Montréal sape l’autorité du SPVM

Deux policiers du poste de quartier 12 du SPVM, à Westmount. C’est la deuxième fois en deux jours qu’il est question des pressions de la Ville sur la direction du SPVM.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Deux policiers du poste de quartier 12 du SPVM, à Westmount. C’est la deuxième fois en deux jours qu’il est question des pressions de la Ville sur la direction du SPVM.

L’autorité du chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, a été minée lors de l’abandon de l’horaire de trois jours et demi, déplore la Fraternité des policiers, qui prend la voie des tribunaux pour conserver cet avantage. La Ville a abandonné le projet pilote sans procéder à une analyse rigoureuse des coûts et bénéfices, déplore le syndicat. Et dans sa hâte d’en finir avec ce projet apprécié des 2600 patrouilleurs, elle aurait contourné le chef Parent.

« C’est clair, net et précis qu’il y a eu de l’ingérence de la Ville, affirme Yves Francoeur en entrevue au Devoir. Le Service de police s’est fait retirer le dossier complètement. […] J’ai plus de pitié pour Marc Parent que je peux lui en vouloir. Je vois dans sa face que ça ne fait pas son affaire. »


C’est la deuxième fois en deux jours qu’il est question des pressions de la Ville sur la direction du SPVM. Le Devoir révélait mercredi que les policiers sont soumis à des exigences accrues pour distribuer des contraventions « payantes » aux automobilistes. Ces efforts du SPVM sont dictés par le directeur général de la Ville, Guy Hébert, qui est présentement en vacances.

 

L’arbitrage


La Fraternité des policiers va recourir à l’arbitrage pour forcer la Ville à maintenir le projet pilote au-delà de la date butoir du 24 mars prochain.


Depuis son lancement en janvier 2012, l’horaire a entraîné des dépenses imprévues de deux millions de dollars en heures supplémentaires, principalement pour des présences à la cour.


C’est pourquoi l’administration du maire Michael Applebaum a fait une croix sur le projet. « Une chose est certaine, c’est que le projet pilote, ce n’est pas envisageable », a dit le porte-parole du maire, Jonathan Abecassis.


M. Abecassis a tendu la main à la Fraternité pour reprendre les négociations sur d’autres bases. « On ne négocie pas sur la place publique », a-t-il dit.


La Fraternité a déposé un grief pour conserver le nouvel horaire. Le syndicat demandera à l’arbitre Nathalie Faucher, les 21 et 22 mars, de prononcer une ordonnance de sauvegarde afin que l’horaire soit maintenu jusqu’à la conclusion définitive du litige. Si le syndicat remporte ce pari risqué, il aura réussi à menotter à la fois les chefs des partis municipaux et la haute direction de la Ville, tous hostiles au projet.

 

Retrait inexpliqué


Le grief dont Le Devoir a obtenu copie fait état d’informations troublantes sur l’évolution du dossier. La Fraternité parle d’un « triste dérapage».


Le projet pilote a été proposé par la partie patronale afin de faciliter la conciliation travail-famille. L’ancien horaire, datant de 1978, obligeait les policiers à travailler sur tous les quarts de travail (jour, soir et nuit) en rotation.


Le projet pilote a introduit un cycle de 70 jours, avec 35 jours de travail et 35 jours de congé. Le nombre total d’heures travaillées est resté inchangé par rapport à l’ancienne formule, à raison de 1638 heures par année.


La durée d’une journée de travail est passée de 8 h 30 à 9 h 45, ce qui a permis de réaménager les horaires et d’accroître les effectifs sur le terrain à des heures critiques, entre 21 h 30 et 1 h 15 du matin. En revanche, les policiers ont bénéficié de plus de temps libre grâce à cet horaire condensé sur trois jours et demi.


Le projet suscitait un tel enthousiasme que les parties n’avaient prévu aucun mécanisme de retrait en cas d’échec.


Selon M. Francoeur, les discussions allaient bon train avec la direction du SPVM pour réduire les irritants du projet pilote.


Trois rencontres à ce sujet ont eu lieu, les 20, 22 et 30 novembre. « Il n’a jamais été question d’abolir les horaires, affirme M. Francoeur. On a passé par-dessus Marc Parent. C’est clair que la Ville s’est mis le nez dans le dossier et qu’elle a viré le service de police cul par-dessus tête. »


La Fraternité a appris dans les journaux, les 6 et 7 décembre, que l’Hôtel de Ville remettait en question son appui au projet. « Pourtant, le SPVM et la Fraternité se trouvaient, jusqu’à cette annonce, engagés de manière très active dans un processus visant à implanter de manière permanente le [nouvel horaire] », affirme la Fraternité dans son grief.


