Pression accrue pour donner plus de contraventions

Des policiers interceptent un automobiliste. Le document dont Le Devoir a obtenu copie mentionne que des mesures doivent être prises par les superviseurs afin d’atteindre les objectifs en matière de contrôle de la circulation.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Des policiers interceptent un automobiliste. Le document dont Le Devoir a obtenu copie mentionne que des mesures doivent être prises par les superviseurs afin d’atteindre les objectifs en matière de contrôle de la circulation.

Les policiers montréalais sont soumis à une pression accrue pour donner des contraventions aux automobilistes, au point de saper leur moral.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a non seulement augmenté le quota de contraventions imposé à ses agents, il consigne minutieusement les données depuis environ un an.


Le Devoir a mis la main sur un document interne au titre explicite : rapport quotidien synthèse sur la prestation du travail des agents affectés au contrôle de la circulation.


Les superviseurs d’équipe doivent remplir ce rapport faisant état du nombre de policiers en devoir, du nombre de billets émis en moyenne par policier, et du nombre de billets émis par l’équipe de travail chaque heure de la journée.


Ce suivi serré vise à maintenir « une performance régulière et constante » à toute heure du jour. Des mesures doivent être prises par les superviseurs afin d’atteindre les objectifs en matière de contrôle de la circulation, un euphémisme pour dire qu’ils doivent augmenter la pression sur les troupes pour remplir les quotas, qui sont de deux billets pour les simples patrouilleurs et de 17 pour les policiers membres des unités de circulation.


Les rapports suivent une ligne hiérarchique bien établie pour être transmis aux directeurs adjoints dans chacune des régions, et à la direction des opérations, étant donné l’importance accordée à cette mission.


Le SPVM a par ailleurs confié un contrat d’une valeur approximative de 20 000 $ à la firme Raymond Chabot Grant Thornton afin de revoir le système d’encadrement et le taux de performance des agents de circulation, toujours dans un souci d’augmenter les revenus associés aux contraventions.


Aucun sens


Mis au courant de ces informations, le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, n’a pas caché sa stupéfaction.


« Ça n’a aucun bon sens. La mission du service de police, c’est de maintenir la paix, l’ordre et la sécurité publique. Je comprends que la circulation fasse partie de ce mandat, mais là, on sent une pression accrue juste pour donner des tickets », a-t-il dit.


Selon nos sources, même les commandants se plaignent de subir cette pression, sans égard à des objectifs de sécurité. On privilégie donc les constats aux automobilistes (150 $ et plus), bien plus payants que les constats aux piétons (52 $), même si ces derniers adoptent des comportements à risque et font partie des cibles prioritaires du SPVM, du moins sur papier. « Ça affecte le moral, car ça devient malsain, nous dit une source bien au fait du dossier. On dit aux gars : “Donnez des tickets payants. Laissez faire les piétons, allez-y pour les automobilistes.” »


Les efforts du SPVM sont dictés par les volontés du directeur général de la Ville de Montréal, Guy Hébert, à qui des rapports de performance mensuels sont acheminés. « On sent la pression du D.G. Il pousse pour avoir des tickets », enchaîne cette source.


« Le chef Marc Parent a une pression énorme de la Ville pour rapporter des revenus », renchérit une deuxième source policière.


Les revenus découlant des contraventions sont importants pour la Ville. Au cours des trois dernières années, ils variaient entre 160 et 166 millions de dollars par an.


Les policiers donnent un peu plus de 600 000 billets par année, alors que l’objectif est de 650 000.


Le tiroir-caisse a retenti moins fort en 2012 avec le conflit étudiant. Accaparés par les manifestations, les policiers avaient moins de temps pour donner des contraventions, si bien, qu’il y a eu un manque à gagner d’une vingtaine de millions de dollars.


Le sujet a fait l’objet de discussions au comité de direction, selon les informations du Devoir. « Il faut s’assurer dès maintenant que les résultats aillent en augmentant », a constaté la haute direction lors de sa réunion de septembre dernier.


On a pourvu aux postes vacants à la circulation en priorité cet automne. « Si le but n’est pas de “rentrer de l’argent”, comment expliquer qu’on pourvoie systématiquement à tous les postes en circulation, alors qu’on laisse des postes vacants dans les postes de quartier ? », s’interroge notre deuxième source.


Le commandant aux communications du SPVM, Ian Lafrenière, concède que le Service suit de près l’évolution des performances en matière de circulation. « Pour nous, ce qui demeure une priorité, c’est le bilan en matière de sécurité routière », a-t-il dit.

38 commentaires
  • Vincent Brunelle - Inscrit 7 mars 2013 02 h 25

    Du grand n'importe quoi...

