Inscrit 13 mars 2013 09 h 32

    La maturité .

    C'est comprendre que le marchand qui vous offre une prime gratuite , elle est inclus cachée dans l'addition , que son voeu le plus cher c'est de tout faire pour satisfaire son client , ce n'est qu'après avoir assuré un bon profit pour son industrie . Toute compagnie qui n'aurait pas appliqué le système du retour de l'ascenseur aurait du fermer ses portes par manque de contrat . Montréal n'est pas la seule , mais non la moindre . Être mature c'est réaliser que parmi les hommes il y aura toujours des profiteurs et que toute forme d'enquête ne décèlera que des demi-vérités . A cela on peut espérer qu'une enquête puisse faire peur à quelques uns mais qui est assez pur pour l'instituer ? Mais c'est encore aux frais de la masse . Tant qu'il n'y aura pas de peine d'emprisonnement obligatoire pour ces voleurs à cravate , il sera difficile de les raisonner .

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 mars 2013 05 h 14

      «Tant qu'il n'y aura pas de peine d'emprisonnement...» Bon OK !

      Sauf que : Faudrait aussi écarter les avocats qui ne cherchent qu'à trouver des failles dans le système pour faire le tour des lois, remplacer par du monde qui veulent travailler les procureurs qui accumulent les dossiers sur leur bureau pour faire important et les juges Post-its (remember?)

      Y a t'y d'autre chose... ? Avec un peu de temps et de réflexion, je suis certain d'en trouver. Je vous reviens là-dessus. Merci.