Le directeur du capital humain, Jean-Yves Hinse, a d’abord indiqué qu’il recommanderait aux élus d’interrompre l’expérience s’il y avait des coûts supplémentaires pour les contribuables. M. Hinse est présentement en vacances, et il n’a pu être joint.


Le nouveau responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Christian G. Dubois, a ensuite exprimé son opposition catégorique au projet. Vision Montréal et Projet Montréal l’ont appuyé sans réserve.


La Fraternité déplore l’absence d’une analyse rigoureuse du projet. « Aucun chiffre ou statistique n’avait encore été présenté à la Fraternité », explique le grief.


Le SPVM affirme pour sa part qu’il a tenté de trouver des alternatives. Un comité spécial a été formé le 22 janvier, et six scénarios ont été présentés à la Fraternité, qui s’est retirée des discussions le 15 février.


Le SPVM n’était pas tant préoccupé par la question des coûts que la dilution des effectifs en six groupes de travail au lieu de cinq dans les postes de quartier. « Ça nous enlevait de la présence, de la robustesse opérationnelle, a dit Ian Lafrenière, commandant aux communications. C’était un projet pilote d’un an, il faut se le rappeler. Les deux parties devaient s’entendre pour le continuer. »

 

Données faussées


Le projet pilote s’est déroulé dans une période d’agitation sociale inégalée dans l’histoire du Québec et du Canada, avec 683 manifestations en huit mois dans le cadre du conflit étudiant.


Le SPVM a tenté d’analyser l’impact du projet pilote pour la région sud (6 postes de quartier), sans arriver à des conclusions définitives. « Les nombreuses manifestations lors du “printemps érable” ont malheureusement faussé les données », confirme un document interne.


Il est vrai que les heures de présence à la cour ont augmenté de 10 % avec le nouvel horaire. « Toutefois, cet écart ne représente pas un impact considérable à l’équilibre budgétaire », affirme le document de deux pages. Le projet pilote aurait même permis d’éviter des heures supplémentaires grâce au déploiement de ressources additionnelles en soirée.


M. Francoeur a brandi cette étude récemment lorsqu’il a dû se défendre des attaques du maire Michael Applebaum.


Les deux hommes sont à couteaux tirés. M. Applebaum a interprété comme du chantage et de l’intimidation un ultimatum de la Fraternité pour qu’il conserve le projet pilote.


Yves Francoeur l’avait prévenu que « la marde » allait « pogner » s’il ne changeait pas son fusil d’épaule.

30 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 8 mars 2013 00 h 52

    Ben dites donc

    Tout le monde est en vacances et la dinde est farcie !

    • Denis Landry - Inscrit 8 mars 2013 09 h 44

      Pas vraiment, car cela leur permet d'exercer leur deuxième job! On les voit (tout comme les pompiers) sur les chantiers jouer aux entrepreneurs.

  • Jean Brunet - Inscrit 8 mars 2013 05 h 37

    Opinion

    3,5 jours quel sens de l'excellence!!!

  • Jean Brunet - Inscrit 8 mars 2013 05 h 39

    Opinion suite

    Quel est le temps supplémentaire au delà de 3,5 jours?

    • Pierre Schneider - Abonné 8 mars 2013 10 h 00

      Et à quel taux ? Tant qu'à faire le débat sur la place publique, qu'on mette tous les chiffres en dollars sur la table.

  • Marcel Bernier - Inscrit 8 mars 2013 06 h 53

    Au diable la dépense...

    Avec les arguments que possèdent la Fraternité, inutile de croire que le bon sens va l'emporter : le monopole de la violence les amène à croire que tout est possible, même de vivre dans un État policier.

  • Jacques Morissette - Inscrit 8 mars 2013 07 h 35

    Y aurait-il un État dans l'État et des citoyens en otages?

    Vont-ils devenir un État dans l'État. Pousser jusqu'à la caricature, il reste que ce sont des gens armés. Bref, ils ont beaucoup d'atout pour tirer la couverture de leur bord. Nous sommes loin de l'amour de son travail, du travail consciencieux et de l'objectivité quant aux tâches qu'ils ont à accomplir. Il y a tellement de sous-entendus dans leurs revendications.

    • Jacques Gagné - Inscrit 8 mars 2013 11 h 03

      « ... il reste que ce sont des gens armés. » Très pauvre comme argument vous ne trouvez pas ?