    Le SPMV est en déroute, celui-ci semble avoir perdu de vue ses objectifs fondamentaux, soit la prévention d'infractions et de crimes ainsi que la protection des citoyens. Le SPVM semble vouloir à tout prix caché ce qui se passe en coulisses, sans doute avec raison, perdant ainsi graduellement la confiance des citoyens qu'il est censé protéger alors qu'il devrait plutôt agir dans la transparence afin de les rassurer et de bien leur faire comprendre les méchanismes qui le régissent. Le SPVM semble se croire une entité supérieure aux autres, libre de toutes contraintes et semble penser n'avoir aucun compte à rendre à qui que ce soita lors qu'il devrait en être tout autrement. Il est grand temps que quelqu'un de droit, d'honnête et de juste vienne y faire un grand ménage et restaure la crédibilité du SPVM, il est grand temps d'arrêter de baigner dans l'occulte, de resserer les règles qui régissent le comportement de toutes les parties qui le constituent et d'arrêter de se couvrir les uns les autres au lieu de dénoncer les abus qui pourrissent tranquillement le corps policier de Montréal.

  • Rafik Berzi - Abonné 7 mars 2013 06 h 09

    Billet d'infraction ou taxe déguisé

    Suis je le seul à être frustré de voir les policiers donner des billets de contraventions pour des excès de vitesse sur les autoroutes avec leur radar, au lieu de s'occuper de ceux qui ont une conduite dangereuse qui coupe, colle, change de voie sans avertir, zigzag ou passe régulièrement sur les lumières jaune foncée (pour ne pas dire rouge).

    Je serais le premier heureux à voir des policiers en devoir qui s'occupe des vrais cas problèmes, et je suis certain qu'eux aussi.

    Mais pour y arriver, il faudrait demander un changement au niveau de la direction et non pas au exécutants.

  • Samuel Huard - Inscrit 7 mars 2013 07 h 20

    Une très bonne chose

    Avec tous ces gens qui conduisent n’importe comment, ces objectifs devraient ne pas être trop difficiles à atteindre. Des routes plus sécuritaires pour tous, moins d’accidents, moins de réclamations à la SAAQ et aux assurances, moins de minounes, moins de motos/autos trop bruyantes, bref, je n’y vois que des avantages. En passant, messieurs et mesdames en uniformes, il n’y a pas que les autos : les camions de livraison, les taxis, les vélos, les piétons, tous méritent votre attention.

    • Danielle Houle - Abonnée 7 mars 2013 08 h 45

      Tant qu'à y être monsieur Huard, allons-y pour un état policier totalitarisme, comme le régime des colonels en Grèce. Votre mentalité fait de vous le candidat idéal pour être à la tête de ce mouvement. Au plaisir, colonel Sanders.

    • Vincent Brunelle - Inscrit 7 mars 2013 14 h 08

      Le sujet de l'article n'est pas la légitimité de donner des contraventions aux conducteurs fautifs, mais le fait d'imposer des quotas de contraventions. Sans doute que tout le monde conviendrait qu'il est de mise de punir les chauffards, le problème, c'est lorsque l'on enfonce dans la gorge des agents de police une obligation de résultat, un nombre de contraventions à atteindre.

  • Pierre Vincent - Inscrit 7 mars 2013 07 h 37

    Un exemple récent des abus qui peuvent en résulter...

    Un ami dans la cinquantaine qui conduit prudemment a récemment reçu une contravention de 162 $ du SPVM pour une raison vraiment inusitée, c'est le moins que l'on puisse dire. Il attendait sur un feu rouge et une voiture de police était derrière lui. Comme il attendait le feu vert et le passage prioritaire des piétons, il a eu la mauvaise surprise de voir les gyrophares de la voiture de police s'allumer. Il a donc avancé au moment approprié pour s'arrêter plus loin, sans bloquer la circulation. Et c'est alors que l'agent du SPVM lui a annoncé la mauvaise nouvelle : Il était en infraction parce qu'il a pris trop de temps à démarrer sur un feu vert...

  • Pierre Germain - Inscrit 7 mars 2013 07 h 43

    Extorsion sous le couvert de la sécurité routière

    Un autre pavée dans la mare fangeuse du SPVM. Les Montréalais non seulement doivent subir les ressacs économiques de la collusion et de la corruption, ainsi que de l'incurie des élus et de l'administration municipale, mais de surcroît doivent-ils renflouer les coffres de la ville - ainsi pillés par d'autres - par une taxe déguisée sous le prétexte de la sécurité routière. On voit ainsi apparaître çà et là des trappes à contraventions, des pièges à cons, des leurres à automobilistes. Le SPVM, plutôt que de tenter de régler ses innombrables problèmes internes et de remplir sa mission avec honneur, met ses énergies à se faire complice d'un stratagème d'extorsion d'argent à l'encontre des automobilistes sous le couvert de la sécurité. Pratique, non? Ainsi, la destination du SPVM est détournée pour réparer les pots cassés des véreux qui se sont vautrés dans l'argent salement volés aux citoyens.

    Monsieur Parent : êtes-vous bien l’homme de la situation?

    • Sylvain Auclair - Abonné 7 mars 2013 09 h 37

      Il devrait contester.